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© Capture écran Youtube / DW News

Ioulia Navalnaïa : l’épouse d’Alexeï Navalny, le cou­rage fait femme

Depuis la mort d'Alexeï Navalny, son mari, elle fait preuve d'un cou­rage et d'une digni­té qui forcent l'admiration. Et pour­rait bien deve­nir une figure poli­tique à son tour. 

Juste après l’annonce de la mort de son époux en pri­son, les larmes aux yeux, elle a pris la parole à Munich. Elle a pris une pro­fonde ins­pi­ra­tion avant de décla­rer : “Si c’est la véri­té, je vou­drais que Poutine, tout son per­son­nel, tout son entou­rage, tout son gou­ver­ne­ment, ses amis, sachent qu’ils seront punis pour ce qu’ils ont fait à notre pays, à ma famille et à mon mari”, la voix ferme, mais débor­dante d’émotion. Et de conclure : “Et ce jour vien­dra très bien­tôt.” Cela fai­sait deux ans que Ioulia Navalnaïa n’avait pas vu son mari, l’opposant russe Alexeï Navalny. Depuis, Ioulia Navalnaïa, 47 ans, che­veux blonds ras­sem­blés, comme tou­jours, dans un chi­gnon ser­ré, ne lâche rien. Ce lun­di, trois jours seule­ment après la mort de son mari, elle ren­contre à Bruxelles les ministres des Affaires étran­gères de l’Union européenne.

Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux ce lun­di elle a à nou­veau fait preuve de tous les cou­rages : "Poutine a tué mon mari. Poutine a tué le père de mes enfants", a‑t-​elle décla­ré. Ajoutant qu'elle conti­nue­ra de pour­suivre "l'oeuvre" de son mari : "Je conti­nue­rai pour notre pays, avec vous. Et je vous appelle tous à vous tenir près de moi (…) Ce n’est pas une honte de faire peu, c’est une honte de ne rien faire, c’est une honte de se lais­ser effrayer", pro­met­tant enfin de décou­vrir « qui avait exé­cu­té ce crime » et dans quelles circonstances.

Avec Alexeï Navalny, elle a vécu l’espoir des grandes mani­fes­ta­tions qu’il a mobi­li­sées en Russie, l’angoisse d’un empoi­son­ne­ment auquel il a sur­vé­cu de jus­tesse en 2020 et un retour à Moscou quelques mois plus tard, ensemble et tête haute. Mais vite dou­ché puisqu’il avait été arrê­té dès son atter­ris­sage. Malgré la peine de 19 ans de pri­son pro­non­cée contre lui et ses ter­ribles condi­tions de déten­tion, Ioulia Navalnaïa gar­dait espoir. “J’espère et je crois que je ver­rai Alexeï libre. Rien n’est impos­sible quand vous êtes amou­reux”, avait-​elle décla­ré l’an der­nier au quo­ti­dien alle­mand Der Spiegel.

"Je t'aime"

À mesure que son bras de fer avec le Kremlin se fai­sait de plus en plus ris­qué, l’opposant disait qu’il en serait inca­pable sans sa femme. Son der­nier mes­sage public était un mot d’amour, pour la Saint-​Valentin : “Je sens que tu es avec moi à chaque seconde.” Pour sa pre­mière publi­ca­tion sur les réseaux sociaux après le décès de son époux, Ioulia Navalnaïa a choi­si une pho­to où il l’embrasse sur le front avec cette légende : “Je t’aime.”

Le couple n’hésitait pas en effet à mettre en avant son quo­ti­dien en famille. Ioulia Navalnaïa est donc deve­nue, comme son mari, une per­son­na­li­té publique. Sa noto­rié­té a même pous­sé cer­tains des par­ti­sans d’Alexeï Navalny à lui rêver un ave­nir poli­tique, même avant que celui-​ci ne soit der­rière les bar­reaux. Beaucoup se demandent qui d’autre pour­rait unir une oppo­si­tion déci­mée, pous­sée à l’exil et pri­vée de tête de proue. D’autant que son dis­cours, après l’annonce du décès de son mari, a assis son image de femme forte.

En 2020, Ioulia Navalnaïa avait vu Alexeï Navalny échap­per de peu à la mort, empoi­son­né en Sibérie par une sub­stance de “type Novitchok”, un puis­sant agent inner­vant, selon une ana­lyse euro­péenne. Elle avait réus­si à lui faire quit­ter la Russie pour l’Allemagne alors qu’il se trou­vait dans le coma, aux mains de méde­cins locaux qui refu­saient de le lais­ser par­tir. “À chaque moment quand on était là, je me disais : ‘Je dois le faire sor­tir’”, a‑t-​elle dit, accu­sant les méde­cins d’avoir fait traî­ner le pro­ces­sus jusqu’à ce qu’il meure ou que le pro­duit neu­ro­toxique ne soit plus détectable.

Cinq mois plus tard, elle était tout aus­si impo­sante quand le couple est ren­tré à Moscou en sachant très bien que ce voyage se ter­mi­ne­rait en pri­son.”Garçon, apportez-​nous de la vod­ka, on rentre à la mai­son”, avait-​elle deman­dé dans l’avion, fil­mée aux côtés d’Alexeï Navalny, rejouant une scène d’un film russe culte. Le couple avait été sépa­ré dès le contrôle des pas­se­ports, à l’arrivée. Après une rapide étreinte avec son mari, embar­qué par la police et qu’elle ne rever­rait plus jamais libre, elle avait été accueillie à l’aéroport par une foule cla­mant “Ioulia!”.

“Figure poli­tique”

Alors qu’il se remet­tait sur pieds en Allemagne, après son empoi­son­ne­ment, Alexeï Navalny avait dit en plai­san­tant que les vues de sa femme étaient plus radi­cales que les siennes. “Quand vous n’êtes pas en poli­tique, mais que vous voyez les choses les plus sombres com­mises contre votre famille alors, bien sûr, ça vous radi­ca­lise”, expliquait-​il. Quand Alexeï Navalny était en pri­son, Ioulia Navalnaïa avait assu­ré qu’elle ne sui­vrait pas les traces de Svetlana Tikhanovskaïa, deve­nue la cheffe de l’opposition béla­russe quand son mari avait été pla­cé en déten­tion. Mais pour la poli­to­logue Tatiana Stanovaya, “que Ioulia Navalnaïa le veuille ou non, elle devient une figure politique”.

Elle a en tout cas démon­tré son cou­rage en décla­rant qu’elle tenait le pré­sident russe Vladimir Poutine “per­son­nel­le­ment res­pon­sable” de la mort de son mari et appe­lé la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale à s’unir pour infli­ger une défaite à “ce régime terrifiant”.

Le ministre ita­lien des Affaires étran­gères, Antonio Tajani, a esti­mé que les décla­ra­tions de Ioulia Navalnaïa allaient “aider tous les Européens à mieux com­prendre quel type de sys­tème violent nous devons affron­ter et conte­nir en Ukraine”. “Cela nous fait res­sen­tir la menace qui pèse sur les citoyens russes et toutes les régions de notre Europe, un conti­nent où la vio­lence, la bru­ta­li­té et la guerre ont été réta­blies d’une manière hon­teuse et irres­pon­sable”, a‑t-​il ajou­té dans un communiqué.

Ce week-​end, la police russe a arrê­té dans des dizaines de villes des cen­taines de per­sonnes venues dépo­ser des fleurs et allu­mer des bou­gies en l’honneur d’Alexeï Navalny aux mémo­riaux des vic­times des répres­sions de l’ère sta­li­nienne. Rien qu’à Saint-​Pétersbourg, dans le nord-​ouest, les juges ont condam­né ce week-​end 154 de ces per­sonnes à des peines allant jusqu’à 14 jours de pri­son pour avoir vio­lé la stricte légis­la­tion enca­drant les mani­fes­ta­tions, selon les déci­sions ren­dues publiques par le ser­vice de presse des tri­bu­naux locaux. Les proches de Navalny ont quant à eux qua­li­fié, same­di, les auto­ri­tés russes de “tueurs” cher­chant à “cou­vrir leurs traces” en refu­sant de leur remettre son corps, le Kremlin gar­dant le silence mal­gré les accu­sa­tions de l’Occident et des ras­sem­ble­ments en hom­mage à l’opposant.

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