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© Catherine Cattaruzza

À Martigues, une exposition en plein air sur le mal des frontières

Jusqu’au 31 octobre, la ville de Martigues, dans les Bouches-​du-​Rhône, expose sur ses murs et en plusieurs lieux trente photographies issues de la série Frontières infranchissables, de l’artiste Catherine Cattaruzza. Liban-​Israël, Chine-​Corée du Nord : ces lignes de tensions figées sur l’objectif en 2016 et 2017 n’ont rien perdu de leur pertinence en 2020.

Catherine Cattaruzza n’est pas journaliste, elle est artiste visuelle, mais vu la qualité documentaire de son travail sur les frontières, on pourrait s’y méprendre. Avec Frontières infranchissables, la photographe française installée à Beyrouth interroge ces espaces sur lesquels se cristallisent ressentiments et tensions armées entre pays voisins. 

Liban-​Israël, Chine-​Corée du Nord : on connaît les enjeux géopolitiques de ces zones tampons. Ce que montre Catherine Cattaruzza, c’est, entre les barbelés et la désolation de terres en friche, une forme de vie presque banale qui reprend ses droits en prenant parti du contexte belliqueux. Au Liban, ce sont des touristes locaux et locales (la zone est d’ailleurs interdite aux étrangers, mais Catherine Cattaruzza a réussi, en 2016, à se frayer un passage, étant donné qu’elle réside à Beyrouth et parle arabe) qui posent entre ami·es du haut des promontoires ou se prennent en selfie. En Chine, où la photographe s’est rendue en 2017, ce sont des jouets en forme de tanks et d’obus que l’on vend sans malice le long de la rivière Yalu, frontière naturelle avec la Corée, aux touristes venu·es des grandes villes. 

Il y a aussi la curiosité, voire l’empathie des habitant·es frontalier·ières pour celles et ceux de l’autre côté, du moins en Chine. L’artiste raconte ainsi à Causette comment un chauffeur de taxi lui a confié qu’il est su de toutes et tous que des Nord-​Coréens franchissent la nuit la frontière pour voler quelques denrées aux paysans chinois, et qu’ils les laissent faire, tant ils ont l’impression de voir « des similitudes entre le sort de leurs voisins et le leur il y a soixate-​dix ans de cela ». 

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© Catherine Cattaruzza

Collés sur les murs de plusieurs lieux de Martigues, les grands formats de Frontières infranchissables interpellent le·la passant·e avec cette question : comment l’intime se confronte aux lignes tracées arbitrairement par le politique ? Pour Catherine Cattaruzza, cela pourrait être la question d’une vie. Née en 1968 à Toulouse mais élevée au Liban par ses parents expatriés, elle finit par rentrer en France avec sa famille au moment où la guerre civile fait rage, en 1981. Elle en a assez vu pourtant pour trouver indécent les mots employés par Emmanuel Macron en mars durant le confinement : « Nous sommes en guerre. »

Depuis 1992, Catherine Cattaruzza est installée à nouveau à Beyrouth et pose, comme tant d’autres, un regard de colère sur la déliquescence morale des partis politiques libanais, qui ont placé le pays dans une situation économique et sociale désastreuse, « au bord de la famine ». Et puis est arrivée l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août dernier, qui a fait au moins 192 morts et des milliers de blessés. « Il y aura toujours un avant et un après l’explosion du 4 août, dépeint celle dont l’appartement a été endommagé, mais qui se trouvait alors en France. Cette destruction pourrait sonner le glas d’une nation si la violence de cette crise politico-​financière ne trouvait pas d’urgence une issue politique. » 

Le travail de Catherine Cattaruzza est rattrapé par l’Histoire. En 2020, elle devait amorcer un nouveau chapitre de Frontières infranchissables en se rendant à la frontière du Nagorny Karabakh, enclave arménienne, et l’Azerbaïdjan. Repoussé pour cause de fermeture des frontières due à la Covid, son voyage l’est d’autant plus que depuis dimanche 27 septembre, les combats ont repris entre séparatistes arméniens et armée azerbaïdjanaise, faisant selon les sources officielles une centaine de morts. Là-​bas, ç’en est probablement fini des selfies de touristes, mais peut-​être y vendra-​t-​on des jouets en forme de tank dans quelques années.

Frontières infranchissables, jusqu’au 31 octobre dans les rues de Martigues (Bouches-​du-​Rhône).

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