« Zizi Cabane » : Bérengère Cournut, îlot de consolation

Trois ans après l’immense suc­cès de De pierre et d’os, Bérengère Cournut revient avec un récit sur la dis­pa­ri­tion en forme de fable.

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(©Le Tripode)

Collectionneuse de rêves. Ce devait être le métier de Bérengère Cournut dans une vie anté­rieure. Depuis plus de dix ans, cette roman­cière fran­çaise navigue entre l’ethnographie et la fic­tion. Dans ses deux pré­cé­dents romans, Née contente à Oraibi et De pierre et d’os, qui lui a valu le prix du roman Fnac 2019 et les accla­ma­tions de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de lecteur·rices, elle tres­sait des vies contem­po­raines, aux­quelles on s’identifiait, avec une dimen­sion mytho­lo­gique ins­pi­rée de sa pas­sion pour les peuples autochtones. 

Avec Zizi Cabane, son neu­vième roman, elle pour­suit cette ascen­sion poé­tique et nous ouvre les portes d’un monde dans lequel on ne serait jamais entré sans elle, « péto­chards » que nous sommes (dirait son per­son­nage). Car l’histoire, simple comme un mythe, illustre une peur archaïque. Odile, femme amou­reuse de son homme, mère d’une joyeuse fra­trie, dis­pa­raît du jour au len­de­main, sans expli­ca­tion, lais­sant der­rière elle ses trois enfants aux sur­noms far­fe­lus – Chiffon et Béguin pour les gar­çons, Zizi Cabane pour la plus petite. Une tra­gé­die ? « Non, je ne dirais pas cela, répond la roman­cière avec aplomb – la même joie de vivre éton­nante que ses per­son­nages. Étant moi-​même mère de trois enfants et ayant per­du mon père à 11 ans, j’ai pro­ba­ble­ment vou­lu affron­ter, à tra­vers une fic­tion pure, ce mélange de fan­tasme et de peur. Mais, en écri­vant ce livre, j’ai sur­tout admis que la mort d’un proche n’était pas néces­sai­re­ment un trau­ma­tisme. Le manque peut construire un destin. »

Une vibra­tion qui dépasse le temps

Quelques jours après cette dis­pa­ri­tion, les membres de la famille res­sentent mys­té­rieu­se­ment la pré­sence d’Odile dans les élé­ments de la nature. Pour l’un, c’est le ruis­seau qui tra­verse le jar­din de la mai­son ou le chant du vent ; pour l’autre, une roche de gra­nit trou­vée, en rêve, au fond d’un lac d’eau claire ; pour Zizi Cabane, petite héroïne bou­le­ver­sante, la mère devient le pay­sage tout entier et le moteur d’une exis­tence incan­des­cente. « Ils sont fous de cha­grin, tente d’expliquer la roman­cière. Chacun à leur manière, ils tentent de sur­vivre en cher­chant cette femme par­tout ; elle leur donne l’énergie de par­cou­rir le monde, d’interroger leurs rêves et de se décou­vrir eux-mêmes. »

Cette concep­tion « ani­miste » des êtres et de la nature, Bérengère Cournut la por­tait déjà en elle avant de décou­vrir les récits des « peuples racines », comme elle les appelle. « C’est un réflexe d’écriture que j’avais dès le début. Je confiais d’instinct aux pay­sages et aux rêves le soin d’exprimer, par­fois même de gué­rir, les émo­tions de mes per­son­nages. Lorsque j’ai décou­vert que les cultures amé­rin­diennes et inuites fon­daient leur exis­tence sur ces visions, j’ai trou­vé en eux un écho à ma façon de voir le monde. Et une conso­la­tion face aux détresses de notre époque. »

En nous fai­sant sen­tir cette vibra­tion qui dépasse le temps et les lieux, à tra­vers les voix si vraies et mali­cieuses de Zizi Cabane et des siens, Bérengère Cournut nous offre mieux qu’une conso­la­tion. Un rêve que l’on peut inter­pré­ter sans fin, comme un oracle. 

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