fbpx

Elina Dumont : de la rue à la lutte contre le sans-abrisme

Elina Dumont, ancienne femme sans-​abri, a fait de cette expé­rience une lutte. Causette tire le por­trait de cette femme qui a vécu mille vies, jalon­nées de bles­sures pro­fondes, autrice en 2018 d’un rap­port édi­fiant sur la situa­tion des femmes à la rue et qui bataille conti­nuel­le­ment pour leur recon­nais­sance. Grâce à elle, dix mille kits d’hygiène vont être dis­tri­bués aux sans-​abri d’ici à la fin de l’année en Île-de-France.

img 3867
Elina Dumont © M.-E. B.

Lorsque Elina Dumont ouvre la porte de son petit appar­te­ment à Causette, la veille du deuxième confi­ne­ment, c’est en dan­sant sur Claudio Capéo, qu’on enten­dait déjà depuis l’ascenseur. Quel accueil ! « Tu vois, c’est pas grand ! Mais j’ai tout ran­gé ! » Elina, ancienne sans-​abri, est ici chez elle, un 19 mètres car­rés der­rière les Buttes Chaumont, dans un loge­ment social de la ville de Paris, qui lui apporte la pro­tec­tion et la séré­ni­té qu’elle a cher­chées toute sa vie. « Parfois, je pleure encore la nuit, en réa­li­sant le che­min que j’ai par­cou­ru. » Un che­min en effet ponc­tué par des vio­lences qu’elle évoque à demi-​mot, mais qu’on devine dans ses yeux éprou­vés, d’une viva­ci­té décon­cer­tante : abus, mal­trai­tances, addic­tions. Elle pré­fère dire qu’elle a un demi-​siècle plu­tôt que 50 ans. « Ça montre que j’ai vécu beau­coup de choses. » Du dos­sier de la DDASS – Direction dépar­te­men­tale des affaires sani­taires et sociales, l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de l’époque – posé sur son bureau, aux pho­tos qu’elle a sor­ties d’une boîte à chaus­sures, Elina se veut trans­pa­rente. Si elle raconte son his­toire, c’est dans un but pré­cis : se battre inlas­sa­ble­ment pour la recon­nais­sance des femmes à la rue.

« Comment veux-​tu que ma mère sache ce qu’est l’amour ? »

Joliment maquillée d’un rouge à lèvres assor­ti à son étole, les che­veux noirs rele­vés, Elina porte sur son visage mar­qué par les dif­fi­cul­tés, une grâce pour­tant inal­té­rée. Le sou­rire est facile et écla­tant. « J’ai fait refaire toutes mes dents, elles étaient détruites par la drogue. Aujourd’hui, c’est ma fier­té. Il paraît que j’étais belle, jeune. » Elle semble en dou­ter. La vie ne l’a pas préservée.

img 3861
Elina Dumont chez elle. © M.-E. B.

L’enfance d’Elina est d’emblée plon­gée dans le tra­gique : sa mère, vio­lée par son propre père, est psy­cho­lo­gi­que­ment instable. Longtemps, les proches d’Elina ont dou­té de l’identité de son géni­teur. « Comment veux-​tu que ma mère sache ce qu’est l’amour ? » Elle reprend son souffle, en tirant sur sa ciga­rette. « Ce que je sais, au moins, c’est que mon grand-​père n’est pas mon père. Ils ont eu peur, mais ma grand-​mère a fini par me dire qu’il s’agissait d’un maro­cain. Un “bou­gnoul”. C’est ain­si qu’elle me l’a dit. » Très vite sépa­rée de sa mère, jugée inapte à s’occuper d’elle, Elina devient pupille de l’État et est accueillie dans le Perche par celle qu’elle appelle « Madame Trognon ». Le cau­che­mar com­mence alors pour la toute petite fille, qui ne s’en réveille­ra jamais com­plè­te­ment. Victime de viols à répé­ti­tion par des habi­tants du vil­lage, elle déclare pour­tant ne pas en vou­loir à cette mère de sub­sti­tu­tion, qui n’a pas su la pro­té­ger. « Souvent, les gens me disent : “Mais Elina, tu n’as pas de colère[…]

La suite est réservée aux abonné·es.

identifiez-vous pour lire le contenu
Ou
Abonnez-vous à partir de 1€ le premier mois
Partager
Articles liés
125 ecole a la maison. gros pour causette

L'école à la mai­son : un pro­blème vraiment ?

Dans le viseur de l’État, car soupçonnée de contrevenir aux principes républicains, l’instruction en famille, jusqu’alors libre, devra désormais faire l’objet d’une dérogation. Les associations de parents adeptes de ce mode d’instruction...