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On s’est ren­du à l’avant-première du nou­veau “Mean Girls” : alors, tou­jours aus­si culte et fémi­niste le teen-movie ?

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© Clément Boutin

Vingt ans après la sortie du premier Mean Girls (Lolita malgré moi, en français), une relecture moderne et musicale du film vient de sortir en salles. On a passé au crash-test féministe cette comédie, légère en apparence, mais qui se révèle bien plus complexe. Et interrogé ses fans pour comprendre son importance, encore aujourd’hui, dans la pop culture.

Devant la façade entièrement éclairée de rose du Grand Rex, dans le 2arrondissement de Paris, plusieurs dizaines de personnes ont bravé le froid et la neige ce lundi soir. Affublées de bérets, collants et manteaux assortis à la couleur de cette salle de cinéma mythique, toutes attendent de découvrir l’adaptation en comédie musicale du cultissime Mean Girls (Lolita malgré moi, dans sa version française). Sorti en France en 2005, ce long-métrage met en vedette l’ex-star adolescente Lindsay Lohan dans le rôle de Cady Heron, une lycéenne paumée qui débarque pour la première fois dans un établissement américain, après avoir passé sa vie à l’étranger. Elle se retrouve face à un trio de pestes, “Les Plastiques”, mené par la sournoise Regina George, interprétée par Rachel McAdams. Sous ses airs de comédie légère, le film, signé par l’humoriste américaine Tina Fey, se révèle finalement plus complexe et s’avère, pour l’époque, plutôt avant-gardiste puisqu’il traite notamment du culte de l’apparence, des injonctions subies par les adolescentes et du difficile amour de soi.

Son importance, en tout cas, est réelle dans la pop culture. Au point que certaines de ses phrases (“Le mercredi, on porte du rose”) ou de ses scènes (la chorégraphie de mères Noël sexys sur la chanson Jingle Bell Rock) l’irriguent encore aujourd’hui. Et fait même se déplacer de nombreux·euses fans, de tous les âges, un soir glacial à Paris. “Je crois que je l’ai regardé une fois par an, au moins, pour ne pas dire deux, depuis sa sortie, nous raconte Margot, 25 ans, devant le Grand Rex. Je suis une grande fan. Je me suis beaucoup identifiée au personnage principal, au fonctionnement du lycée. Mais plus j’ai grandi, plus j’ai compris le message du film qui dénonce le culte des apparences.”

C’est aussi longtemps après l’avoir vu pour la première fois, avec du recul, que Pauline, 30 ans, a remarqué qu’il mettait en lumière des problématiques sociétales. “Comme le besoin d’hyperféminiser certains aspects de sa personnalité pour s’intégrer, de devoir changer pour être acceptée… C’est un film léger, mais qui porte des messages”, nous détaille-t-elle. Yamélie, 23 ans, a aussi apprécié le traitement que fait Mean Girls des filles populaires : “On observe qu’elles sont des pestes, mais qu’elles subissent aussi certaines choses dans notre société. Bref, que rien n’est simple.”

Une simple copie ?

Dans la salle du Grand Rex, quasi pleine, des pots de pop-corn sont déposés sur chaque siège et des gin-tonics sans alcool attendent les spectateur·rices du parterre. Des drag queens, dont une poignée de l’émission Drag Race France, attendent également de découvrir la version musicale de Mean Girls. Quatre d’entre elles apparaissent d’ailleurs dans une courte vidéo diffusée avant la projection, où elles reproduisent la fameuse chorégraphie en mères Noël. Cookie Kunty, qui se déhanche dans ce court clip, souligne à quel point le groupe des losers du film permettait de “représenter les personnes rejetées par le reste de la société”. Et à certaines de s’identifier. “Il y avait même un personnage gay, ce qui était assez novateur à l’époque, se souvient-elle. J’attends de voir si cette nouvelle version est simplement une actualisation du scénario ou si de nouvelles idées vont être amenées, de nouvelles représentations ou une nouvelle morale !”

Après un autre intermède musical, assuré par la chanteuse Alizée venue interpréter son tube Moi… Lolita, en clin d’œil au titre français de la comédie, il est justement temps de découvrir ce que vaut cette mouture 2024 de Mean Girls. Premier constat, il s’agit d’une adaptation ultra fidèle, au mot près, de la version originale, les chansons en plus. Rien de surprenant, Tina Fey est de retour pour signer l’adaptation et réapparaît dedans. Quelques scènes ont disparu pour laisser de la place aux chansons et de nouvelles ont cependant été ajoutées. Comme celle (attention spoiler !) d’une apparente réconciliation entre les deux antagonistes à la fin du film, au cours de laquelle Regina George concède qu’elle doit changer car elle est méchante et que les gens la traitent de “garce” (bitch en anglais), incitant également Cady à s’affirmer et à ne pas s’excuser pour les choses qui ne la concernent pas.

Parmi les quelques changements notables, Damian Hubbard, le personnage gay du trio de losers, semble également plus développé et récolte un copain lors de la scène de bal du lycée. Janis, dont le lesbianisme est supposé tout au long de la version de 2005 (avant qu’elle ne se retrouve avec un garçon), est une lesbienne assumée dans celle de 2024. Le casting est moins blanc : Damian est campé par un comédien afro-américain, Janis par une comédienne hawaïenne, et Karen Shetty, l’une des Plastiques, par une actrice d’origine indienne.

Les idées et messages féministes de cette nouvelle version se noient cependant très vite dans les intermèdes musicaux. Certaines chansons sur la découverte ou l’acceptation de soi abusent de mièvrerie, quand d’autres qui se voudraient une réappropriation du slut-shaming n’ont pas un message si clair et efficace que ça. Certaines vannes tentant de dénoncer la dictature de la minceur, se vautrent finalement dans la grossophobie. Bref, le Mean Girls moderne, s’il représente avec plus d’acuité la société actuelle et porte toujours certains messages féministes, semble aussi plus policé et finalement moins novateur que celui de 2005. La mean girl que nous avons tous et toutes en nous passe tout de même un bon moment devant ce divertissement éclairé.

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