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Salon de l’Agriculture : un car­ton d’invitation de l’Élysée aux Soulèvements de la terre et un drame en trois actes

Salon de l'Agriculture 2024
Manifestation des agriculteur·rices, place de la Nation à Paris © Sven_365 / Openverse

Mobilisation des agriculteur·rices, cour­rou de la FNSEA, débat annu­lé, contre-​Salon de la Confédération pay­sanne… ce same­di, la visite d’Emmanuel Macron au Salon de l’Agriculture s’annonce labourieuse. 

Le Salon de l’Agriculture ouvri­ra à nou­veau ses portes ce same­di 24 février. Un rendez-​vous annuel dont cette édi­tion 2024 est pla­cée sous le signe de la colère des agriculteur·rices, dans le sillage des mobi­li­sa­tions de ce début d’année. Des trac­teurs sont arri­vés à Paris ce ven­dre­di, emme­nés d’une part par la Coordination rurale jusqu’aux Invalides, et de l’autre par les syn­di­ca­listes des Jeunes Agriculteurs (JA) et de la FNSEA, selon Le Parisien. Ces der­niers “veille­ront toute la nuit jusqu’à l’arrivée du pré­sident de la République” devant le parc des expo­si­tions de la Porte de Versailles – où doit s’ouvrir demain le Salon – déclare la FNSEA. Emmanuel Macron est atten­du same­di pour une visite de l’événement, ain­si qu’un grand débat avec le monde agri­cole, un for­mat inédit cen­sé répondre à la crise ouverte entre le monde agri­cole et le gou­ver­ne­ment… Mais qui aura entraî­né un véri­table dra­ma dans une France un brin sous tension.

Acte 1 – Les syn­di­cats agri­coles refusent de débattre avec les “éco­ter­ro­ristes” des Soulèvements de la terre

Ce long débat d’ouverture doit réunir le pré­sident de la République et les représentant·es des syn­di­cats pay­sans, les indus­triels de l’agroalimentaire et les dis­tri­bu­teurs. Une ini­tia­tive qui n’aura peut-​être fina­le­ment pas lieu. En cause ? La sup­po­sée pré­sence à ce débat des représentant·es du mou­ve­ment des Soulèvements de la terre.

Jeudi soir, Arnaud Rousseau, pré­sident de la FNSEA a com­men­té cette annonce sur X (ex-​Twitter) et fait savoir qu’il ne sou­hai­tait plus par­ti­ci­per : "L’invitation par le PR [pré­sident de la République, ndlr] au #SIA d’un grou­pus­cule dont la dis­so­lu­tion a été deman­dée par son propre gou­ver­ne­ment est une pro­vo­ca­tion inac­cep­table pour les agri­cul­teurs. J’avais accep­té de par­ti­ci­per à un débat. Dans ces condi­tions, je refuse de prendre part à ce qui ne sera qu’une mas­ca­rade.” En juin der­nier, le minis­tère de l'Intérieur avait indi­qué dis­soudre le mou­ve­ment des Soulèvements de la terre – qua­li­fié d’“éco-​terroriste” par Gérald Darmanin –, avant que le Conseil d’état retoque cette dis­so­lu­tion le 9 novembre. Informé de la pré­sence sup­po­sée du col­lec­tif éco­lo­giste lors de cette dis­cus­sion avec le chef de l’État, le pré­sident des Jeunes Agriculteurs, Arnaud Gaillot, a confir­mé sur RTL ven­dre­di qu’il n’irait “pas au débat” non plus.

Acte 2 – Macron retire une invi­ta­tion que les Soulèvements ne comp­taient pas honorer

Alors que ses invi­tés se décom­man­daient de toute part, l’Élysée a assu­ré dans un tweet publié ce ven­dre­di que les Soulèvements de la terre n’ont “été ni conviés ni contac­tés” et qua­li­fie l’annonce de la pré­sence du col­lec­tif d’“erreur”. Malgré cette cla­ri­fi­ca­tion, les syn­di­cats ne réin­té­gre­ront pas le débat de demain. “On dirait que le Conseil d’État vient fina­le­ment d’annuler la déci­sion d’Emmanuel Macron d’inviter les Soulèvements de la terre au débat. On marche défi­ni­ti­ve­ment sur la tête…”, a com­men­té le mou­ve­ment des Jeunes Agriculteurs sur X. Les Soulèvements de la terre ont pour leur part dénon­cé une “pres­sion” exer­cée par Arnaud Rousseau sur le pré­sident de la République. “Qu’il soit ras­su­ré : nous n’aurions pas par­ti­ci­pé à cette super­che­rie, mais mer­ci pour le spec­tacle !”, conclut le collectif. 

Lire aus­si I Dissolution des Soulèvements de la Terre : « ll faut s’attendre à ce que les actions de déso­béis­sance civile soient davan­tage enca­drées voire sanctionnées »

Acte 3 – Macron annule tout et la contre-​soirée s’organise loin de l’agro-industrie

De son côté, la Confédération pay­sanne fus­tige un “sketch” qui “détourne l’attention du sujet prin­ci­pal qui est celui du reve­nu des agri­cul­teurs” auprès de France Info. Sa porte-​parole, Laurence Marandola, confirme à Causette que le mou­ve­ment pay­san est bien convié au débat pré­vu same­di, mais “déci­de­ra dans les heures qui viennent” de s’y rendre ou non. Pour l’heure, “on a refu­sé de four­nir trente noms” de représentant·es de la Confédération pour y par­ti­ci­per, affirme Laurence Marandola. La porte-​parole dénonce l’organisation de cette ini­tia­tive du pré­sident de la République, affir­mant auprès de Causette : “Un grand débat avec cinq cents invi­tés, ce n’est pas du dia­logue.” La Confédération pay­sanne “n’attend rien [de ce débat, ndlr], la forme ne le per­met pas”, reproche-​t-​elle.

Le syn­di­cat a éga­le­ment d’autres pré­oc­cu­pa­tions. En par­te­na­riat avec la Fadear (réseau de l’agriculture pay­sanne) et les Ami·es de la Confédération pay­sanne, il orga­nise en effet la qua­trième édi­tion du Salon à la ferme, sorte de contre-​soirée du Salon de l’Agriculture. L’événement prend la forme de visites et acti­vi­tés dans de nom­breuses fermes à tra­vers la France et se tient actuel­le­ment du 15 au 25 février. Le thème cette année est la “sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire”, un “concept alter­mon­dia­liste […] lar­ge­ment récu­pé­ré par les tenants du sys­tème pro­duc­ti­viste et libé­ral”, selon un com­mu­ni­qué de la Confédération pay­sanne. Cette der­nière compte por­ter “haut et fort la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire, dans sa défi­ni­tion basée sur la garan­tie du reve­nu pay­san, la rup­ture avec le libre-​échange, la pro­tec­tion et la répar­ti­tion du fon­cier agri­cole, la démo­cra­tie ali­men­taire, la soli­da­ri­té inter­na­tio­nale et la tran­si­tion agroé­co­lo­gique”. Une alter­na­tive donc au Salon de l’Agriculture qui s’ouvre demain et une oppor­tu­ni­té de quit­ter la ville, à l’heure où les agriculteur·rices de la Coordination rurale allument des bar­be­cues aux Invalides.

Que restera-​t-​il de cette édi­tion 2024 du grand raout de l'agriculture dans ce contexte de défiances à tout-​va ? En fin d'après-midi, on appre­nait la pure et simple annu­la­tion du grand débat annon­cé en fan­fare la veille. Il faut dire que le pré­sident de la République ne pou­vait pas se per­mettre de débattre seul face à lui-même.

Lire aus­si I “L’enjeu actuel est de conti­nuer à pro­duire en pré­ser­vant notre envi­ron­ne­ment”, selon Laurence Marandola, porte-​parole de la Confédération paysanne

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