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Chloé Delaume : « Les fémi­nistes se font cra­cher à la gueule depuis quelque temps de façon assez éhontée »

MISE À JOUR – 06/​11/​20 : La roman­cière Chloé Delaume a rem­por­té ce 06 novembre, l'édition 2020 du prix Médicis, dans la caté­go­rie roman fran­çais pour Le cœur synthétique.

En cette ren­trée, Chloé Delaume – qui a mis un bon coup de pied dans la four­mi­lière il y a un an et demi avec son pam­phlet fémi­niste Mes bien chères sœurs – revient avec une comé­die sur le céli­bat truf­fée de pun­chlines hila­rantes, Le Cœur syn­thé­tique. Une impi­toyable ana­lyse socio­lo­gique du mar­ché de la séduc­tion pas­sé 45 ans. Où il est beau­coup ques­tion de lose, des para­doxes du fémi­nisme et de soro­ri­té. Le tout sau­pou­dré d’une touche de sor­cel­le­rie. Interview fleuve et sans langue de bois.

delaume chloe sophie couronne
© Sophie Couronne

Causette : On vous avait lais­sée il y a un an avec Mes bien chères sœurs, qui a super bien mar­ché. Qu’est-ce que ce pam­phlet a chan­gé pour vous ?
Chloé Delaume :
Oui, je suis contente que ça ait été enten­du. Il a mar­ché trois fois plus que mes autres livres. Ça m’a pous­sée dans mon envie de conti­nuer à par­ler aux copines. Ça a incar­né les lec­teurs. Car avec ce livre, j’ai fait beau­coup de lec­tures et de ren­contres et, du coup, je suis allée à la ren­contre du pro­fil de femmes à qui j’avais envie de par­ler, c’est deve­nu concret.

Et alors, c’est qui votre lec­to­rat ?
C. D. : Plutôt des femmes un peu éner­vées et qui ont un rap­port sen­sible à la langue. Il y en a pas mal en fait ! Et c’était chouette, car c’était la pre­mière fois, en vingt ans de publi­ca­tion, que je me sen­tais utile. Jusqu’à pré­sent, l’utilité était esthé­tique. J’écrivais pour défri­cher des formes. Ça res­tait can­ton­né à l’art. Avec Mes bien chères sœurs, ça a été autre chose. D’abord, il y a eu l’émergence du terme de « soro­ri­té », qui tourne beau­coup plus main­te­nant. Je ne dis pas que j’y suis pour quelque chose, mais c’est arri­vé au bon moment. Un moment où je pou­vais être enten­due. J’ai eu la sen­sa­tion que ça don­nait de l’empo­werment. J’ai réus­si, je crois, à appor­ter un peu de force aux fran­gines, du coup, je me suis sen­tie un peu utile. Et on fait pas un bou­lot où on se sent utile très sou­vent, pour être honnête.

Comment ce pam­phlet est-​il né ?
C. D. : J’ai fait une « rési­dence Île-​de-​France ». Pendant plu­sieurs mois, un auteur va tra­vailler dans un lieu sur une thé­ma­tique qu’il déve­lop­pe­ra ensuite dans un livre. Je vou­lais tra­vailler sur les uto­pies fémi­nistes, donc je suis allée bos­ser pen­dant dix mois à la librai­rie fémi­niste Violette and Co, rue de Charonne et au Palais de la femme, qui se trouve juste à côté. Pour faire une pas­se­relle entre les deux. À la librai­rie, j’invitais des autrices ou des édi­trices pour par­ler du rap­port des uto­pies fémi­nistes dans la lit­té­ra­ture et, en paral­lèle, je fai­sais des ate­liers d’écriture avec des femmes du Palais de la femme et du public de la librai­rie. Au début, je vou­lais faire une pièce de théâtre. Puis j’ai vite com­pris que c’était pas simple. Alors je me suis dit : « On va faire un mani­feste. » Même si, en véri­té, je ne savais pas vrai­ment la forme que ça allait prendre avant de m’y mettre.

Solanas, je l’ai lue à 15 ans. J’ai tout pris au pre­mier degré. […] Ça m’a fait hur­ler de rire et j’ai adhé­ré tout de suite


Vous aviez Virginie Despentes et Valerie Solanas en tête en l’écrivant ?
C. D. : Solanas beau­coup. Solanas, pour moi, c’est la mère fon­da­trice [Valerie Solanas est l’autrice du très radi­cal et très culte Scum Manifesto, ndlr]. Je l’ai lue à 15 ans. J’ai tout pris au pre­mier degré. Et je me sou­viens très bien que ma cama­rade qui m’avait prê­té le bou­quin était très dubi­ta­tive. Moi, ça m’a fait hur­ler de rire et j’ai adhé­ré tout de suite. Et puis, l’année der­nière, j’ai été mar­raine d’un fes­ti­val, Les Parleuses, qui a pour but de mettre en valeur le matri­moine lit­té­raire et j’ai pré­sen­té une confé­rence sur Valerie Solanas. C’est elle que j’ai choi­sie comme figure tuté­laire. C’est en pod­cast ! Toutes les lec­trices de Causette peuvent l’écouter.

En ce moment, dans le pay­sage fémi­niste fran­çais, les ten­sions sont vives. Comment analysez-​vous le[…]

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