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La jour­na­liste gua­de­lou­péenne Barbara Olivier-​Zandronis mise à l’écart par sa radio pour son inter­view mus­clée de Jordan Bardella

La chaîne de radio RCI Guadeloupe a fait le choix de retirer de l'antenne sa présentatrice Barbara Olivier-Zandronis suite à son interview de Jordan Bardella, président du RN. Apparement, confronter l'extrême droite n'a pas sa place sur les ondes.

En déplacement en Guadeloupe le 8 décembre dernier, le président du Rassemblement National Jordan Bardella était interviewé au journal de 13h de RCI Guadeloupe par la journaliste Barbara Olivier-Zandronis. Face au déroulement un brin tendu de l'entretien, Hervé de Haro, directeur délégué de la radio guadeloupéenne, a fait le choix de présenter ses excuses à Bardella à la sortie du studio... et de mettre à l'écart sa présentatrice.

"Sortie de route", "pas le métier nécessaire", "perte de moyens", dans Libération, le directeur de RCI justifie sa décision et précise que Barbara Olivier-Zandronis n'est pas mise à pied mais ne pourra réintégrer la rédaction qu'en tant que reporter. Dans le milieu politique et médiatique, cette attaque envers une journaliste qui ne faisait que son métier à savoir : confronter son invité à certaines de ses contradictions, interroge et inquiète, dans un pays où les dernières élections ont vu Marine Le Pen, patronne du RN, amasser près de 70% des votes au second tour de l'élection présidentielle de 2022.

"Si vous êtes agressive, je m'en vais"

L'échange du vendredi 8 décembre sur les ondes de la RCI - l'une des plus populaires de Guadeloupe - entre Barbara Olivier-Zandronis et Jordan Bardella laissait entrevoir une (ô surprise !) grande condescendance de la part de ce dernier envers la journaliste. "Arrêtez d'être agressive madame", lance par exemple le président du RN. Un sorte de "Calmez-vous madame, ça va bien se passer" réchauffé. La journaliste s'efforçait de recadrer l'échange, ainsi que le font les journalistes pour cadrer leurs entretiens :"Je suis obligée de vous couper parce qu'il ne faut pas qu'on déplace le sujet, on ne parle pas de l'Assemblée nationale, on parle du Parlement". Et quand il est interrogé sur des contradictions dans son discours sur l'aide médicale d'État (AME), c'est la goutte d'eau, Jordan Bardella menace carrément de quitter le plateau.

Barbara Olivier-Zandronis est revenue sur des propos tenus par le président du RN où il compare l'Europe à "une auberge cinq étoiles pour l'Afrique". "Est-ce que vous estimez que les trottoirs parisiens et les campements de fortune de Calais ont des points communs avec les auberges cinq étoiles ?", questionne la présentatrice. Jordan Bardella rétorque avec des questions sur la vie privée de la journaliste. "Puisque vous semblez soucieuse de la misère humaine, j'imagine que vous ouvrez vos appartements aux gens qui fuient la guerre, qui fuient la Syrie, qui fuient des situations difficiles en Afrique ?", divague-t-il. "J'imagine que vous mettez vous-même en pratique cette bonté et cette générosité". L'échange, lunaire, est ensuite interrompu à plusieurs reprises par les sonneries du téléphone du politicien. Ce dernier renchérit encore face aux questions concises et pertinentes de Barbara Olivier-Zandronis avec un : "Vous avez une carte dans un parti politique madame ?", ou encore "Les écoles de journalisme ne sont plus ce qu'elles étaient". Jordan Bardella aurait-il parlé avec autant de mépris à un·e journaliste de Métropole ? À un journaliste masculin ? Et même, il est légitime de se poser la question, à un.e journaliste blanche ?

Le monde politico-médiatique réagit

Si Hervé de Haro considère que l'attitude pugnace de la journaliste ne relevait pas de l'interview mais d'"un débat politique. Or, nous ne sommes pas une radio d'opinion, mais une radio régionale, un média de proximité", d'autres n'ont pas tardé à témoigner leur soutien à la présentatrice du 13h. Une lettre de soutien a été rédigée samedi par cinq parlementaires de gauche et du centre. "Cette interview a été l'occasion pour la journaliste d'interroger son invité en toute impartialité, sans la complaisance trop souvent de mise dans certains médias nationaux", y écrivent notamment les élu·es, qui ajoutent qu'"il est profondément troublant de constater que l'engagement de Barbara Olivier-Zandronis envers une information juste et sa volonté d'exercer son métier en conscience, aient été punis de cette manière, alors que c'est monsieur Bardella qui aurait dû être sanctionné". Le député Olivier Serva, Jean-Luc Mélenchon, Stéphane Séjourné, ou encore Marie Toussaint, ont également fait part de leur désapprobation de la sanction imposée à sa journaliste par RCI. Une pétition en ligne a par ailleurs été lancée.

À la question de savoir si la popularité actuelle de l'extrême droite en Guadeloupe a pu motiver l'attitude de RCI envers sa journaliste, Olivier Nicolas, secrétaire national aux Outre-mer du parti socialiste dit à Libération : "C'est une radio populaire. Il est possible qu'ils considèrent que nombre de leurs auditeurs ont largement voté RN".

Dans le monde médiatique, les associations Prenons La Une (PLU) et Journalistes Antiracistes et Racisé·e·s (AJAR) ont témoigné leur soutien à leur consoeur. Dans un communiqué, les deux entités se sont aussi interrogées sur le message que renvoie cette décision. "Est-ce notre rôle d'être conciliant face à des représentants du peuple et experts en communication, en particulier du RN ? Est-ce notre rôle de l'être, d'autant plus compte tenu de l'histoire esclavagiste raciste française, notamment aux Antilles et en Guadeloupe ? Est-ce notre rôle d'être conciliants, d'autant plus au vu des postions du RN sur ce pan de l'Histoire ?", abonde le communiqué.

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