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Jérôme Peyrat (Wikimedia Commons)

Législatives : l'« hon­nête homme » Jérôme Peyrat, condam­né pour vio­lences conju­gales, renonce à sa candidature

Interviewé ce mer­cre­di matin sur France Info, le délé­gué géné­ral de Renaissance (ex-​LaREM) Stanislas Guerini a défen­du le choix d'investir Jérôme Peyrat pour les légis­la­tives en Dordogne, mal­gré sa condam­na­tion pour vio­lences conju­gales. Avant de se rétrac­ter et de dés­in­ves­tir Peyrat.

Il aura fal­lu moins d'une jour­née, après la jus­ti­fi­ca­tion hasar­deuse et outran­cière de Stanislas Guerini, pour que Renaissance renonce à la can­di­da­ture pour le moins contro­ver­sée de Jérôme Peyrat aux élec­tions légis­la­tives dans la 4ème cir­cons­crip­tion de la Dordogne. Peu après 17h, l'ex-parti LaREM annon­çait avoir conve­nu « ensemble » avec l'édile condam­né pour vio­lences conju­gales qu'il se retire de la course. Chronique d'une posi­tion intenable.

« C'est très dif­fi­cile de répondre en une seconde à cette question-​là. » Ce mer­cre­di matin sur Franceinfo, Stanislas Guerini, délé­gué géné­ral de Renaissance n'a pour­tant pas béné­fi­cié d'une seconde mais bien de trois minutes et quinze secondes – un temps plu­tôt long dans une inter­view poli­tique en mati­nale – pour s'expliquer sur une affaire « com­plexe », selon lui. Il faut dire que la can­di­da­ture de Jérôme Peyrat pour la majo­ri­té pré­si­den­tielle Ensemble ! en Dordogne fait tâche : le maire de La Roque-​Gageac, ancien conseiller poli­tique d'Emmanuel Macron, a été condam­né en sep­tembre 2020 à une amende de 3000 euros avec sur­sis pour des faits de vio­lences conju­gales. Une condam­na­tion qui n'avait pas man­qué de faire réagir sur les réseaux sociaux, depuis son inves­ti­ture début mai. 

Une com­pa­rai­son déplacée

Pour jus­ti­fier ce choix, le ténor de Renaissance n'a pas hési­té à faire usage à la radio du « et en même temps » carac­té­ris­tique du pré­sident de la République. De quoi révé­ler une dis­so­nance entre la com­mu­ni­ca­tion de l'exécutif sur l'égalité entre les femmes et les hommes, à nou­veau éri­gée en grande cause du deuxième quin­quen­nat Macron, et la mise en pra­tique, à l'heure des inves­ti­tures, des valeurs affi­chées. Stanislas Guerini ne sou­haite pas, par ses pro­pos, « don­ner l'impression qu'on pour­rait empê­cher la libé­ra­tion de la parole des femmes et empê­cher la judi­cia­ri­sa­tion des affaires quand il y a des vio­lences intra-​conjugales »… « Et en même temps, je veux que l'on puisse regar­der les choses dans leur com­plexi­té et les choses sont un peu plus com­plexes qu'un juge­ment en une seconde chro­no sur un réseau social », a‑t-​il ajou­té, bran­dis­sant le sur­sis de l'amende, le fait que Jérôme Peyrat n'a pas été condam­né à l'inéligibilité et sur­tout que « son ex-​compagne a éga­le­ment été condam­née dans cette même affaire ».

Mais les choses sont en effet encore plus « com­plexes » que ce que pense le délé­gué géné­ral de Renaissance. Ce n'est pas dans cette même affaire que l'ex-épouse de Jérôme Peyrat a été condam­née. Mais pour des faits bien dif­fé­rents. Elle a éco­pé quelques semaines après la condam­na­tion de l'élu d'une amende de 800 euros et d'une inter­dic­tion d'entrer en contact avec lui, ses parents et ses enfants pour des « appels télé­pho­niques mal­veillants réité­rés », indique Mediapart. « Il faut regar­der les choses dans le détail, dans leur com­plexi­té, il y a eu une dis­pute, deux condam­na­tions de part et d'autre », a encore répé­té Stanislas Guerini au cours de l'entretien, met­tant donc sur le même plan une condam­na­tion pour des faits de vio­lence phy­sique et une pour « appels télé­pho­niques mal­veillants réité­rés ». Une com­pa­rai­son bien éton­nante pour une majo­ri­té qui se veut exem­plaire sur le sujet des vio­lences sexistes et sexuelles. 

C'est après une dis­pute en voi­ture, le 30 décembre 2019, au cours de laquelle l'élu a giflé son ex-​compagne, qu'elle a por­té plainte contre lui, avant qu'il ne soit jugé cou­pable par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d'Angoulême. « Je condui­sais, elle a arra­ché mes lunettes, j’ai essayé de la maî­tri­ser, elle a reçu un coup au men­ton, je n’ai pas cher­ché à la frap­per », a‑t-​il racon­té à Libération. La plai­gnante l'a, elle, accu­sé de l'avoir frap­pée au visage et d'avoir essayé de l'étrangler au cours de la dis­pute, rap­por­tait France Bleu à l'époque du juge­ment. Elle avait reçu une inca­pa­ci­té totale de tra­vail (ITT) de 14 jours. Le cer­ti­fi­cat médi­cal des urgences, obte­nu par Mediapart, fait état d'une dou­leur au niveau de la mâchoire « avec limi­ta­tion de l’ouverture de bouche »« un héma­tome de la face ves­ti­bu­laire de la lèvre infé­rieure droite », ain­si que d'« un syn­drome de stress et d’anxiété post-​traumatique à sur­veiller pen­dant une période mini­male de trois mois ».

Toutes ses confuses

Stanislas Guerini n'en démord pas, affir­mant que s'il avait « la convic­tion ou même le soup­çon qu'on ait affaire à quelqu'un qui peut être violent ou même cou­pable de vio­lences sur les femmes, jamais [il] n'aurai[t]accep­té cette investiture-​là », allant jusqu'à qua­li­fier Jérôme Peyrat d'« hon­nête homme ». Pour se sor­tir de la polé­mique, Guerini ren­voie la res­pon­sa­bi­li­té de la poten­tielle élec­tion du condam­né sur le dos des citoyen·nes : l'édile « se sou­met­tra au juge­ment des élec­teurs », cherche-​t-​il à conclure. Mais les militant·es fémi­nistes ne l'entendent pas de cette oreille. L'Observatoire des vio­lences sexistes et sexuelles en poli­tique, lan­cé il y a quelques mois après le mou­ve­ment #MeTooPolitique, a écrit dès la fin de l'interview poli­tique une lettre ouverte à Emmanuel Macron avec comme mot d'ordre : « #PasdePeyrat ».

Elle aura payé. En même temps qu'il annonce le lar­gage de Peyrat, Guerini pré­sente ses confuses à la presse : « Je mesure que les pro­pos que j'ai tenus ce matin sur France inter […] ont pu heur­ter et bles­ser. Je veux réaf­fir­mer ici avec force un enga­ge­ment total de la majo­ri­té pré­si­den­tielle pour sou­te­nir la libé­ra­tion de la parole des femmes sur les faits de vio­lences, afin que la jus­tice puisse faire son tra­vail. Je ne remets en aucun cas en cause une déci­sion de jus­tice, qui mène un tra­vail indé­pen­dant. » Un rétro­pé­da­lage en règle. 

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