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Polémique Amélie Oudéa-​Castéra : un rap­port fus­tige des “dérives” à Stanislas

jean christophe windland
© jean-christophe windland / WIkimedia Commons

Nouvelle épreuve pour la ministre de l’Éducation Amélie Oudéa-​Castéra : Mediapart a dévoi­lé, mar­di, un rap­port atten­du qui dénonce des “dérives” homo­phobes et sexistes dans l’école pri­vée Stanislas où ses enfants sont scolarisés.

Je n’accepterai jamais que des éta­blis­se­ments sco­laires, que des ser­vices publics, puissent être des lieux d’accueil de paroles homo­phobes, de paroles dégra­dantes pour nos enfants”, a affir­mé, ce mer­cre­di, la ministre délé­guée char­gée de la Lutte contre les dis­cri­mi­na­tions Aurore Bergé sur Sud Radio. Alors que Mediapart a publié, mar­di, un rap­port fus­ti­geant des “dérives” à Stanislas, la polé­mique autour de la ministre de l’Éducation fraî­che­ment nom­mée ne dimi­nue pas. 

Ce docu­ment de trente pages de l’Inspection géné­rale de l’Éducation natio­nale, daté de juillet 2023, a été remis au minis­tère de l’Éducation le 1er août selon Mediapart, alors que Gabriel Attal était loca­taire de la rue de Grenelle. Il n’a jamais été ren­du public, rap­pelle le site d’information, qui a inter­ro­gé la nou­velle ministre sur la sco­la­ri­sa­tion de ses enfants dès sa prise de fonc­tions vendredi.

Le rap­port relève notam­ment “des dérives dans l’application du contrat d’association” de l’établissement avec l’État, comme l’obligation de suivre des cours de caté­chisme, ce qui est contraire à la loi pour les éta­blis­se­ments – même catho­liques – sous contrat.

Il révèle éga­le­ment des “dérives” lors de ces cours, dans les­quels des inter­ve­nants auraient tenu des pro­pos homo­phobes, anti­avor­te­ment ou fait la pro­mo­tion des thé­ra­pies de conver­sion, des caté­chistes expri­mant “des convic­tions per­son­nelles qui outre­passent les posi­tions de l’Église catho­lique, par exemple sur l’IVG” ou “sus­cep­tibles d’être qua­li­fiées péna­le­ment sur l’homosexualité”. Le rap­port cite notam­ment le cas “grave” d’un caté­chiste qui aurait par­lé"de sodo­mie qui apporte le sida, de l’homosexualité qui est un péché".

Il fait état aus­si de man­que­ments dans l'application des pro­grammes offi­ciels sur l'éducation à la sexua­li­té, avec notam­ment "le par­ti pris de cer­tains pro­fes­seurs de SVT de ne pas par­ler des infec­tions sexuel­le­ment trans­mis­sibles". Ces prises de posi­tion, aux­quelles s'ajoutent cer­tains "pro­pos tenus lors des confé­rences d'éducation à la sexua­li­té sur les dan­gers de la contra­cep­tion chi­mique" et les "dérives rele­vées en caté­chèse", sont sus­cep­tibles "de por­ter atteinte à la san­té des élèves", estime ce rapport.

Il met éga­le­ment en exergue "des choix et des com­por­te­ments qui entre­tiennent les sté­réo­types de sexe", avec notam­ment "une atten­tion par­ti­cu­lière à la tenue des jeunes filles empreinte de sexisme", mar­quée par une "pré­oc­cu­pa­tion constante de l'apparence du corps fémi­nin, qu'il faut cacher".

La pro­messe d'un "plan d'action"

Ce rap­port a été com­man­dé en février 2023 et bou­clé début août 2023. Et aus­si­tôt, Gabriel Attal [alors ministre de l’Éducation] a deman­dé au rec­to­rat et à l’inspection géné­rale de suivre un plan d’action qui fait presque quinze mesures”, a décla­ré Amélie Oudéa-​Castéra sur France 2. “Ce plan d’action sera sui­vi avec toute la rigueur néces­saire”, a‑t-​elle ajouté. 

Je pré­cise que ce rap­port ne remonte aucun fait d’homophobie ni aucun cas de har­cè­le­ment. Le seul cas d’homophobie a fait l’objet d’un signa­le­ment au pro­cu­reur via la pro­cé­dure de l’article 40", a encore décla­ré la ministre, au cœur d’une polé­mique depuis vendredi.

Elle avait alors expli­qué le trans­fert de son fils aîné d’une école mater­nelle publique à l’école Stanislas, il y a quinze ans, par “des paquets d’heures pas sérieu­se­ment rem­pla­cées” dans le public. Elle a aus­si défen­du l’éducation reçue par ses fils, esti­mant qu’ils étaient “bien for­més” et “épa­nouis” dans l’établissement catholique.

Aurore Bergé a esti­mé quant à elle, sur Sud Radio ce mer­cre­di, que “la seule néces­si­té aujourd’hui est que cet éta­blis­se­ment se conforme à ses obli­ga­tions”.

Les syn­di­cats d’enseignant·es choqués

À la suite de ces révé­la­tions, deux séna­teurs com­mu­nistes, Ian Brossat et Pierre Ouzoulias, ont deman­dé à la ministre de “mettre fin au conven­tion­ne­ment dont béné­fi­cie cet éta­blis­se­ment”, esti­mant que les situa­tions poin­tées auraient dû pous­ser Gabriel Attal “à agir sans délai”.

“C’est une publi­ca­tion qui pose plein de ques­tions. Gabriel Attal a eu ce rap­port dans le cou­rant de l’été, alors pour­quoi ne l’a‑t-il pas ren­du public et pour­quoi n’y a‑t-​il pas eu de déci­sion prise ?” inter­roge aus­si Sophie Vénétitay, secré­taire géné­rale du Snes-​FSU, prin­ci­pal syn­di­cat du second degré.

“Je suis cho­quée et révol­tée, car on est face à un éta­blis­se­ment pri­vé qui béné­fi­cie d’un sou­tien finan­cier [public, ndlr] et poli­tique”, a esti­mé Élisabeth Allain-​Moreno, secré­taire géné­rale du SE Unsa. “Si tous les faits sont vrais, cet éta­blis­se­ment doit sor­tir de toute urgence de son contrat avec l’État”, a‑t-​elle ajou­té, deman­dant à Amélie Oudéa-​Castéra de prendre “une déci­sion rapide”.

L’Inspection géné­rale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) avait été “sai­sie le 22 février” 2023 par le ministre de l’Éducation d’une demande d’enquête admi­nis­tra­tive, à la suite à des articles de presse poin­tant des accu­sa­tions de dérives homo­phobes et sexistes à Stanislas. Sollicités par l’AFP, le minis­tère de l’Éducation et le secré­ta­riat géné­ral de l’enseignement catho­lique n’ont pas réagi.

Lire aus­si I Stanislas, éta­blis­se­ment pri­vé sous per­fu­sion d'argent public

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