Littérature X, lec­tures préliminaires

Des classiques, des méconnus, des oubliés, des découvertes : notre top 10 des incontournables de la littérature érotique.

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© Emmanuelle Descraques pour Causette
Vénus Erotica, d’Anaïs Nin

C’est le must have, le livre d’initiation à la littérature érotique de qualité (style, excitation, subversion). Publié en 1977, soit l’année même de sa mort, c’est l’ouvrage le plus connu d’Anaïs Nin, l’une des premières femmes à s’être adonnée à cette veine. Aussi explicite que suggestive, et donc taillée pour le désir, sa plume scandalisait d’autant plus qu’elle mettait l’accent sur la bisexualité féminine. Écrites dans les années 1940, les quinze nouvelles qui forment Vénus Erotica mirent plus de trente ans à être publiées…

Histoire d’O, de Pauline Réage

À jamais la première. Publié en 1954, frappé par la censure jusqu’en 1975, Histoire d’O marque l’incursion d’une plume féminine dans une contrée jusqu’alors masculine : l’érotisme sadomaso. Le roman raconte la soumission volontaire d’une femme sexuellement libérée, « O », et met en scène les rituels jusqu’aux sévices sexuels censés servir une conception mystique de l’amour. Ce qui choqua, c’était qu’une femme écrive cela. Elle dut d’ailleurs se cacher sous un pseudo : Pauline Réage était en réalité Dominique Aury (1907-1998), première femme à jouer un rôle d’influence aux éditions Gallimard.

La Pharmacienne, d’Esparbec

Mort en 2020 à 87 ans, Esparbec (de son vrai nom Georges Pailler) signa plus d’une centaine de romans érotiques, pour la plupart carrément pornographiques, et notamment La Pharmacienne (2003), La Foire aux cochons (2004), Frotti-frotta (2011) ou encore Le Fruit défendu (2015) à LaMusardine. « Il y a de bons polars, de bons bouquins de SF, pourquoi pas de bons pornos ? Pourquoi la pornographie devrait-elle être laissée à des écrivains de second ordre ? Pourquoi la vouer aux poubelles de la littérature, aux sex-shops ? » déclara-t-il. La Pharmacienne, son livre le plus connu, mixe ­vaudeville châtié et langage cru.

La Femme de papier, de Françoise Rey

Plus de trente ans après sa sortie (en 1989), le premier livre de Françoise Rey, devenue depuis une référence de la littérature érotique française, n’a rien perdu de son aura subversive. Une addition de scènes pornos assez hallucinantes, qui racontent une liaison amoureuse et masochiste, à côté de laquelle Cinquante nuances de Grey ressemble à une bluette. La femme est tellement maîtresse de son corps que son amant devient son sujet, lui qui veut faire de sa maîtresse un « dictionnaire de l’amour ». C’est aussi par sa palette lexicale, hyper chatoyante, que Rey renverse les codes d’une littérature érotique qu’elle fait féministe.

Le Complexe d’Icare, d’Erica Jong

Née en 1942, la New-Yorkaise a toujours été une figure de la lutte féministe dans les milieux artistiques et intellectuels américains. D’inspiration autobiographique, Le Complexe d’Icare fut son premier livre publié (en 1973, traduit en 1976 chez Robert Laffont). Il s’est vendu à 20 millions d’exemplaires et a été traduit en quarante langues. C’est l’histoire d’une femme qui délaisse son mari et raconte ses actes et rêveries érotiques avec un autre homme. Il popularisa la zipless fuck (la baise sans préliminaires et sans sentiments), par la crudité de sa prose qui détonnait déjà, et n’a jamais cessé depuis.

Tropique du Cancer , d’Henry Miller

Le roman décrit la vie et les plaisirs d’un Américain exilé à Paris. Un homme qui veut devenir « écrivain du vice » et qui écrit explicitement : récit littéraire, autobiographique et amoral, Tropique du Cancer fut publié en France en 1934 et dut attendre 1961 pour l’être aux États-Unis. Après une série de procès pour obscénité, la Cour suprême cassa les jugements précédents en 1964. Affirmant la valeur littéraire d’une œuvre, celle d’Henry Miller, qui avait acquis la notoriété.

Le Goût du baiser, de Camille Emmanuelle

La journaliste et éditrice, bien connue des lectrices de Causette, offrait en 2019 un roman érotique… pour ados. Un défi peu évident, qu’elle relevait avec brio et pédagogie. On suit Aurore, 16 ans, qui perd le goût et l’odorat après une chute à vélo. De peur que cela lui coûte une baisse de sa libido, elle décide d’accélérer son initiation au sexe et à la sensualité. Jouant avec les sens qui lui restent, elle se réapproprie ainsi son corps. Écrivant cru mais jamais cucul, dans un style direct et joyeux, Camille Emmanuelle parvient aussi à défier les clichés (l’injonction à la fellation) et les tabous (la masturbation).

Emmanuelle, de Marayat Andriane (alias Emmanuelle Arsan)

Parce qu’il fait toujours bon relire un classique du cinéma… dont on a oublié qu’il est avant tout un roman. Publié en 1959 (chez Éric Losfeld), il avait tout de suite été interdit de publicité, avant de ressortir en 1968. L’histoire est en bonne partie autobiographique : une jeune fille de 16 ans épouse un diplomate français, qu’elle suit à Bangkok, où elle multiplie les amants et les amantes. Mais gardons-nous de limiter ce classique aux fauteuils en osier et aux adaptations plus ou moins ridicules. Il s’agit aussi d’un récit sur le polyamour, sur la jouissance soixante-huitarde,
et d’une écriture certes datée, mais réfléchie.

La Philosophie dans le boudoir, de Sade

C’est le moins scato, et surtout le moins misogyne, des livres du marquis de Sade. On y suit Eugénie, 15 ans, qui va être éduquée aux plaisirs de la chair par quelques adultes. Ce, dans un « boudoir », cette petite pièce qui, dans les châteaux, est située entre la chambre (où l’on couche) et le salon (où l’on cause). Écrite entre les murs de la Bastille, publiée en 1795, cette ode à la liberté et au libertinage est truffée de discours philosophiques, de passages contre le clergé, la monarchie, et même du fameux texte intitulé Français, encore un effort si vous voulez être républicains.

Thérèse et Isabelle, de Violette Leduc

Écrit en 1954, publié sous forme censurée en 1966, puis intégralement en 2000, ce roman est, comme la quasi-totalité de ceux de Violette Leduc (1907-1972), une autofiction. Dans le pensionnat d’un collège, deux adolescentes découvrent la passion physique durant trois nuits : Thérèse et Isabelle reste le livre le plus connu d’une autrice, mi-marginale mi-mondaine, longtemps éprise de Simone de Beauvoir (qui la protégeait) et qui excellait dans la description crue mais poétique des amours et sensualités lesbiennes.

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