juliette ponce
© Michael Amrouche

Rencontre avec Juliette Ponce, fon­da­trice de Dalva, mai­son d'édition qui ne publie que des autrices

En lan­çant Dalva, mai­son d’édition qui ne publie­ra que des autrices, Juliette Ponce sou­haite don­ner la place aux femmes, encore sous repré­sen­tées dans le monde de la lit­té­ra­ture. À lire dès le 6 mai : L'octopus et moi d'Erin Hortle et Trinity, Trinity, Trinity d'Erika Kobayashi. 

Causette : Pourquoi avoir créé une mai­son d'édition pour autrices ?
Juliette Ponce : Ces der­nières années, j’ai publié des ouvrages écrits par des femmes avec des voix assez fortes. J’ai consta­té que ces livres très impor­tant pour moi étaient aus­si accueillis de façon hyper cha­leu­reuse quand on allait en librai­ries ou en fes­ti­vals. Il y avait une vraie envie du public. J'ai com­men­cé à me ren­sei­gner et les chiffres sont venus confir­mer ce que je pen­sais : les femmes sont beau­coup moins publiées, le ratio est de l’ordre de 65% de livres écrits par des hommes pour seule­ment 35% d'autrices. Même sur la scène lit­té­raire, elles sont beau­coup moins consi­dé­rées. On arrive péni­ble­ment à 25 % de récom­penses. C'est comme ça qu'est née l’idée de Dalva : por­ter des voix de femmes, avec des récits qui mettent en scène des thé­ma­tiques sur les­quelles on les attend moins, comme les sciences. Et puis je vou­lais une mai­son qui soit à taille humaine, afin de pou­voir suivre le pro­jet du moment où je craque sur un manus­crit, jusqu’à bien après, sa commercialisation. 

Pourquoi ce nom, Dalva ?
J.P. :
C’est une réfé­rence à l’héroïne du livre épo­nyme de Jim Harrison, un très beau per­son­nage qui s’appelle Dalva. Je trou­vais que ça fai­sait un petit clin d’œil iro­nique, puisque c’est écrit par un homme. C’est un per­son­nage qui m’a beau­coup por­té à l’adolescence. Dalva est une femme libre qui s’installe seule dans le ranch fami­lial. Elle se réap­pro­prie l’espace et sa vie, son his­toire. J’aime me dire que les autrices de ma mai­son d’édition, c’est un peu toutes des Dalva : des femmes puis­santes, libres, sen­suelles, en contact avec la nature envi­ron­nante. Si la Dalva de fic­tion écri­vait un livre, j’adorerais le publier ! 

Quel genre de livres pourra-​t-​on lire ?
J.P. :
En tant que lec­trice, je suis por­tée vers des textes d’émancipation. Je suis quelqu’un d’assez pes­si­miste, donc j’adore les his­toires qui vont de l’avant, qui ont un vrai élan. J’aimerais mettre à l’honneur ce regard fémi­nin sur le monde, mais je ne sais pas si j’irai vers des textes ouver­te­ment mili­tants. Je sou­haite vrai­ment mettre en avant toutes ces his­toires, ces voix de femmes qu’on met de côté, comme si leur regard était moins inté­res­sant. La devise de Dalva c’est « Les femmes écrivent le monde ». D'ailleurs, les autrices viennent un peu du monde entier. Les deux pre­miers livres qui sont publiés en mai sont d'une Australienne, Erin Hortle qui nous parle dans son pre­mier roman L'octopus et moi des échos de la vie sau­vage sur nos vies humaines. Et dans le même temps, la Japonaise Erika Kobayashi avec Trinity, Trinity, Trinity qui explore les muta­tions de notre socié­té à tra­vers trois géné­ra­tions de femmes. Dès jan­vier 2022, il y aura une Française.

Est-​ce que cela a été dif­fi­cile de fon­der une mai­son d’édition réser­vée aux autrices ?
J.P. :
Est-​ce que j’ai eu droit à des remarques scep­tiques ? Oui, quelques unes, géné­ra­le­ment venant d’hommes d’un cer­tain âge, qui trouvent que c’est atro­ce­ment sexiste d’exclure les hommes. Or, moi, ma vie de lec­trice a été for­gée par des lec­tures d’auteurs hommes. Alors je ne vois pas pour­quoi dix livres par an qui sont publiés spé­ci­fi­que­ment parce qu’ils sont écrits par des femmes, jus­te­ment pour réta­blir une cer­taine injus­tice, ça sus­cite le débat. C’est un peu triste, mais ces remarques ont été ultra mino­ri­taires. Pour être hon­nête, j’ai sur­tout res­sen­ti un grand enthou­siasme autour de cette idée. Je pense que ça aurait été encore dif­fé­rent si j’avais fon­dé une mai­son à visée mili­tante, parce que je crois qu’en France, on n’est pas très à l’aise avec cette idée de sépa­rer, de mettre en avant un genre, une com­mu­nau­té. Je m’attendais à entendre plus de cri­tiques. Après on ver­ra, peut-​être qu’une fois que les livres sor­ti­ront, de fer­vents oppo­sants sor­ti­ront aussi !

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