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© S. Garcia Fernandez/Biosphoto

Au grand bleu, les petits remèdes

Être subversif·ve, c’est aussi trouver le beau là où ça suinte, des promesses là où ça schlingue. Alors Causette, équipée d’un masque et d’un tuba, est partie à la pêche aux belles idées et a trouvé cinq sources d’espoir pour tenter de sauver le plus vaste dépotoir de la planète : l’océan.

Y a bien besoin d’un p’tit remontant, cette année, en contemplant les vaguelettes de la pointe du Raz ou les crabillons de la Côte d’Azur. Le WWF annonce plus d’une tonne de plastique déversée en Méditerranée chaque seconde, 100 % des tortues marines contaminées aux microparticules, selon une étude codirigée par Greenpeace, pfiouuu… Mais plutôt que de noyer ça dans le Spritz à l’apéro, prenez un shot d’espoir. Car certain·es se sont rappelé que l’eau salée composait 70 % de la surface de la planète et ont remonté leurs manches. Projets fous ou inventions simples, leurs meilleures idées, listées ici en cinq sources d’espoir, pourraient nous aider à préserver le Grand Bleu. 

1. Aspis des mers

Ce sont les plus fous des projets pour dépolluer l’océan. Ils engloutissent les saletés à la surface de l’eau, tels des aspirateurs marins. Le plus ambitieux de tous, The Ocean Cleanup, est sorti de l’esprit d’un ado néerlandais de 16 ans (rien que ça, ça redonne la foi !). Il prend la forme d’un immense arc filtrant qui, grâce aux forces des vagues et à des bras aquatiques, capture les déchets flottants, qu’un bateau achemine sur terre pour les traiter. Le projet prévoit de « nettoyer 50 % de la “grande déchetterie du Pacifique” », cet immense magma de plastique de la taille de trois fois la France, entre San Francisco et Hawaï. Côté français, on a le projet Manta. Un quadrimaran aussi large qu’un terrain de foot, dont le défi est de collecter 30 000 m3 de déchets par an aux embouchures des fleuves les plus polluants du monde. Version mini, ça peut aussi donner des petits pièges à déchets dans les ports, comme on en trouve à Rotterdam ou à Bruxelles avec les Recycled Islands. Bon, tout ça ne suffira pas à nettoyer l’océan, mais il est toujours plaisant de se rappeler que l’on peut compter sur des Dexter des mers capables, dans leurs labos, de pondre de belles innovations.

2. Plastique organique

On serait bien peinard·es si on pouvait développer un équivalent du plastique comme on produit la soie : qu’un petit animal comme le ver le crée naturellement, sans substance chimique et avec peu d’énergie. Good news ! Il existe le bioplastique. Produite par de petites bactéries, cette fibre mime parfaitement « la légèreté, la flexibilité et la robustesse » du maudit plastoc, s’émerveille le dramaturge David Wahl. Ce réalisateur, spécialiste de l’environnement, a découvert le procédé en tombant sur une entreprise qui en produit à Brest. Le résultat l’a tellement ébahi qu’il en a fait l’accroche d’Histoires de fouilles, sa pièce pour enfants, présentée au dernier Festival des déchets, à Brest, en juin. Cultivez ça en labo et peuvent en sortir « prothèses, emballages ou film plastique absolument identiques à ceux sur le marché ». Existe aussi la version algues brunes, produite à Saint-Malo.  

3. Jardinage aquatique

De même que la planète compte sur la forêt amazonienne pour aspirer le CO2, l’océan a ses propres oasis régénérantes. Au palmarès de ces jardins du bonheur : les mangroves et les récifs de corail. « Ils filtrent la pollution, explique l’économiste de l’environnement Isabelle Delannoy, et on estime que les deux tiers de la biodiversité marine reposent ­indirectement sur ces écosystèmes. » Solution pour améliorer l’état des mers : les bi-cho-nner ! En replantant des pépinières de mangrove sur le littoral, par exemple, comme l’a fait l’association de protection et de conservation des ressources naturelles, l’Océanium de Dakar, au Sénégal. « Ça crée des cocons où peuvent se reproduire les poissons, détaille la scientifique, solidifie les sols, limite l’érosion et la montée des eaux. » Par conséquent, c’est encourageant de voir que 90 % des États membres de l’ONU sont associés à la convention de Ramsar, qui protège justement ces zones humides. On peut aussi miser sur les « herbiers de Posidonie », ajoute Jean-Pierre Gatuso, océanographe et directeur de recherche au CNRS. Des champs de plantes sous-marines, qui, en plus des mêmes sympathiques effets, « produisent de l’oxygène et stockent le carbone dans le sol »

4. Gardiens de la baie

Bosser avec ceux qui vivent de l’océan et le connaissent par cœur serait un bon début pour apprendre à le soigner. Certaines instances locales ont donc eu la même idée : coopérer avec les pêcheurs. Les écouter, déjà, pour mieux comprendre leur quotidien et trouver ensemble des moyens d’éviter la surpêche, ce que fait le WWF. Les associer au tri des déchets, aussi, comme s’y sont engagés l’Italie et douze ports de la mer de Nord. L’idée : vu que les marins pêchent malgré eux des tonnes de plastique, fournissons-les en matos de récup pour qu’ils les rapportent aux autorités locales, sur terre, qui les trieront. Tout ça avec l’espoir que leurs tristes trouvailles inspirent aussi politiques et citoyens, qui, comme les marins, devront sûrement adapter leurs jobs à la crise environnementale. 

5. Nécessité fait loi

Les beaux discours et les négociations sans fin de nos politiques ont beau nous dépiter, sans eux, on n’aurait pas eu la création d’aires marines protégées ; la banalisation des stations d’épuration dans le sud (qui ont stoppé la fuite des eaux usées dans les calanques ! Merci…) ; ou encore la fin des plastiques à usage unique comme l’ont voté l’Europe ou le Canada. Et si le cœur lui en dit, l’État en a encore sous le pied ! Un projet contre les microparticules a été soumis par l’instance européenne de régulation des plastiques, début 2019, pour bannir d’ici à un an paillettes de cosmétiques, particules de dentifrices ou microplastiques présents dans les produits ménagers… L’ONU est, quant à elle, en pleines négociations pour réguler le droit de la haute mer. L’enjeu : empêcher les grandes entreprises de forer n’importe où dans l’océan et dérégler ainsi la faune et la flore. Comme quoi, peu de solutions restent aussi drastiques et prometteuses que la loi.

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