La sélec­tion livres d'octobre

Lâché de confettis !

115 la trajectoire des confettis © Editions du sous sol 1


La Trajectoire des confet­tis,
de Marie-​Ève Thuot.
Éditions du sous-​sol,
624 pages, 22,90 euros.

On en vien­drait presque à sou­hai­ter un recon­fi­ne­ment (sans enfants, sans conjoint·e et sans (télé)travail…) pour que vous puis­siez vous plon­ger, toutes affaires ces­santes, dans les 624 pages de La Trajectoire des confet­tis. Car ce pre­mier roman, tout droit sor­ti de l’imagination de la Québécoise Marie-​Ève Thuot, actuel­le­ment en doc­to­rat de lit­té­ra­ture com­pa­rée à Montréal, vous tien­dra en haleine comme une bonne vieille série Netflix. Cette fresque à la construc­tion brillante, bour­rée de sus­pens et de rebon­dis­se­ments, raconte l’histoire d’une famille et de ses mul­tiples rami­fi­ca­tions. De 1899 où, dans un vil­lage recu­lé du nord des États-​Unis, un jeune pas­teur accueille une femme enceinte dont il ne sait rien, jusqu’à 2027 où trois jeunes filles appar­te­nant à une com­mu­nau­té « extinc­tion­niste » se font volon­tai­re­ment liga­tu­rer les trompes. Entre les deux, des frères, des sœurs, des cousin·es, des parents, tous et toutes très habi­le­ment relié·es les un·es aux autres et qui ont en com­mun de vivre l’amour, le couple et la sexua­li­té hors de tout cadre, de toute norme et de toute morale. Un sacré coup de pied dans la four­mi­lière et une réjouis­sante décou­verte pour toutes celles et ceux qui aiment se faire hap­per par la nar­ra­tion, même si, par endroits, le style n’est pas par­fai­te­ment au rendez-​vous. S.G

Brigade verte

115 Le grand vertige © Editions Actes Sud 1


Le Grand Vertige,
de Pierre Ducrozet. Éd. Actes Sud,
368 pages, 20,50 euros.

Prix de Flore 2017 pour L’Invention des corps, Pierre Ducrozet pousse l’enjeu tou­jours plus loin. Le Grand Vertige ima­gine que l’Europe mis­sionne (avec 120 mil­liards d’euros) un pion­nier anglais de la pen­sée envi­ron­ne­men­tale pour bâtir une bri­gade de lanceur·euses d’alerte autour du globe. Nous assis­te­rons au recru­te­ment : que des mil­len­nials, scien­ti­fiques ou militant·es. Puis sui­vrons une dizaine d’entre eux·elles, du Canada au Pacifique sud, en pas­sant par Moscou, Manaus ou la jungle bir­mane ; ces « tou­pies folles » qui observent l’extinction des espèces et ima­ginent des expé­riences pour une nou­velle intel­li­gence pla­né­taire. Nous lirons aus­si leurs tur­pi­tudes per­son­nelles et géné­ra­tion­nelles. Cette éco­fiction, qui n’est pas un roman d’anticipation mais se situe bien aujourd’hui, n’en est que plus sai­sis­sante. Alliant poli­tique et aven­ture, por­tée par une écri­ture ver­ti­gi­neuse, elle relie Jules Verne et Cyril Dion. H.A

Une sai­son en enfer 

115 Nickels Boys © Editions Albin Michel 1

Nickel Boys, de Colson Whitehead,
tra­duit de l’anglais (États-​Unis) par Charles Recoursé.
Éd. Albin Michel, 288 pages, 19,90 euros. 

Il est l’homme à qui rien ne résiste depuis quatre ans aux États-​Unis : National Book Award et prix Pulitzer pour Underground Railroad (paru en 2017 chez nous), Colson Whitehead a reçu un nou­veau Pulitzer en mai der­nier pour ce roman, son sep­tième : Nickel Boys. Le livre démarre sur la réou­ver­ture d’une enquête, après une macabre décou­verte aux alen­tours d’une ancienne mai­son de cor­rec­tion pour jeunes délin­quants, la Nickel Academy. La suite du récit nous replonge dans les années 1960, période ségré­ga­tion­niste, au pic de l’activité du lieu : on y abu­sait et mal­trai­tait les « pen­sion­naires », presque tous noirs. Comme Curtis et Turner, les deux héros. En racon­tant leur « réédu­ca­tion », et sur­tout leur ten­ta­tive d’évasion, le roman dédouble son réa­lisme poli­tique d’un sub­ter­fuge rusé et scot­chant. Un sus­pense pour la mémoire. H.A

Le poids de la couleur

115 Balèze © Editions Les Escales 1

Balèze, de Kiese Laymon,
tra­duit de l’anglais (États-​Unis) par
Emmanuelle et Philippe Aronson.
Éd. Les Escales, 289 pages, 20,90 euros. 

Au départ, ce livre était un men­songe. « Tu aurais ado­ré », dit Kiese Laymon à sa mère. Mais il a pré­fé­ré tout jeter, recom­men­cer pour dire la véri­té, la sienne. Celle d’un petit gar­çon noir qui a gran­di dans le Mississippi, l’un des États amé­ri­cains les plus racistes, auprès d’une mère aus­si pauvre que déter­mi­née à se battre pour rejoindre l’élite intel­lec­tuelle réser­vée aux Blancs. Dans ce récit bou­le­ver­sant, inti­tu­lé Balèze, il s’adresse à elle. Lui rap­pelle les coups qu’elle lui don­nait, dès l’enfance, pour qu’il retienne ses leçons. Il lui raconte les dif­fi­cul­tés de sa vie, mal­gré les diplômes : les vio­lences poli­cières, la gros­so­pho­bie, l’addiction aux jeux… Au-​delà d’une pein­ture éclai­rante de la socié­té amé­ri­caine, c’est le cri d’amour d’un écri­vain à la lit­té­ra­ture, d’un fils à sa mère. Un livre qui confine au sublime et qui émeut aux larmes. L.M

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