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Miss France 2022 : des paillettes et pas mal de malaise

Cette année, on a tenu à regar­der le concours de beau­té jusqu'au bout et c'était très long. 

Mise à jour du 13 décembre 2021 : Pas ran­cu­nière pour un sou contre celle qui avait tor­pillé son posi­tion­ne­ment de ministre à l'encontre d'un « concours has-​been », la ministre à l'Egalité Élisabeth Moreno a annon­cé qu'elle remet­tra à Diane Leyre… la médaille de l'Egalité. Un geste répu­bli­cain en forme d'enterrement de la hache de guerre, qui montre qu'au gou­ver­ne­ment, c'est désor­mais la ligne Roselyne-Bachelot-Miss-France‑c'est-rigolo qui l'emporte.

« N’y tou­chons pas. » C’est avec empres­se­ment que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a défen­du le concours Miss France 2022. Pour la ministre, le show est « sym­pa­thique, amu­sant, gla­mour ». Avouant même qu’« [elle] ne [sera] pas de ceux qui boudent leur plai­sir devant ». Chez Causette, on a pris Roselyne Bachelot au mot : nous avons tenu plus de trois heures (et cinq cou­pures pub) devant notre poste. Non pas pour juger les jeunes femmes qui choi­sissent de se pré­sen­ter au concours de beau­té mais pour com­prendre com­ment ce concours vieux comme le monde peut-​il encore être un phare dans la nuit pour des mil­lions de Français·es.

21H14, le concours de Miss France 2022 com­mence. Sourire en coin, mèche gomi­née et smo­king impec­cable, Jean-​Pierre Foucault lance les hos­ti­li­tés. Celui qui s’accroche à son titre de Monsieur Loyal depuis 27 ans annonce fiè­re­ment le thème de cette année : les comé­dies musi­cales. Les can­di­dates ont donc dan­sé et défi­lé sur le Roi Lion, Mamma Mia, West Side Story et même Chicago. Un poil déçues, on atten­dait l'hymne du début des années 2000 Les Rois du monde issu de Roméo et Juliette, mais pas­sons. Le tout sur des cho­rées plus proches des ker­messes de fin d’années que des per­for­mances spec­ta­cu­laires signées Kamel Ouali. Mais on note­ra que cer­taines avaient quand même la chance d’être por­tées par des dan­seurs tan­dis que les autres se tré­mous­saient sur place en agi­tant les bras. 

Rémunération

« Elles sont belles, cha­ris­ma­tiques et libres » enchaîne la patronne du Show Sylvie Tellier, très fière de ses pou­liches. Belles, cha­ris­ma­tiques, libres d’accord. Mais sur­tout, les 29 can­di­dates sont – pour la pre­mière fois – rému­né­rées par des contrats de tra­vail. Jugé « rétro­grade » et « miso­gyne », le concours de beau­té avait, en effet, fait l’objet mi-​octobre d’une plainte aux prud’hommes dépo­sée par l’association Osez le fémi­nisme pour non-​respect du droit du tra­vail, sexisme et discrimination.

Endemol Production a donc cédé cette année au droit du tra­vail, en revanche pour le sexisme et les dis­cri­mi­na­tions, il ne faut pas décon­ner. On est encore sur une ligne « Sois belle, jeune, dis­po et tais-​toi ». Car s’il y a une chose qui ne bouge pas chez les miss – au-​delà de leurs sou­rires figés et du teint halé de Jean-​Pierre Foucault – ce sont les condi­tions d’accès à la cou­ronne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont dras­tiques. En plus de devoir être céli­ba­taire et sans enfants, seules les Françaises âgées de 18 à 24 ans, fai­sant mini­mum 1m70 sans talon peuvent ten­ter leur chance. Sur le poids, les condi­tions sont plus floues. « Tant que je serai là, on ne pèse­ra jamais les can­di­dates » avait assu­ré Sylvie Tellier en 2019. Oui, enfin, sur le pla­teau de l'édition 2021, on n’a pas vu de femmes fai­sant plus d’un petit 38. On note­ra éga­le­ment que la socié­té Miss France n’est visi­ble­ment pas prête pour enga­ger des coif­feurs spé­cia­listes des che­veux afro. En témoigne la coupe sac­ca­gée d’Ambre Andrieu, miss Aquitaine 2022. 

La minute discours

Après avoir regar­dé les 29 por­traits sopo­ri­fiques des can­di­dates – on apprend que l'une aime l'équitation, l'autre le sport – les défi­lés en cos­tumes régio­naux – où l’on ne com­prend par­fois pas très bien où les sty­listes veulent en venir -, en maillot de bain et robe de prin­cesse, vient le moment tant atten­du des dis­cours pour les quinze miss rete­nues. Et là, atten­tion, Jean-​Pierre veille au grain, c’est une minute de parole cha­cune pas plus. Il ne fau­drait quand même pas qu’elles donnent l’impression d’avoir des choses à nous dire. Résultat, on se retrouve avec des can­di­dates com­plè­te­ment stres­sées qui ont juste le temps de dire pour­quoi il faut voter pour elles car – au choix – elles aiment les ani­maux, la pla­nète ou les enfants malades. Un strike au bin­go du concours de beauté.

Il est 23H37, et là, tout de suite, on vou­drait juste en finir. Qu’on tire la gagnante à la cour­te­paille par­mi les cinq fina­listes et qu’on aille se cou­cher. Mais non, entre deux consignes de vote de l’animateur Thierry Baumann – l’homme qui ne tra­vaille qu’une soi­rée dans l’année – TF1 nous pré­sente les cadeaux que rece­vra Miss France. À savoir entre autres, une voi­ture Peugeot, du maquillage, des bijoux, un voyage à La Réunion… qu’on se le dise, Miss France c’est quand même plus ren­table que Questions pour un champion.

En par­lant de ques­tions, les cinq miss en lice pour le trône doivent main­te­nant répondre cha­cune à une ques­tion don­née par le public. Entre les « Est-​ce que la devise liber­té éga­li­té fra­ter­ni­té est-​elle encore d’actualité ? » et « Qu’est-ce qui fait selon vous la force de la femme ? » une autre nous fait nous réveiller : « Que répon­driez vous aux per­sonnes qui disent que l'élection Miss France est sexiste ? » Question rhé­to­rique lorsque ça fait lit­té­ra­le­ment plus de deux heures que l’on juge ces femmes sur leur phy­sique et une minute de parole, rappelons-​le. « Je leur dirais qu'aujourd'hui en tant que femme nous avons le choix de défi­ler, de se prendre en pho­to et de prendre la parole, répond sans cil­ler Miss Tahiti. Je suis convain­cue que la femme du 21ème siècle est une femme enga­gée, forte et sûre de ses choix. » Discours bien rodé donc. 

La gagnante est .… 

Roulement de tam­bour. La ten­sion est à son comble. Sur le pla­teau, ne res­tent plus que Miss Martinique et Miss Ile-​de-​France. Après trois heures de show, on com­mence aus­si à fré­tiller d’impatience sur notre canap pour entendre le ver­dict final. Il est lar­ge­ment minuit pas­sé lorsque le pré­sident de la céré­mo­nie, Jean-​Pierre Pernault fait son entrée pour annon­cer la grande gagnante. Diane Leyre, Miss Ile-​de-​France, est nom­mée sous les applau­dis­se­ments du public miss France 2022. Les cotillons tombent, les miss s’embrassent sous le regard ému du duo de choc, Sylvie et Jean-​Pierre – Foucault, il y avait déci­dé­ment beau­coup de Jean-​Pierre sur TF1 hier soir – on peut enfin aller se coucher. 

À peine cou­ron­née, la nou­velle Miss France s'est posi­tion­née sur les règles du concours jugées « has been » par la ministre délé­guée char­gée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno. « À part plus d’1,70 m, on a le droit d’avoir tout type de mor­pho­lo­gie. Vous venez telle que vous êtes », assure Diane Leyre dans une inter­view. En théo­rie peut-être… 

Lire aus­si : Miss (vieille) France : cent ans de sexisme couronné

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