"Mère Lachaise", le livre qui met en lumière les femmes his­to­riques enter­rées au cime­tière parisien

La jour­na­liste Camille Paix com­pile cent por­traits illus­trés de femmes, qui ont mar­qué l'histoire mais ont été pour beau­coup oubliées, enter­rées au Père Lachaise. Une œuvre qui déterre le matri­moine funé­raire français. 

Mère Lachaise COUV
©Mère Lachaise

Qu'ont en com­mun Marie Taglioni, Juliette Dodu, Gisèle Halimi, Germaine Dulac et Patachou ? Si ce n’est d’avoir cha­cune à leur manière mar­qué leur époque, elles reposent toutes cinq au cime­tière du Père-​Lachaise (20e arr). Le plus grand de Paris. La réponse à la ques­tion n’était pas aisée, on vous l’accorde, puisque le Père-​Lachaise doit sur­tout sa popu­la­ri­té aux hommes célèbres qui y sont enter­rés. En témoigne la page d’accueil du site offi­ciel citant Chopin, Rossini, Morrison, Jean de la Fontaine, Molière, Bashung, Balzac, Proust et Oscar Wilde. Seulement deux femmes – Édith Piaf et Colette – y sont mentionnées.

Et pour­tant. Dans les allées où se mêlent vieilles pierres tom­bales recou­vertes de mousse, herbes folles et arbres cen­te­naires, nom­breuses sont les écri­vaines, peintres, comé­diennes, chan­teuses, dan­seuses, cinéastes, espionnes, acro­bates, mathé­ma­ti­ciennes, résis­tantes ou encore mili­tantes fémi­nistes à avoir pour der­nière demeure le cime­tière de l’est pari­sien. Pour (re)mettre en lumière ces femmes oubliées, la jour­na­liste Camille Paix a com­pi­lé dans Mère Lachaise, sor­ti le 27 avril aux édi­tions Cambourakis, cent por­traits illus­trés. Cent por­traits pour « déter­rer le matri­moine funé­raire » fran­çais. Un recueil lui-​même issu de son compte Instagram @merelachaise où la jour­na­liste publie régu­liè­re­ment depuis 2019 ces cro­quis accom­pa­gnés d'une mini-biographie. 

Lire aus­si I Les mau­so­lées numé­riques de la Mère Lachaise

C’est en s’installant à quelques pas du Père Lachaise il y a quelques années que Camille Paix a eu un « coup de foudre » pour les mort·es. Et, c’est en arpen­tant une énième fois le cime­tière pari­sien, que la jour­na­liste a eu un déclic : « Comment avais-​je pu pas­ser autant de temps dans ce cime­tière des grands hommes sans me deman­der où étaient les femmes ? » Elle s’est donc mise à « col­lec­tion­ner » les mortes du Père-​Lachaise en tra­quant les noms sur les tombes, en écu­mant les bio­gra­phies et les articles de presse. À mesure qu’elle fouille et plonge dans le pas­sé de ces femmes, Camille Paix découvre une autre his­toire de France. Et c’est tout l’effet que nous pro­cure son bouquin. 

Les connues et les inconnues
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Maria Callas ©Mère Lachaise

Dedans, on retrouve bien sûr des connues comme Hubertine Auclert, mili­tante fémi­niste de la pre­mière vague qui a lut­té pour le droit de vote à la fin du XIXème siècle, la môme Piaf, la can­ta­trice Maria Callas, l’actrice Marie Trintignant, la peintre Rosa Bonheur ou encore l’avocate Gisèle Halimi. Aux côtés de ces visages fami­liers se mêlent les mal­heu­reuses – les peu et les mêmes pas connues – ense­ve­lies depuis long­temps dans les mémoires et dont on a peu, voire jamais, enten­du par­ler. Comme la fémi­niste Nelly Roussel, l’une des pre­mières à s’être bat­tue pour la mater­ni­té choi­sie et pour laquelle on ne dis­pose aujourd’hui que d’une bio­gra­phie amé­ri­caine non tra­duite en français. 

En tour­nant les pages, on tombe ensuite sur l’écrivaine et peintre sur­réa­liste du début du XXème siècle Unica Zürn puis sur la mili­tante com­mu­niste et tra­duc­trice Laura Marx (La deuxième fille de Karl), à qui l’on doit notam­ment la tra­duc­tion en fran­çais du Manifeste du par­ti com­mu­niste. Notons aus­si Marie-​Madeleine Fourcade, nom de code « Hérisson » pen­dant la Seconde Guerre mon­diale et qui fut la seule femme fran­çaise à avoir diri­gé un réseau de résistance. 

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Laura Marx ©Mère Lachaise

Au-​delà de la qua­li­té de ses bio­gra­phies fouillées et de ses illus­tra­tions, Mère Lachaise se veut être une œuvre aug­men­tée. Un plan déta­chable du cime­tière accom­pagne en effet les cents por­traits illus­trés qui peuplent ses pages pour per­mettre aux curieux·ses d'aller à la ren­contre de ces dis­pa­rues. Un livre vivant, fait pour en écor­ner les pages et s’en appro­prier les visages au fil des balades. Une sorte de Panthéon, fina­le­ment ? Loin des froides pierres du grand monu­ment de la République, celui de Camille Paix se veut être « fémi­niste et ordi­naire, recon­nais­sant aux grandes, aux moyennes et aux petites femmes qui ont tra­ver­sé́ et mar­qué l’histoire ».

Mère Lachaise, de Camille Paix. Ed Cambourakis, 2022, 128 pages, 19 euros. Deux visites du Père-​Lachaise menées par Camille Paix sont pré­vues, le 8 mai au départ de la librai­rie Comptoir des mots et le 18 juin au départ de la librai­rie La Friche.

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