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(©Engin Akyurt)

Suicides for­cés : 684 vic­times ont ten­té ou mis fin à leurs jours à la suite du har­cè­le­ment d'un·e conjoint·e ou ex-conjoint·e

En 2021, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 684 victimes ayant tenté de se suicider ou s’étant suicidées à la suite du harcèlement de leur partenaire ou ex-partenaire. Un phénomène qui concerne en particulier les femmes, prégnantes dans les statistiques de violences conjugales, affirment les associations féministes.

Phénomène de société souvent tu, les suicides forcés de victimes de harcèlement de la part de leur conjoint·e ou ex-conjoint·e ont été pour la première fois abordés par le ministère de l'Intérieur, le 25 novembre dernier, dans une lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, repérée par Le Figaro. Dans ce texte, qui présente les données disponibles en France sur les violences au sein du couple et les violences sexuelles, on apprend ainsi qu'en 2021, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 684 victimes ayant tenté de se suicider ou s’étant suicidées à la suite du harcèlement de leur partenaire ou ex-partenaire, contre 229 en 2020. La proportion de femmes et d'hommes n'est pas précisée dans ces données.

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Ce chiffre, glissé au début de la lettre dans un petit encart, « n'est sans doute pas mis en avant parce qu’il vient gonfler les statistiques de mortalité liée aux violences conjugales », souligne Yael Mellul, présidente de l’association Femme et libre et ancienne avocate spécialisée dans les violences conjugales, auprès du Figaro. « L’inclure dans le bilan annuel de féminicides reviendrait à tripler ce chiffre », ajoute cette dernière, déplorant que la différence ne soit pas établie entre tentative de suicide et suicide.

Ernestine Ronai, fondatrice de l'Observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, estime auprès de France Inter que les victimes de suicide ou de tentative de suicide sont presqu'en totalité des femmes, expliquant alors : « Le suicide forcé, c'est la femme qui pense qu'elle ne va pas pouvoir s'en sortir. Elles subissent un harcèlement verbal, par internet, ou du mari qui entre dans les comptes, ou par manipulation. » En 2021, 87 % des victimes de violences par partenaire connues des services de police et de gendarmerie sont des femmes, selon les statistiques de l'Intérieur.

Une incrimination distincte depuis 2020

La lettre de l'Observatoire national des violences faites aux femmes rappelle que depuis 2020, le harcèlement contre une personne étant ou ayant été conjoint·e, concubin·e ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité et conduisant au suicide ou à sa tentative est une incrimination distincte du délit de provocation au suicide. Un nouvel article du code pénal porte, en effet, à dix ans d’emprisonnement et à 150.000 euros d’amende le harcèlement d’un·e conjoint·e conduisant à un suicide ou à une tentative de suicide.

Aucun jugement n'a, pour l'instant, été rendu concernant cette incrimination. Mais deux affaires sont en cours d'instruction indique Le Figaro. Celle d’Odile, une cinquantenaire retrouvée agonisante sur la plage de la Mitre à Toulon et morte à l'hôpital des suites d'une intoxication médicamenteuse en janvier 2021, et celle de Maeva, une influenceuse connue sous le pseudo Mavachou, qui s’est suicidée en décembre 2021 et dont l’ex-mari est accusé de harcèlement.

En 2021, 122 femmes ont perdu la vie sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint contre 102 en 2020, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur. Près de 64 % d'entre elles qui avaient déjà subi des violences, les avaient signalées aux forces de l’ordre.

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