thumbnail Capture d’écran 2021 11 20 à 17.20.38 copie
© Program33

Sur France 2, un docu­men­taire coup de poing sur l'alcoolisme des femmes

Mercredi 8 décembre, France 2 dif­fuse Alcool au fémi­nin, un docu­men­taire de Marie-​Christine Gambart qui donne la parole à des femmes lut­tant contre leur alcoolisme.

Le docu­men­taire Alcool au fémi­nin, dif­fu­sé ce 8 décembre sur France 2 dans le maga­zine Infrarouge, donne la parole à des femmes abs­ti­nentes ou non, qui racontent crû­ment leur aven­ture avec l’alcool. Comment elles y sont tom­bées, com­ment elles s’en sont sor­ties, ou com­ment elles luttent chaque jour pour som­brer le plus tard pos­sible. Le film entre­mêle les témoi­gnages et les consul­ta­tions d’alcoologie, aux­quels nous assis­tons dans le cabi­net de Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psy­chiatre addic­to­logue. Des consul­ta­tions réser­vées aux femmes, car il existe bien des méca­nismes et des dif­fi­cul­tés spé­ci­fiques à l’alcoolisme au fémi­nin. Causette a ren­con­tré la réa­li­sa­trice d’Alcool au fémi­nin, Marie-​Christine Gambart.

Infrarouge /​MILDECA

Causette : En quoi l'alcoolisme des femmes et celui des hommes est-​il appré­hen­dé dif­fé­rem­ment dans notre socié­té ?
Marie-​Christine Gambart : Dès que j’ai com­men­cé à tra­vailler sur ce sujet, je me suis ren­du compte que les dis­cri­mi­na­tions faites aux femmes alcoo­liques reflètent par­fai­te­ment les dis­cri­mi­na­tions que les femmes doivent subir en géné­ral. Elles sont donc dif­fé­rentes de celles que les hommes alcoo­liques affrontent. D’abord, on ne le recon­naît pas, le tabou qui pèse sur l’alcoolisme des femmes est très lourd, il est par­ta­gé par la socié­té tout entière. On ne l’avoue pas aux proches, à la famille, même les méde­cins ont ten­dance à le mini­mi­ser, alors qu’on sait que 10% des can­cers du sein sont dû à une consom­ma­tion exces­sive.
Par ailleurs, alors qu’un homme qui boit sera consi­dé­ré comme un bon vivant, un gars « qui fait des excès », une femme sera immé­dia­te­ment cata­lo­guée comme une « poch­tronne », elle devient une proie, « une femme facile » et sur­tout, très vite, on lui reproche d’être for­cé­ment une mau­vaise mère. Il faut avoir de la force pour sup­por­ter aus­si ces discriminations-là.

La façon dont l’addictologue Fatma Bouvet de la Maisonneuve ques­tionne ces femmes fait appa­raître les trau­ma­tismes qui les ont fait plon­ger. 
M.-C.G. : En effet, c’était impor­tant de mon­trer, grâce à ces témoi­gnages, que ces femmes n’étaient pas des « déviantes », mais des per­sonnes étran­glées par l’addiction, par le poids des res­pon­sa­bi­li­tés et par des trau­ma­tismes mul­tiples : abus sexuels, har­cè­le­ment… Une femme vic­time de vio­lences sexuelles a 36 fois plus de risque de tom­ber dans la dépen­dance alcoo­lique au cours de sa vie. Fatma Bouvet de la Maisonneuve évoque le lien qu’elle éta­blit entre l’alcoolisme et la ques­tion de l'intimité des femmes, dont on ne parle pas et qui pour­tant est sou­vent au cœur des rai­sons de l’addiction.

Il y aurait aujourd’hui entre 500 000 et 1,5 mil­lion de Françaises à avoir une « consom­ma­tion pro­blé­ma­tique d’alcool ». C’est un chiffre beau­coup plus éle­vé que par le pas­sé. Avez-​vous iden­ti­fié les causes de cette accé­lé­ra­tion ? 
M.-C.G. : L’une d’entre elles est clai­re­ment la charge men­tale qui pèse sur les femmes. Ce per­fec­tion­nisme qui leur est constam­ment deman­dé, la volon­té de mener à bien toutes ces vies qui font la leur, au bou­lot, à la mai­son, auprès des enfants, des parents âgés. On le voit d’ailleurs quand on observe le « pro­fil » actuel de ces femmes : aujourd’hui la majo­ri­té des alcoo­lo­dé­pen­dantes sont très ins­truites, très diplô­mées. Ce sont des CSP +, elles viennent sou­vent des milieux des médias, de la san­té, de l’enseignement… là où elles ont beau­coup de res­pon­sa­bi­li­tés et où il faut être meilleure en tout. L’alcool les aide à résis­ter à cette pres­sion de tous les ins­tants.
Pour mon docu­men­taire, je vou­lais abso­lu­ment qu’il y ait des femmes de tout âge et de tout milieux. L’une d’entre elles vient d’une famille aris­to­crate, son témoi­gnage est rare parce que pré­ci­sé­ment c’est un des milieux dans lequel le tabou est le plus vivace. Mais je vou­lais mon­trer com­ment toutes, à tout âge, par­tout, peuvent être touchées.

Dans ce sujet dou­lou­reux, mal­gré tout, les témoi­gnages de celles qui s’en sont sor­ties sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chants. Vous avez décou­vert là de véri­tables com­mu­nau­tés d’entre-aide ?
M.-C.G. : En effet, j’ai été sur­prise par le nombre d’associations, groupes d’entraide, de parole, de sou­tien, vir­tuels ou non, qui ont été créés par et pour les femmes. Pour mon film, celles qui témoignent l’ont d’abord fait pour aider les autres. Je ne sais pas si les hommes alcoo­liques ou anciens alcoo­liques tendent beau­coup la main à leurs frères, mais ce dont je suis sûre aujourd’hui, c’est que les femmes, elles, déve­loppent sur cette ques­tion une soro­ri­té débor­dante. Et rassurante.

Alcool au fémi­nin, de Marie Christine Gambart dif­fu­sé mer­cre­di 8 décembre à 22h55 dans le maga­zine Infrarouge sur France 2.  

Pour aller plus loin : Les femmes face à l’alcool de Fatma Bouvet de la Maisonneuve, édi­tions Odile Jacob, 192 pages, 21.90 €

Lire aus­si l Stéphanie Braquehais et Claire Touzard, radi­ca­le­ment sobres

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.