Les nou­velles sexploratrices

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© Photos : Emma Birski pour Causette

Un vent de liber­té souffle sur les vulves du monde entier. Avec la libé­ra­tion de la parole post #MeToo, on a vu les langues se délier. Sur les agres­sions sexuelles subies par les femmes, bien sûr. Mais aus­si, dans le même temps, sur leur sexua­li­té. En un an, pour notre plus grande joie, ont fleu­ri des dizaines de pod­casts, de livres, de pro­grammes courts pour la télé­vi­sion, de fes­ti­vals pour célé­brer le sexe des femmes sous toutes les cou­tures. À notre tour de mettre en lumière celles qui les font et nous per­mettent, grâce à leur talent, de dif­fu­ser la bonne parole. Petit tour d’horizon de ces « sex­plo­ra­trices » qui nous auto­risent à reprendre le contrôle de nos corps et de notre liberté.

Clit Revolution : has­ta siempre !

Elles ont mani­fes­té avec un cli­to­ris géant devant la Trump Tower, à New York, col­lé des ser­viettes hygié­niques sur le minis­tère de la Santé à Rabat, au Maroc, chan­té fesses nues avec une queue de yegua (« jument », un équi­valent de « chienne ») sur les places de Santiago, au Chili. Rien ne semble refroi­dir Elvire Duvelle-​Charles et Sarah Constantin quand il s’agit de défendre le droit des femmes à vivre la sexua­li­té qu’elles veulent. C’est à ces deux jour­na­listes, réa­li­sa­trices et acti­vistes, amies dans le civil, que l’on doit la série docu­men­taire Clit Revolution, dif­fu­sée sur France.tv Slash depuis mars. Ses autrices y ren­contrent des mili­tantes – aus­si bien l’artiste Sophia Wallace que des lycéennes kényanes lut­tant contre l’excision – avec qui elles se filment en train de mener des actions dans l’espace public. 

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Le duo de Clit Revolution.

Leurs che­mins se croisent fin 2012, au sein de Femen, mou­ve­ment fémi­niste connu pour ses actions seins nus contre le patriar­cat. Elles vivront un temps dans le squat du groupe et mili­te­ront ensemble cinq années durant. En 2015, l’une fait notam­ment par­tie des acti­vistes appa­rues avec des ban­de­roles « Heil Le Pen » pen­dant un ras­sem­ble­ment du FN, quand l’autre par­ti­cipe à un « comi­té d’accueil » Femen de Dominique Strauss-​Kahn à son pro­cès pour l’affaire du Carlton de Lille. 

En paral­lèle, les deux tren­te­naires offi­cient dans la même rédac­tion : (feu) L’Autre JT, de France 4. En 2016, elles tournent le clip CLIT-​Saint-​Valentin, paro­die savou­reuse de la chan­son ­miso­gyne du rap­peur Orelsan : 300 000 vues. La même année, elles décident de créer leur propre série vidéo pour y par­ler de sexua­li­té. « On s’est ren­du compte qu’on n’avait aucun pro­blème à défendre des idées fémi­nistes dans la rue, mais qu’on n’osait pas remettre en ques­tion les normes phal­lo­cen­trées dans notre inti­mi­té », explique Elvire Duvelle-​Charles. Un pilote est tour­né, un compte Instagram où dif­fu­ser la bonne parole créé. La pla­te­forme numé­rique pro­gres­siste de France Télévisions accepte le pro­jet en juin 2018. Elles en res­sortent chan­gées, jusque dans leur sexua­li­té. « Ça ouvre les cha­kras du cul », admet Sarah Constantin. Pour leur « com­mu­nau­té », aus­si. Sur Instagram, il leur arrive que des femmes leur écrivent qu’elles ont connu, grâce à leurs bonnes œuvres, leur pre­mier orgasme. Amen. 

Dans leur radar : Jüne, l’autrice du compte Instagram @jouissance.club, « parce que c’est le Kamasutra 2023 ».

Anouk Perry : la gon­zo du cul

Elle a débar­qué l’été 2018 dans nos oreilles avec un ovni audio : Qui m’a filé la chla­my­dia ?, pod­cast en cinq épi­sodes dif­fu­sé sur la pla­te­forme Nouvelles Écoutes. Anouk Perry a mené une enquête qua­si poli­cière pour retrou­ver la per­sonne qui lui a trans­mis son IST (infec­tion sexuel­le­ment trans­mis­sible). Une prouesse du jour­na­lisme gon­zo, saluée par de nom­breux médias, dont le très sérieux Figaro Santé. Anouk cherche un·e « cou­pable » par­mi les participant·es d’un « plan à cinq ». Mais qui est donc cette jeune femme de 25 ans par­ve­nue à faire évo­quer une par­touze dans la presse quo­ti­dienne natio­nale de droite ? « Proche des milieux sex-​positive depuis l’adolescence », Anouk Perry a fait ses armes en tant que rédac­trice sexua­li­té pour le site Madmoizelle avant de se lan­cer dans la grande aven­ture du pod­cast à son compte. Si elle ne parle que de fesses – ses autres marottes sont, entre autres, le para­nor­mal et les his­toires crousti-​embarrassantes –, elle s’est fait un nom grâce à sa façon d’aborder la « chose » sans tabou.

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Anouck Perry.

« Dans mes créa­tions, il y a clai­re­ment l’envie de don­ner une image déten­due de la sexua­li­té, mais comme j’ai à cœur de ne pas tom­ber dans l’injonction à une sexua­li­té débri­dée, je ne théo­rise jamais, observe Anouk. Le sex-​positive est un angle de mes pod­casts, comme l’est la pers­pec­tive fémi­niste, sans que j’aie à mettre les mots des­sus. » Un tra­vail auréo­lé du prix Scam du pod­cast docu­men­taire, qui lui a été remis en octobre pour J’ai assis­té à un gang bang – La déli­ca­tesse des gang bangs. Oui, Anouk Perry a osé assis­ter à une scène de sexe à plu­sieurs orga­ni­sée par une entre­prise spé­cia­li­sée pour voir si la femme au centre de l’attention de ces mes­sieurs était réel­le­ment la « reine de la soi­rée ». Vous pou­vez actuel­le­ment suivre sa série de repor­tages men­suels Le Tour de France du cul, conçue pour mettre en lumière « des ini­tia­tives sex-​positives en dehors de l’entre-soi bobo pari­sien ». Dans le pre­mier épi­sode, elle est allée au plan­ning fami­lial de Marseille et a ren­con­tré Shérine, une Marseillaise de 42 ans, qui n’a décou­vert la séré­ni­té sexuelle que tardivement. 

Dans son radar : @irenevrose, sur Instagram, artiste enga­gée contre le tabou des règles.

Emma Julien : ha-​pine hour

Après avoir été jour­na­liste poli­tique radio sur RTL, Emmanuelle Julien a créé Paris Derrière *, le pre­mier site d’information sérieux entiè­re­ment consa­cré à la sexua­li­té. Depuis cinq ans, elle y dévoile les cou­lisses des clubs liber­tins, raconte les soi­rées sado-​maso de la capi­tale, ou encore les expos autour de l’érotisme. Elle inter­viewe aus­si des sexo­logues ou des per­sonnes pour qui la sexua­li­té se doit d’être libre et créa­tive. Jusqu’à il y a quatre mois, on pou­vait décou­vrir ce petit monde à tra­vers notre écran d’ordinateur. Mais aujourd’hui, on peut y accé­der autour d’un Apéro Paris Derrière, la der­nière créa­tion d’Emmanuelle. « Le monde de l’érotisme attire mais fait peur. Souvent, les gens n’osent pas fran­chir la porte d’un club liber­tin, car ils redoutent ce qu’ils vont y trou­ver ou pensent qu’ils seront obli­gés de consom­mer. Avec ces soi­rées apé­ro, je leur donne accès à toutes les infor­ma­tions qu’ils sou­haitent dans un cadre safe et bien­veillant, sans qu’il ne se passe rien », explique-​t-​elle. Au der­nier apé­ro, elle avait invi­té cinq liber­tins, orga­ni­sa­teurs de soi­rées pri­vées très en vogue, une domi­na­trice, un sexo­logue et un artiste du milieu à venir par­ler aux curieux·ses de leurs pra­tiques. « La sexua­li­té est un che­mi­ne­ment. Il faut pou­voir dépas­ser ses condi­tion­ne­ments, se défaire de la morale encore très pesante en matière de sexua­li­té, et s’autoriser à explo­rer », sou­ligne Emmanuelle. À la suite de la der­nière soi­rée, un des par­ti­ci­pants, tren­te­naire, est repar­ti avec la bande de liber­tins. Et un couple l’a contac­tée pour savoir dans quel club elle leur conseillait d’aller le week-​end sui­vant. « Seules 26 % des femmes prennent leur pied avec un rap­port coï­tal », rap­pelle Emmanuelle, citant l’ouvrage de Martin Page, Au-​delà de la péné­tra­tion, sor­ti récem­ment… « Il n’y a pas une mais des sexua­li­tés et Paris Derrière en donne la voie. C’est très exci­tant d’aider les gens à se libérer. »

* Parisderriere.fr

Dans son radar : Tatiana, du blog Desculottées, qui pro­pose un fémi­nisme avec les hommes, plu­tôt qu’en oppo­si­tion. Desculottees.com

Olympe de G. : le por­no susur­ré à nos oreilles

De ses aven­tures de céli­ba­taire fraî­che­ment divor­cée à 30 ans, lors des­quelles elle découvre les joies des sex­tos, Olympe de G. se trouve un cer­tain talent pour faire mon­ter la tem­pé­ra­ture. Nous sommes en 2015, et déjà loin de ses 20 ans où elle a « consom­mé beau­coup de por­no mains­tream par curio­si­té ». Vidéaste pour des publi­ci­tés ou des clips, elle a alors très vite envie de lier son nou­vel inté­rêt pour l’érotisme et son savoir-​faire pour réa­li­ser elle-​même des œuvres por­no­gra­phiques « fémi­nistes » : « J’étais déjà très consciente du pro­blème du regard du por­no mains­tream sur les femmes et j’étais arri­vée à un moment de ras-​le-​bol sur le com­por­te­ment de cer­tains hommes envers moi. J’avais envie de taper du poing sur la table pour dire que ma sexua­li­té n’avait pas à être raillée ou déni­grée et que j’en étais le sujet. » 

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Olympe de G.

Mais avant de pas­ser der­rière la camé­ra, la vidéaste se choi­sit un nom de scène assez révo­lu­tion­naire dans le milieu, Olympe de G., et devient actrice dans Un beau dimanche (2016). Histoire de « savoir ce qu’on res­sent quand on est devant une camé­ra, pour pou­voir diri­ger mes acteurs en connais­sance de cause ». Une fois l’expérience vécue, elle réa­lise son pre­mier film, The Bitchhiker (2016), où une motarde badass prend en stop un mec en sueur sur une petite route de cam­pagne. Comme dans ses films sui­vants, l’image et la lumière trans­pirent la sen­sua­li­té. Son cre­do : un por­no qui montre « d’autres pra­tiques sexuelles » que les sem­pi­ter­nelles doubles péné­tra­tions de chez Jacquie et Michel, et « d’autres sexua­li­tés », comme dans We are the Fucking World, où se tient une « orgie pan­sexuelle ». Dans ce der­nier, la pre­mière par­tie est docu­men­taire, elle montre les performeur·ses se par­lant pour s’assurer des pra­tiques aux­quelles consentent cha­cun et chacune. 

La parole, chez Olympe de G., c’est pour consen­tir, mais aus­si pour grim­per aux rideaux. La jeune femme s’est spé­cia­li­sée dans les por­nos sonores, avec plu­sieurs séries, telles L’Appli rose (où deux inconnu·es font l’amour par télé­phone) ou Voxxx, une « invi­ta­tion au plai­sir pour cli­to­ris audio­phile ». « Je l’ai conçue comme un sup­port pour accom­pa­gner les femmes dans la mas­tur­ba­tion, et ce qui est éton­nant, c’est que 25 % des audi­teurs sont des hommes. Parce que ça les excite ou parce qu’ils s’y ins­truisent ? Je ne le sais pas », dit-​elle en souriant.

Dans son radar : la femme de lettres, actrice et maî­tresse sado­ma­so­chiste Catherine Robbe-​Grillet, 88 ans, alias Jeanne de Berg.

Flore Cherry : vos fan­tasmes à la carte

Si vous vous ennuyez sec sous la couette avec votre mec ou votre copine, Flore sau­ra vous diver­tir. « Quand on est en couple depuis long­temps, il faut pou­voir expri­mer ses envies et se réin­ven­ter pour main­te­nir le désir sexuel. Or, ce n’est pas tou­jours facile d’en par­ler et on n’a pas toutes envie d’aller dans un club liber­tin et voir son mec cou­cher avec un ou une autre. Quelle solu­tion reste-​t-​il ? S’acheter un sex­toy, prendre un amant ? J’avais envie de pro­po­ser autre chose », explique Flore Cherry, jour­na­liste à Union Magazine * et cofon­da­trice de My Sweet Fantasy, une socié­té évé­ne­men­tielle qui réa­lise vos fan­tasmes à la carte. « Ce qui marche le mieux, c’est le kid­nap­ping. Se faire enle­ver à la sor­tie du tra­vail puis trans­por­ter dans une voi­ture, tout en étant ligo­tée et voir son homme se faire tor­tu­rer psy­cho­lo­gi­que­ment devant soi, ça plaît beau­coup », détaille la créa­trice. Conformément à la loi, My Sweet Fantasy ne peut pas pro­po­ser de pres­ta­tions sexuelles. Et les fon­da­teurs y veillent de près : les « swee­ties », des comédien·nes spécialisé·es, habitué·es au milieu de l’érotisme, sont sur écoute tout le temps de la per­for­mance. Mais cela n’empêche pas le couple de faire l’amour devant les comédien·nes, ni les actrices et acteurs de s’éclater entre eux. « L’un des fan­tasmes consiste à com­man­der un show éro­tique les­bien à domi­cile. Et, sou­vent, les actrices s’en donnent à cœur joie devant le couple », raconte Flore. Pour ceux qui ne se retrou­ve­raient pas dans le menu des fan­tasmes pro­po­sés, il est aus­si pos­sible de se com­man­der un plat à la carte. « Il nous est arri­vé de faire faire des tours de manège à un homme, dégui­sé en poney, dans un haras ; de poser un plâtre à un client qui sou­hai­tait être bala­dé par une infir­mière dans la rue et d’offrir un grand moment d’exhibition à un homme qui rêvait d’arriver nu dans une soi­rée. » Autant de dési­rs assou­vis, en toute léga­li­té et dans un cadre sécu­ri­sant, pour appor­ter cette petite bouf­fée d’air dont on rêve par­fois. « La faci­li­té quand tu t’ennuies, c’est de prendre un amant. Mais c’est tel­le­ment plus drôle de se réin­ven­ter en couple. » U S. D.

* Union Magazine, le « maga­zine des amou­reux du sexe et de l’érotisme ».

Le site de My Sweet Fantasy : Mysweetfantasy.com

Dans son radar : Guenièvre Suryous, super illus­tra­trice qui s’attache à repré­sen­ter la sexua­li­té de façon posi­tive et inclu­sive. @guenievresuryous.

Axelle Jah Njiké : dans l'intimité des femmes noires

À l’âge où les ado­les­centes découvrent Kundera, Axelle Jah Njiké dévore Sexus, d’Henry Miller, et Vénus Erotica, d’Anaïs Nin. « C’est la lit­té­ra­ture éro­tique qui m’a per­mis de me réap­pro­prier un ima­gi­naire dans ma sexua­li­té », dit la créa­trice de Me My Sexe and I, pod­cast consa­cré à l’intimité de femmes noires. Arpenter les rayons livres, et pas n’importe les­quels, a été pour ce petit rat de biblio­thèque, l’une des clés de sa recons­truc­tion. Une voie vers l’épanouissement qu’elle met un point d’honneur à partager.

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Axelle Jah Njiké.

« Originaire du Cameroun, ma mère m’a envoyée en France, chez ses fils aînés. C’est dans cet appar­te­ment qu’une connais­sance de la famille m’a vio­lée et déro­bé mon entrée dans la sexua­li­té. Imaginer un autre monde éro­tique, c’était ce que je pou­vais faire de mieux pour me réap­pro­prier mon inti­mi­té », confie-​t-​elle. À 27 ans, Axelle va décou­vrir que les femmes de sa famille sont toutes entrées dans la sexua­li­té par un viol. « Même si ma mère avait essayé de me mettre à l’abri, j’ai connu le même sort. Comprendre com­ment cer­taines choses se trans­mettent mal­gré soi, ça m’a fascinée. » 

Après avoir coécrit Volcaniques 1, le pre­mier livre d’autrices noires sur le plai­sir fémi­nin et créé un site 2 recen­sant ses lec­tures éro­tiques, Axelle a déci­dé de faire témoi­gner des femmes noires sur leur inti­mi­té et leur vie sexuelle. Avec sept épi­sodes, la pre­mière sai­son de Me My Sexe and I comp­ta­bi­lise plus de 160 000 écoutes. Bonne nou­velle, une sai­son 2 est en pré­pa­ra­tion, ain­si qu’une sai­son 3 avec des hommes. D’ailleurs, un tiers de l’audience est mas­cu­line. « Ce sont des hommes qui s’interrogent sur la façon dont ils peuvent abor­der ces ques­tions avec leur fille, leur femme… Mais aus­si beau­coup d’auditrices blanches, asia­tiques, magh­ré­bines. La façon dont la parole se trans­met au sujet de la sexua­li­té est uni­ver­selle », sou­ligne Axelle Jah Njiké. 

Raison de plus pour orga­ni­ser des ren­contres IRL, son grand pro­jet de la ren­trée ! « Le désir fémi­nin, c’est l’autonomie, et donc le pou­voir ! Et toutes les femmes doivent entendre qu’elles ont droit de le prendre. » 

1. Volcaniques, une antho­lo­gie du plai­sir, ouvrage col­lec­tif sous la direc­tion de Léonora Miano. Éd. Mémoire d’encrier, 2015. 2. Parlonsplaisirfeminin.com

Dans son radar : Françoise Kepglo Moudouthe, Eyala.blog. À tra­vers des conver­sa­tions, elle répond à la ques­tion : « Qu’est-ce que ça veut dire être une fémi­niste afri­caine aujourd’hui ? »

Fanny Souillat : vive l'écolo-orgasme !

Elle a 22 ans et un CV mili­tant long comme une AG sans fin. Avant de pro­mou­voir le sexe éco­lo, Fanny Souillot a écu­mé les congrès avec le Parlement mon­dial de la jeu­nesse pour l’eau. Il y a quatre ans, elle rejoint le mou­ve­ment Génération Cobayes, qui sen­si­bi­lise les 18–35 ans sur les liens entre pol­lu­tion envi­ron­ne­men­tale et santé.

En 2018, elle coor­donne la pre­mière édi­tion du Shnek Fest Paris, un évé­ne­ment consa­cré au sexe fémi­nin, qui a lieu dans dif­fé­rentes villes. Depuis avril, elle en est la res­pon­sable natio­nale. Voilà pour sa vie de mili­tante. Son CV aligne aus­si un mas­ter en poli­tiques euro­péennes à la Sorbonne, un bou­lot de prof de cho­rale et des cours par­ti­cu­liers à des col­lé­giens. Mais son sujet prin­ci­pal, c’est le sexe.

« Je suis la per­sonne qu’on vient voir quand on a besoin de conseils. Le sexe a tou­jours fait par­tie de ma vie. » Son déclic ? Un diag­nos­tic. « Je suis atteinte d’endométriose, j’ai tra­ver­sé six mois très durs pen­dant les­quels j’ai réflé­chi à mon corps. Les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens sont mon­trés du doigt dans cette mala­die. Un comble quand on est dans une asso qui alerte là-​dessus ! Quand j’ai mis en appli­ca­tion ce que pré­co­nise Génération Cobayes, ça a chan­gé ma vie. »

Ces pré­co­ni­sa­tions, ce sont « Les sept com­man­de­ments de l’éco-orgasme », que Fanny détaille dans des confé­rences à l’université, au lycée ou dans des fes­ti­vals comme Solidays ou We Love Green. Lubrifiants natu­rels, pré­ser­va­tifs vegans, sex­toys en bois « garan­tis sans écharde »… Sans gêne aucune, Fanny met dans les mains des qui­dams ces objets qui garan­tissent un sexe res­pec­tueux du corps. Inlassablement, elle alerte sur les phta­lates, cette molé­cule chi­mique sus­pec­tée de per­tur­ber le sys­tème hor­mo­nal, que l’on trouve dans les Tupperware et les sex­toys. Auprès de sa géné­ra­tion, son dis­cours convainc. Le sexe c’est bien. Le sexe éco­lo, c’est mieux.

Dans son radar : Barbara Miller, réa­li­sa­trice du docu­men­taire Female Pleasure, sor­ti en mai (voir la chro­nique dans Causette #100). 

Élodie Petit : saphisme en vers

« Je m’appelle Arthur Rimbaud et je suis gouine. » Ses vers le crient. La poé­sie d’Élodie Petit est franche, sub­ver­sive et les­bienne. Comme elle. La voir cla­mer son texte lors du lan­ce­ment d’une revue lit­té­raire à Paris le confirme. La jeune femme de 34 ans, coupe au bol, anneau aux lèvres et veste en cuir, s’adresse dans une lettre ima­gi­naire à sa « chère Bébé » et parle « mouille », « gicle », « chibre ten­du » ou « cercles des­si­nés sur [son] sexe » avec la langue. Le tout pour­rait se défi­nir comme du « cul pro­lo », mélange de « trucs exci­tants » et de rébel­lion poli­tique. « Les hommes, eux, se per­mettent des expres­sions crues, constate la poé­tesse, pre­nant Georges Bataille pour illus­tra­tion. L’idée est de se réap­pro­prier ce lan­gage pour glo­ri­fier les sexua­li­tés mar­gi­nales et les envies des femmes. » 

À sa sor­tie des Beaux Arts, en 2011, Élodie lance les Éditions dou­teuses : elle sème ses fan­zines éro­tiques un peu par­tout, des toi­lettes de bars pari­siens à « la salle de bains d’une mai­son de retraite ». Prête à deve­nir libraire, en 2017, elle orga­nise son pre­mier « ate­lier d’écriture éro­tique et poli­tique », ins­pi­ré de sa papesse Kathy Acker, réfé­rence amé­ri­caine en la matière. Pour Claire Finch, une doc­to­rante en « poé­tique expé­ri­men­tale queer » et par­ti­ci­pante, c’est une révé­la­tion. À l’époque, elle admire déjà les vers d’Élodie. « La seule per­sonne capable d’écrire le sexe que l’on pra­tique vrai­ment, incluant du lubri­fiant, le fis­ting les­bien… » Elle se rend donc à l’atelier. « Par de petits exer­cices séman­tiques, elle nous a ini­tiées à l’écriture très expli­cite. » La méthode : lis­ter des adjec­tifs liés à la peau ou les verbes de la suc­cion, par exemple, puis exploi­ter les scé­na­rios qui en découlent. Claire est, depuis cette expé­rience, deve­nue « autriX » (autrice de X) auprès d’Élodie. De leur ren­contre et de celle de quatre autres per­for­meuses les­biennes, est né, en 2018, le col­lec­tif lit­té­raire RER Q. Au menu, lec­tures éro­tiques – par­fois dégui­sées en licorne – sui­vies de fies­tas sans com­plexes entre meufs. Le résul­tat fait la fier­té d’Élodie. Avec tou­jours pour man­tra : libé­rer le verbe des femmes pour libé­rer leurs corps. 

Dans son radar : Les écrits de Dorothy Allison, dont Peau, à pro­pos de sexe, de classe et de lit­té­ra­ture, et le pre­mier polar les­bien : After Delores, de Sarah Schulman.

Misungui : shi­ba­ri à la sauce anar

Misungui, 31 ans, pas­sée par un mas­ter en études de genre, se pré­sente comme per­for­meuse, modèle, domi­na, édu­ca­trice sexuelle… Liste à prendre, selon vos dési­rs, dans l’ordre ou le désordre dans ce qu’elle nomme son petit « bor­delle », du nom de sa page Facebook *. Après avoir écrit un mémoire sur le por­no et les femmes, elle s’est pen­chée sur l’utilisation du corps dans les per­for­mances artis­tiques, plus par­ti­cu­liè­re­ment le burlesque. 

C’est en rem­pla­çant au pied levé une copine modèle qu’elle découvre, dans un haut lieu du BDSM pari­sien, l’école des cordes et le bon­dage japo­nais, nom­mé kin­ba­ku ou shi­ba­ri selon les cha­pelles. C’est une révé­la­tion qu’elle tra­duit ain­si sur son site * : « Je trouve que l’esthétique, la sym­bo­lique visuelle des cordes, de la dou­leur ou de l’abandon, de la lutte ou de la connexion, de la com­mu­nion, exprime très bien ce que je pense des enjeux de l’être au monde. » Mais elle s’empresse d’ajouter, lors de notre entre­tien, que « la corde n’est pas une baguette magique. Le plus impor­tant, ce sont les émo­tions qui accom­pagnent l’outil, la rela­tion qui se met en place, l’histoire qu’on se raconte ».

Misungui se décrit comme un ani­mal poli­tique. Anarchiste, elle inves­tit la rue pour mani­fes­ter ou explo­rer des modes de vie alter­na­tifs. Le kin­ba­ku, elle le vit aus­si comme un acte mili­tant : « Cet art ques­tionne les rap­ports de domi­na­tion et de sou­mis­sion, s’intégrant par­fai­te­ment aux com­bats féministes. » 

À force de créa­tions, de vidéos et de spec­tacles qui explorent la nudi­té, la sexua­li­té, l’intimité, la pudeur et la per­ver­si­té, elle a acquis un savoir qu’elle a eu envie de dif­fu­ser. En 2017, à la suite de nom­breuses ques­tions d’internautes sur sa pro­pen­sion à « squir­ter » (éja­cu­ler), elle décide de réha­bi­li­ter les ate­liers sexo qui ont nour­ri le fémi­nisme des années 1970 pour par­ta­ger sa pra­tique, tout en res­tant « une par­ti­ci­pante éclai­rée de ses propres ate­liers ». « Se réunir, échan­ger nos com­pé­tences, réta­blir le DIY punk et anar, se réap­pro­prier nos corps » sont autant de rai­sons qui l’ont pous­sée à orga­ni­ser des ate­liers aux inti­tu­lés qui res­pirent la Misungui touch : « Rencontre ta chatte », « Éjaculation fémi­nine » ou « On s’en branle ». La sex­plo­ra­tion est bien dans ses cordes !

* Page Facebook : Le Petit Bordelle de Misungui. Site : Misunguisurvivor.wixsite.com/misungui

Dans son radar : Rébecca Chaillon,
de la com­pa­gnie Dans le ventre : Facebook.com/rebecca.chaillon

Diane de Sexy Soucis : la pré­ven­tion en se poilant

Elle cause sans com­plexes, sans tabous et sans dra­ma­ti­ser, de sexua­li­té dans ses vidéos dif­fu­sées par France.tv Slash. Et for­cé­ment, les jeunes l’ont bien iden­ti­fiée sur Snapchat. Diane, de Sexy Soucis, tren­te­naire décom­plexée, ani­ma­trice de pré­ven­tion aguer­rie à tous les publics (sco­laires et espaces fes­tifs) car­tonne sur les réseaux sociaux après avoir fait ses armes sur le « Gougle du cul ». Elle y répon­dait aux ques­tions de sexua­li­té et de genre posées par les inter­nautes. Faute de temps, le site est un peu en som­meil. Surtout, Diane ne sou­haite plus limi­ter son action à sa seule per­sonne : « Je suis la tête de gon­dole sur YouTube, mais Sexy Soucis, aujourd’hui, c’est un col­lec­tif de onze personnes. »

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Diane de Sexy Soucis.

En pas­sant du blog aux vidéos, Sexy Soucis n’a rien per­du de son enga­ge­ment éga­li­taire : « Tu ne trou­ve­ras pas de juge­ment ici, mais une vision posi­tive et radi­ca­le­ment inclu­sive des iden­ti­tés et des sexua­li­tés. Le sexisme, l’homophobie, la trans­pho­bie, la bipho­bie, la les­bo­pho­bie, le racisme, le cis­sexisme, l’hétéronormativité n’ont pas leur place ici. » Sex-​positive, empo­werment et zéro dis­cri­mi­na­tion, les valeurs por­tées par Sexy Soucis s’adressent prio­ri­tai­re­ment aux per­sonnes expo­sées aux dis­cours déva­lo­ri­sants, soit les femmes et les LGBTQI+. Sans oublier les autres.

« Que faire si ton copain se moque pen­dant le sexe ? » « Comment annon­cer à mon père homo­phobe que je suis bi ? », « Comment net­toyer le gland de mon pénis ? »… Les inti­tu­lés des vidéos s’affranchissent de détours inutiles et les réponses sont expli­cites et bour­rées d’humour, la marque de fabrique de Sexy Soucis. Sur le ter­rain, en soi­rées queer ou élec­tro, le col­lec­tif pro­pose, sur ses stands, des outils ludiques et pra­tiques. On y trouve, pêle-​mêle, des capotes à por­tée de mains, des gants pour le safe sex à por­tée de doigts, des spé­cu­lums pour l’autoexploration et même des éponges mens­truelles pour décons­truire les idées reçues sur les règles et les schneck qui puent.

Alors, « bran­leurs et bran­leuses, ­unissez-​vous ! Que ce soit pour s’exciter ou pour se détendre, au fond du lit ou sous la douche, il n’y a pas de mal à se faire du bien »… Et puisque c’est Sexy Soucis qui nous y invite, il n’y a plus qu’à. 

* Sexysoucis.fr

Dans son radar : L’afroféministe Sharone Omankoy sur Twitter @LeKitasagite. 

Mistress Velvet : la domi­na afroféministe

Mistress Velvet n’est pas une domi­na­trice comme les autres. Cette tren­te­naire amé­ri­caine rési­dant à Chicago ne se contente pas de fouet­ter des hommes sou­mis sexuel­le­ment contre rému­né­ra­tion. Elle a la par­ti­cu­la­ri­té de deman­der à ses esclaves, essen­tiel­le­ment des hommes blancs, de lire de la lit­té­ra­ture afro­fé­mi­niste pour leur faire prendre conscience de leurs pri­vi­lèges. Pour elle, la domi­na­tion a été une façon de dépas­ser ses trau­mas. « Je suis immi­grée d’Afrique, j’ai la peau fon­cée, j’ai subi des vio­lences sexuelles et le har­cè­le­ment de rue, je me suis fait trai­ter de négresse. Tout cela a eu un impact sur ma vie et je me suis beau­coup déni­grée. Mistress Velvet m’a aidée à me dire que j’étais digne d’être respectée. »

Son par­cours a été semé d’embûches. Dans sa ving­taine, elle est étu­diante en méde­cine et vit une rela­tion abu­sive avec un homme alcoo­lique. Menacée d’expulsion de son appar­te­ment, elle se pros­ti­tue en cachette pour gagner son propre argent et retrou­ver son indé­pen­dance. En 2014, elle quitte son par­te­naire et ses études de méde­cine pour s’inscrire en mas­ter de gen­der stu­dies, au grand dam de ses parents, des immi­grés gha­néens ins­tal­lés en Caroline du Nord. 

À la même époque, une amie domi­na­trice pro­fes­sion­nelle lui parle de sa pra­tique. La jeune femme s’essaie alors à l’exercice tari­fé du BDSM et découvre un autre monde. « La domi­na­tion m’a aidée à deve­nir celle que je vou­lais être », dit-​elle. Mistress Velvet tient désor­mais une chro­nique dans le maga­zine amé­ri­cain Bitch et conti­nue le tra­vail du sexe, à la fois pour gagner sa vie et parce que son sta­tut lui per­met, à un niveau indi­vi­duel, de ren­ver­ser les hié­rar­chies sociales. Aujourd’hui, elle dis­pose d’un sou­mis pour gérer ses nom­breux rendez-​vous et a enta­mé une « tour­née » inter­na­tio­nale afin de ren­con­trer des clients, ain­si que d’autres domi­nas noires. 

En dehors des hommes qui la paient pour subir sévices et humi­lia­tions, cer­tains lui versent uni­que­ment de l’argent en guise de « répa­ra­tion », comme cet Anglais qui a mis en place un vire­ment men­suel « parce que l’Angleterre a colo­ni­sé le Ghana ». D’autres l’aident à rem­bour­ser son prêt étu­diant, paient son loyer ou font son ménage. « Je sais que tous me féti­chisent en tant que femme noire. Mais j’essaie de décons­truire cette féti­chi­sa­tion dans mon tra­vail », dit-​elle. Cette réflexion a nour­ri son mémoire uni­ver­si­taire, qui sera bien­tôt publié. Celui-​ci porte sur le BDSM comme moyen, pour cer­taines femmes noires, de se recons­truire après des vio­lences sexistes et racistes. 

Dans son radar : Rococo Royalle, qui, entre autres choses, crée et pro­duit du por­no éthique et anti-​opression queer.

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