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Gabriel Matzneff, sur le plateau d'Apostrophes en 1990 © Capture d'écran INA

« Vanessavirus » : Gabriel Matzneff, jusqu’à la lie

Alors comme ça, Gabriel Matzneff s’apprêterait à publier, mi-​février, Vanessavirus, sa réponse au Consentement de Vanessa Springora, dans lequel elle racon­tait les années d’emprise qu’il a eues sur elle lorsqu’elle était mineure. L’écrivain est visé par une enquête pour « viols sur mineur » de moins de 15 ans.

L’écrivain désho­no­ré mérite-​t-​il seule­ment la rédac­tion de cet article écœu­ré ? Faudrait-​il plu­tôt pas­ser sous silence ses der­nières ges­ti­cu­la­tions pour ne pas le faire mous­ser de notre rage ? Peut-​être. Mais quand même. Vanessavirus. Voici ce que serait le titre du der­nier ouvrage de Gabriel Matzneff, dans lequel il se défen­drait des accu­sa­tions d’emprise et de pédo­cri­mi­na­li­té por­tées par Vanessa Springora dans Le Consentement.

Se noyer dans une marée de déni, de mau­vaise foi et d’irrespect pour la parole de celle qu’on croit avoir aimée mais qu’on a vio­len­tée et abu­sée, soit. C’est dégueu­lasse, mais on ne peut pas l’en empê­cher. Faire de ce déni et de cet irres­pect un livre, annon­cé comme son « chant du cygne » pour cher­cher la pitié d’un lec­teur mal­avi­sé et com­plice pas­sif de cet aveu­gle­ment, voi­là un nou­veau stade de mépris que Matzneff vient de fran­chir.

Que veut dire « Vanessavirus » ? Faut-​il entendre que l’enfant Vanessa fut pour Matzneff une mala­die d’amour, qu’il attra­pa sans pou­voir s’en défendre ?

Et puis il y a ce titre, d’abord révé­lé par Actualitté, puis confir­mé par L’Obs ou l’AFP, qui ont eu accès à des témoi­gnages et à un cou­pon de sous­crip­tion pour rece­voir l’ouvrage. Vanessavirus. Créer un mot-​valise com­po­sé du pré­nom de la vic­time et du nom d’une pan­dé­mie mon­diale qui fait des mil­lions de morts est un pas sup­plé­men­taire dans l’abject. Que veut-​il dire ? Faut-​il entendre que l’enfant Vanessa fut pour Matzneff une mala­die d’amour, qu’il attra­pa sans pou­voir s’en défendre ? Ou bien que l’auteur déchu regrette la défla­gra­tion du Consentement, cette parole de l’adulte Springora qu’il per­çoit comme un poi­son enva­his­sant une socié­té désor­mais obli­gée de reje­ter ce qu’elle a un temps per­mis sans rien dire ?

Il y a aus­si les moda­li­tés de l’édition de l’ouvrage, là encore cor­ro­bo­rées dans dif­fé­rents articles de presse. Désormais fui comme la peste dans le milieu lit­té­raire, Matzneff a dû se résoudre à autoé­di­ter son livre et à lan­cer une cam­pagne de sous­crip­tion, par mails et par cour­riers, aux dernier·ères ami·es – du moins il en est per­sua­dé – qui sou­hai­te­raient le lire. Les tarifs de ladite sous­crip­tion ont été révé­lés. 100 euros pour le livre, 650 pour sa ver­sion dédi­ca­cée : il faut bien que l’artiste trouve de quoi vivre, main­te­nant qu’il ne béné­fi­cie plus des diverses bourses et pro­tec­tions finan­cières aux­quelles il a eu droit durant des années. Des années d’un autre temps, où s’afficher dans les salons main dans la main avec une ado­les­cente de 14 ans n’indisposait per­sonne.

C’est peut-​être pour cela qu’on écrit aujourd’hui : la publi­ca­tion de Vanessavirus est une ultime outrance jetée au visage de Vanessa Springora et de toutes ses sœurs abu­sées. De ce qu’on peut déduire des der­nières prises de parole de Matzneff, Vanessavirus serait une ultime ten­ta­tive pour entraî­ner son lec­teur dans une ver­sion oua­tée, confor­table et esthé­tique de son emprise. Mais l’époque a chan­gé, et Le Consentement y est d’ailleurs pour quelque chose. Désormais, un pédo­cri­mi­nel aura beau ten­ter de « réta­blir sa véri­té » après que sa vic­time a par­lé, nous serons peu nombreux·euses à tom­ber dans le pan­neau. Nous ne lirons pas les fan­tasmes – sous cou­vert de lit­té­ra­ture – d’un homme à l’ego mor­ti­fère inca­pable d’ouvrir les yeux sur le mal qu’il a fait.

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