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Inceste : appel à témoi­gnages et mise en place d'une pla­te­forme d'écoute pour les victimes

La commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a mis en place, le 21 septembre, une plateforme d’écoute et lancé un appel à témoignages. L'objectif : écouter, entendre, soutenir les victimes tout en construisant des politiques de protection.

On le sait, les chiffres des violences sexuelles sur mineur·es sont vertigineux. En novembre 2020, un sondage Ipsos réalisé pour l'association Face à l'inceste montrait qu'un·e Français·e sur 10 déclarait avoir été victime d'inceste. Si on élargit aux violences sexuelles commises hors du cadre familial, on se retrouve à un·e Européen·ne sur... Cinq qui ont subi ces violences avant leur majorité, selon les chiffres du Conseil de l'Europe. Mise sur pieds fin janvier à la suite des déflagrations qu'ont représenté les témoignages de Vanessa Springora, autrice du Consentement, d'une part et de Camille Kouchner, autrice de La Familia grande d'autre part, la Ciivise, commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles, vient de lancer sa première mission d'envergure nationale. La campagne, intitulée « Ensemble, sortons du silence », se veut être un grand appel à témoignages à l'appui d'une plateforme d’écoute destinée aux victimes de violences sexuelles pendant l’enfance. Des numéros anonymes et gratuits ont été mis en place, pour l’hexagone et l’Outre-Mer. Les victimes seront écoutées par deux associations, le Collectif féministe contre le viol (CFCV) et SOS Kriz. Il leur suffit juste de donner un prénom ou un pseudo ainsi que le département de résidence au début de l'entretien.

L'initiative a été plébiscité dès son lancement. La Ciivise a en effet recensé plus d’une centaine d’appels depuis l’ouverture des lignes, a indiqué le juge Édouard Durand, coprésident de l'instance à l'AFP en fin de journée hier. Pour Ophélie, employée en ressources humaines et elle-même victime d'inceste, la campagne est bienvenue. Lorsqu’elle était élève en élémentaire, la jeune femme a subi des violences sexuelles de la part d’un membre de sa famille. « C’est vraiment bien de rassembler les témoignages. Je pense que cela permettra aux autorités de comprendre le blocage qu’on a tous eu vis-à-vis de nos agresseurs, explique-t-elle. Ils nous ont convaincus que personne ne nous croirait si on parlait. »

Mettre le témoignage des victimes en avant

La Ciivise cherche à mettre le discours des victimes au centre pour mieux répondre à leurs besoins. L'un des objectif à terme serait de prévenir ces violences et de mieux repérer lorsqu'un enfant se retrouve dans cette situation. Pour Ophélie, la prise en charge des victimes est le paramètre le plus important à améliorer. « Il faut qu'on croie les enfants quand ils viennent parler. Ça a déjà été super dur à vivre, si on ne nous croit pas, c'est la double peine. » L'appel à témoignages permettra notamment de donner des recommandations aux institutions pour « lutter contre l’impunité des agresseurs ». C'est lorsqu'elle est au collège qu'Ophélie témoigne pour la première fois, d'abord à son entourage familial, qui l'enjoindra à porter plainte et l'accompagnera à la police. Son agresseur a finalement été condamné par la justice. La jeune femme de 23 ans aimerait que les victimes fassent confiance aux institutions : « On a pris mon cas au sérieux et je ne pense pas être la seule, même si les médias font régulièrement état de ratés judiciaires, témoigne-t-elle. J'ai envie de dire aux victimes de ne pas se brider et d'y aller. Juste le fait d'en parler est un gros soulagement. » La jeune fille explique que la prise de parole qui lui a fait le plus de bien est celle où elle a raconté ces violences au sein du groupe de fidèles de son église.

À partir du 20 octobre, la Ciivise, accompagnée de magistrats, de forces de l'ordre et autres spécialistes iront directement à la rencontre des victimes, grâce à des réunions publiques partout en France dans le but de sensibiliser la population.

Pour témoigner : par téléphone de 10h00 à 19h00: 0805802804 (hexagone) 0800100811 (Outre-Mer).
Par mail: [email protected] ou par courrier : CIIVISE, 14 avenue Duquesne 75007 Paris.

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