capture decran 2022 03 07 a 16.27.13

Bad Bitches Only : femmes puis­santes à (re)découvrir

Entretien avec Inès Slim, la créa­trice du jeu Bad Bitches Only et de la mai­son d’édition Gender Games, dont le cata­logue pro­pose éga­le­ment Discultons.

Lassée de la pré­do­mi­nance mas­cu­line dans les jeux de socié­té tra­di­tion­nels, Inès Slim lance Bad Bitches Only en 2019. Sorte de Times Up à la sauce fémi­niste, ce jeu de cartes consiste à faire devi­ner en un temps impar­ti le plus de per­son­nages à son équipe, par des mots puis des mimes. Il compte aujourd’hui plu­sieurs exten­sions qui pré­sentent des cen­taines de femmes et mino­ri­tés de genre ayant mar­qué l'histoire, avant d’être (trop) sou­vent oubliées. 

Ines fondatrice de Gender Games 2

Causette : Comment est né Bad Bitches Only ? 
Inès Slim : De la conver­gence de deux envies : pour avoir tra­vaillé dans le domaine des musées, j’ai consta­té que le jeu repré­sen­tait un moyen de média­tion idéal pour inté­res­ser les gens car il est didac­tique sans être ennuyant. Et, outre cette dimen­sion péda­go­gique, je vou­lais, en tant que mili­tante fémi­niste, pou­voir pro­po­ser à mes amies un jeu qui ne recoure pas à des res­sorts sexistes, racistes ou homo­phobes comme on le constate sou­vent dans les jeux de type par­ty games

Qu’est-ce qui a moti­vé la créa­tion des dif­fé­rentes exten­sions ? 
I.S. : J’avais d’emblée lan­cé le jeu avec l’extension Feminist Warriors : je sou­hai­tais une ver­sion de base assez géné­ra­liste tout en offrant des cartes plus mili­tantes pour celles à qui, comme moi, cela ferait plai­sir de tom­ber sur les noms de Gisèle Halimi ou Audre Lorde, d’où la seg­men­ta­tion. 
En ce qui concerne la deuxième exten­sion, Queer Icons, j’avais fait voter la com­mu­nau­té de Bad Bitches Only, et c’est le thème qui était res­sor­ti. On a eu d’autres pro­jets ces der­nières années mais je conti­nue à vou­loir sor­tir de nou­velles exten­sions, tou­jours avec la par­ti­ci­pa­tion de la com­mu­nau­té, pour pro­po­ser encore plus de pro­fils. Si les dif­fé­rentes ver­sions du jeu comptent déjà des cen­taines de figures, mon fichier per­son­nel en contient plus de mille noms tant la liste des femmes invi­si­bi­li­sées est longue ! 

Comment choisissez-​vous celles que vous gar­dez ou non pour le jeu ? I.S. : C’est assez com­plexe, j’opère un savant cal­cul [rires] sur lequel je reviens sou­vent, étant don­né que de nom­breux cri­tères sont à prendre en compte. D’abord, il faut pro­po­ser des figures suf­fi­sam­ment connues pour que ça soit jouable, que les par­ti­ci­pants ne passent pas leur temps à pas­ser des cartes, et en même temps mettre en valeur des per­son­nages invi­si­bi­li­sés. Ensuite, je véri­fie que les caté­go­ries sont suf­fi­sam­ment mul­tiples et que le jeu pro­pose des femmes de toutes les époques et de tous les domaines. Et bien sûr, car la repré­sen­ta­tion est l’une des valeurs qui me tient le plus à cœur, il faut enfin s’assurer de la pré­sence d’une bonne diver­si­té en termes d'origine sociale et géo­gra­phique, d’orientation sexuelle, de mino­ri­té de genre… Toutes ces don­nées sont donc com­pi­lées et ana­ly­sées dans le but de tendre vers le meilleur équi­libre pos­sible, et, même s’il y a tou­jours des choix à faire et que ça reste une démarche indi­vi­duelle, j’essaye de faire en sorte que tout le monde soit bien représenté. 

Lire aus­si : Avec Discultons, démys­ti­fiez le sexe en vous amusant

Quel est le public que vous visez avec Bad Bitches Only
I.S. : J’ai créé ce jeu pour les per­sonnes ayant un inté­rêt pour le fémi­nisme et de façon plus géné­rale pour les femmes et les mino­ri­tés de genre qui ont mar­qué l’histoire, tout en le vou­lant suf­fi­sam­ment large pour qu’il puisse être par­ta­gé avec des amis ou des membres de la famille qui ne s’estiment pas mili­tants. Que même le ton­ton un peu gro­gnon qui n’a pas envie de jouer à un jeu fémi­niste se rende compte qu’il y a des figures his­to­riques ou poli­tiques qu’il connaît et fina­le­ment soit pris au jeu en gagnant des points ! Surtout qu’on peut faire un peu ce qu’on veut avec Bad Bitches Only : autant ouvrir la dis­cus­sion et réflé­chir, par exemple, à ce que repré­sente notre pro­pen­sion à ne décrire les femmes que par leur phy­sique et autant y jouer “sans prise de tête” à l’apéro. Dans tous les cas, on se forge une culture “mal­gré soi” [rires], parce qu’à force d’y jouer on découvre et retient de plus en plus de figures pré­sentes dans le jeu. Maintenant qu’il a quelques années, les pre­mières per­sonnes à y avoir joué sont deve­nues super calées, ça fait plai­sir de voir que ça marche. 

Que faire si l’on a per­sonne avec qui jouer, à force de cas­ser l'ambiance en soi­rée ?
I.S. : On a sou­vent eu ce retour-​là, de per­sonnes qui aimaient beau­coup le jeu mais ne trou­vaient pas de par­te­naire avec qui jouer. C’est entre autres pour­quoi on orga­nise assez régu­liè­re­ment des soi­rées jeux et des tour­nois dans dif­fé­rents lieux. Pendant le confi­ne­ment, j’essayais aus­si de faire des par­ties en sto­ry ou en live. Cette année, dans le cadre du 8 mars, on orga­nise éga­le­ment un grand jeu de piste dans Paris, où il faut retrou­ver les sti­ckers de 8 mili­tantes phares afin de gagner un exem­plaire de Bad Bitches Only.
L’idée, c’est que les gens ren­con­trés durant ces évè­ne­ments deviennent des par­te­naires qui per­du­re­ront dans le temps, en dehors des soi­rées orga­ni­sées par la marque, et donc de créer et d’agrandir cette communauté. 

Retrouvez Gender Games sur le Causette Store !

Vous êtes arrivé.e à la fin de la page, c’est que Causette vous passionne !

Aidez nous à accom­pa­gner les com­bats qui vous animent, en fai­sant un don pour que nous conti­nuions une presse libre et indépendante.

Faites un don
Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés
Kate warnecropped

Kate Warne, détec­tive en crinoline

Première enquêtrice pour la célèbre agence Pinkerton, Kate Warne a contribué à déjouer le « complot de Baltimore » et à sauver la vie du président Lincoln en 1861. Un biopic avec Emily Blunt dans le rôle-titre va enfin lui donner la reconnaissance...