fbpx
IMG 6644
De gauche à droite : Loan Rocher, Marie-Automne Thépot, Anne Soupa, Hélène Pichon, Laurence de Bourbon-Parme, Sylvaine Landrivon et Christina Moreira. © A.C.

Église catho­lique : sept femmes pos­tulent à des fonc­tions qui leur sont inter­dites

Une curé, une diacre, une évêque… Ce mer­cre­di 22 juillet, à l’initiative du col­lec­tif Toutes Apôtres !, sept femmes ont dépo­sé leur can­di­da­ture à plu­sieurs fonc­tions qui leur sont inter­dites au sein de l’Église catho­lique. Elles espèrent ain­si secouer une ins­ti­tu­tion retran­chée dans son boys’ club.

Sous le regard de quelques jour­na­listes, Hélène Pichon ouvre fébri­le­ment une boîte aux lettres de l'avenue Wilson dans le XVIème arron­dis­se­ment de Paris pour y glis­ser une enve­loppe for­mat A4. En ce jour où le monde catho­lique fête la Sainte Marie-​Madeleine, « apôtre des apôtres », voi­ci cette ancienne diplo­mate offi­ciel­le­ment can­di­date au poste de nonce apos­to­lique auprès du Saint-​Siège. Ce mer­cre­di 22 juillet, elles étaient six femmes de foi mais laïques à dépo­ser à la non­cia­ture de Paris, dans un même geste joyeux quoique solen­nel, une can­di­da­ture pour se voir ouvrir les portes de fonc­tions qui leur sont encore inter­dites. « Ne vous trom­pez pas, lance Marie-​Automne Thépot (pour sa part can­di­date au dia­co­nat) aux jour­na­listes devant les grilles closes de la non­cia­ture. Nous ne cla­quons pas la porte de l’Église, au contraire. Nous vou­lons res­ter dans cette Église, mais une Église qui nous res­semble : ouverte, accueillante, qui laisse la place à toutes dans la diver­si­té et reste capable de lire les signes des temps et d’évoluer en consé­quence. » Autant dire qu’à la table de la cène, elles ne sont pas là pour ser­vir de passe-​plats.

IMG 6597
Hélène Pichon © A.C.

À la base, cette drôle d’aventure a com­men­cé avec l’initiative culot­tée d’Anne Soupa, théo­lo­gienne de 73 ans, qui a dépo­sé le 25 mai sa can­di­da­ture au poste d’archevêque de Lyon. Il s’agissait pour cette exé­gète recon­nue de rem­pla­cer le car­di­nal Barbarin, qui a démis­sion­né après avoir été relaxé pour « non-​dénonciation d’actes pédo­philes » dans l’affaire Preynat. Depuis, Anne Soupa n’a obte­nu ni réponse ni même accu­sé de récep­tion de sa can­di­ture. « Cela ne m’étonne qu’à moi­tié, parce que l’Église n’a pas fran­che­ment la culture de la com­mu­ni­ca­tion, sou­pire celle qui était pré­sente ce mer­cre­di devant la non­cia­ture en sou­tien à ses émules. Mais ce silence a quelque chose de mépri­sant pour les femmes qui montrent leur volon­té d’être incluses poli­ti­que­ment au sein de l’Église. »Anne Soupa est ravie que son ini­tia­tive ait déci­dé d’autres femmes à bri­guer cette fois les postes de diacre, nonce apos­to­lique, curé, évêque et même pré­di­ca­trice laïque : « Cela prouve que mon geste n’était pas une bra­vade iso­lée mais le signe d’une souf­france par­ta­gée par beau­coup de femmes catho­liques qui ne com­prennent pas pour­quoi, en 2020, elles sont tou­jours exclues des fonc­tions qu’elles pour­raient embras­ser avec un réel enthou­siasme. » 

Résoudre la crise des voca­tions

C’est ce constat – et l’envie de son­ner les cloches d’une ins­ti­tu­tion figée dans son sexisme – qui a mené Alix Bayle, jour­na­liste, réa­li­sa­trice et par ailleurs cofon­da­trice, sur un tout autre sujet, du col­lec­tif PAF (pour Parentalité fémi­niste), à sol­li­ci­ter dans son entou­rage et dans le milieu catho­lique des femmes moti­vées pour pré­sen­ter leurs ser­vices à l’Église. Pour mener son opé­ra­tion à bien, elle crée avec Anne Soupa et les fémi­nistes catho­liques Oh My Goddess le col­lec­tif Toutes Apôtres !. « Ces can­di­da­tures ont été sus­ci­tées et ras­sem­blées par le col­lec­tif en moins d’un mois, pré­cise Alix Bayle. Cela démontre qu’il existe une réserve de femmes prêtes inté­rieu­re­ment à assu­mer une can­di­da­ture pour­tant inter­dite. » Cette croi­sade fémi­niste au sein de l’Église n’est pas que sym­bo­lique :« Les can­di­dates sont déter­mi­nées. Être prêtre est un métier dif­fi­cile qui demande un ser­vice total à l’Église et ses fidèles. On le dit peu, mais ils sont nom­breux à souf­frir de burn-​out. Elles se sentent d’attaque pour rele­ver le défi. »

Au moment où la crise des voca­tions mas­cu­lines frappe dura­ble­ment les dio­cèses, Alix Bayle et ses dévotes com­parses ne com­prennent pas « pour­quoi l’Église se prive de ces voca­tions fémi­nines ». « Elle vous répon­dra qu’il s’agit d’une règle théo­lo­gique,observe la jeune femme. Sauf que si on inter­roge ces minis­tères d’un point de vue his­to­rique, on se rend compte que l’apôtre Paul cite la pré­sence, en son temps, d'une dia­co­nesse, Phébée, res­pon­sable de la com­mu­nau­té de l'église à laquelle elle est rat­ta­chée. » Remontée contre les fief­fés machos du catho­li­cismeAnne Soupa appuie :« La place des femmes dans l’Église s’est dégra­dée au tour­nant du pre­mier mil­lé­naire, avec la réforme gré­go­rienne qui a exclu les femmes des ordres, les can­ton­nant au rôle de sœurs. C’est cette para­ly­sie qu’il est temps aujourd’hui de bous­cu­ler, afin d’être plus fidèle à l’esprit de Jésus. »

Afin de se pré­mu­nir contre tout mal­en­ten­du et de mettre les points sur les i dans les têtes sous les calottes, Toutes Apôtres ! a vu les choses en grand : la psy­cho­thé­ra­peute Claire Conan-​Vrinat, la mas­so­thé­ra­peute Loan Rocher et la fonc­tion­naire ter­ri­to­riale Marie-​Automne Thépot se sont por­tées can­di­dates non pas pour être dia­co­nesses mais diacres, « de façon à pou­voir obte­nir les mêmes fonc­tions que celles des diacres actuels, à savoir un ser­vice d’accueil des plus pauvres, malades, mar­gi­naux ou réfu­giés au sein des dio­cèses ».

Capture d’écran 2020 07 22 à 17.37.41
Christina Moreira © A.C.
Prêtre non recon­nue par le Vatican

En ce qui concerne le poste de curé, Toutes Apôtres ! a recru­té Christina Moreira… Déjà prêtre au sein de l’Association des femmes prêtres catho­liques romaines. Cette asso­cia­tion amé­ri­caine, excom­mu­niée parce qu’elle ordonne des femmes, conti­nue son che­min de croix loin du cour­roux du Vatican. Christina Moreira, ordon­née prêtre en 2015 et offi­ciant en Galice (Espagne), est venue dépo­ser sa can­di­da­ture à la non­cia­ture de Paris avec son étole vio­lette, simi­laire à celles des prêtres très offi­ciels. « Je me rends dis­po­nible au ser­vice de l’Église de France, au sein de laquelle j’ai reçu le bap­tême et la confir­ma­tion, explique-​t-​elle. Je la per­çois souf­frante et à bout de souffle, secouée par des scan­dales qui nuisent à l’annonce de l’Évangile, sur­tout aux plus petits. »

À l’instar de Christina Moreira, toutes sont convain­cues que fémi­ni­ser le sacer­doce per­met­trait de « repen­ser la hié­rar­chie clé­ri­cale » dans une pers­pec­tive plus « hori­zon­tale », de renou­ve­ler et même de révo­lu­tion­ner une ins­ti­tu­tion aux prises avec d’innombrables scan­dales de pédo­phi­lie ou d’abus sexuels qui ont enta­ché sa superbe ces der­nières années. « On a beau­coup par­lé de pédo­cri­mi­na­li­té mais beau­coup moins des affaires de vio­lences sexuelles tou­chant les reli­gieuses », remarque Alix Bayle, en réfé­rence au docu­men­taire Religieuses abu­sées, l’autre scan­dale de l’Église, que le Saint-​Siège avait d’ailleurs réus­si à faire reti­rer du replay d’Arte en avril 2019. « À ce moment-​là, beau­coup de bap­ti­sées ont bas­cu­lé dans la colère », souligne-​t-​elle.

IMG 6646
La confé­rence de presse s'est tenue sous les fenêtres fer­mées
de la non­cia­ture apos­to­lique de Paris © A.C.

Nos pieuses témé­raires ne sont en revanche pas encore una­nimes sur la ques­tion du céli­bat des ordonné·es et réflé­chissent à se posi­tion­ner sur le sujet. Et quand on demande à ces laïques si elles ont cher­ché à inclure des reli­gieuses dans leur démarche, pour­tant « can­di­dates natu­relles », elles répondent que oui, mais que pour l’heure, aucune n’a vou­lu appor­ter un sou­tien public. Au même titre, selon Anne Soupa, que divers hommes ordon­nés, à ce stade silen­cieux « parce qu’ils ont peur d’être mis de côté ». Alors, devant la grille close de la non­cia­ture, qui était pour­tant pré­ve­nue de leur pré­sence pour can­di­da­tures spon­ta­nées ce matin, elles espèrent de toute leur foi un signe, un seul, de recon­nais­sance de la bande d’hommes mono­po­lis­tiques man­da­taires du Tout-​Puissant.

Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  


Idées Cadeaux Causette

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés