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© Laura Lafon

Témoignages : une pour deux, deux pour une

Chaque mois, Causette donne la parole à un duo sen­ti­men­tal pour com­prendre com­ment les visions diver­gentes de chacun·e n’empêchent pas (tou­jours) le ménage de tour­ner. Dans cet épi­sode, Lise* n’imaginait pas qu’elle pour­rait un jour être deux fois en couple. Joseph* l’a aidée à fran­chir le pas et à vivre plei­ne­ment ses deux relations. 

Lise

39 ans

« Quand j’ai cra­qué pour Joseph en 2009, il savait déjà que j’étais bisexuelle, car j’avais eu une his­toire avec une bonne amie à lui. Comme tant d’autres, on a fini par emmé­na­ger ensemble, puis on a eu deux filles : elles ont 6 et 8 ans. La vie était un beau fleuve tran­quille. Que deman­der de plus ? Le job de fleu­riste dont j’avais tou­jours rêvé, un conjoint avec qui par­ta­ger mille choses sans jamais se las­ser… Intellectuellement et sexuel­le­ment, j’étais com­blée. Tout pour être heu­reuse, comme on dit.

Je n’avais juste pas pré­vu que je ren­con­tre­rais Amina*. Ça s’est pas­sé en plein après-​midi : je lisais Doris Lessing seule en ter­rasse, elle avait un entre­tien pro­fes­sion­nel à deux tables de là… Quand son rendez-​vous est par­ti, elle a plan­té son regard dans le mien et je me suis sen­tie chanceler.

Ce jour-​là, on a juste bu du thé et échan­gé nos numé­ros. Il fal­lait que je parle d’abord à Joseph. Je lui ai racon­té le coup de foudre, l’envie de vivre cette his­toire, ma peur de le perdre lui. Il m’a ser­rée fort et m’a dit qu’il vou­lait juste que je sois heu­reuse. Alors un soir, après avoir cou­ché nos filles avec lui, je suis allée dîner chez Amina, à quelques rues de chez nous. Joseph m’avait juste deman­dé une chose : le pré­ve­nir si je déci­dais de pas­ser la nuit là-​bas. Et c’est ce qui s’est produit.

C’était au prin­temps 2016. Peu à peu, j’ai sen­ti que je ne pour­rais plus me pas­ser d’Amina… tout en conti­nuant d’aimer fol­le­ment Joseph. J’ai com­men­cé à aller la voir de plus en plus sou­vent, tou­jours en accord avec lui. Au bout de quelques mois, je les ai présenté·es… En à peine cinq minutes, le malaise a lais­sé place à la bonne humeur.

Le soir même, alors qu’on ren­trait tous les deux, Joseph a pris les devants : il a pro­po­sé qu’on pla­ni­fie mes allées et venues plus en amont, en s’excusant pour l’absence de roman­tisme de cette pro­po­si­tion. Moi, au contraire, j’ai trou­vé ça trop roman­tique, cet homme qui m’aime tel­le­ment qu’il est prêt à me partager.

Depuis, je vis une dou­zaine de jours par mois avec Amina, et le reste du temps avec Joseph et les filles. Chaque retrou­vaille d’un côté ou de l’autre est une si grande joie ! On a trou­vé un équi­libre assez insen­sé, et je sais que je le dois au dia­logue pro­di­gieux qui s’est ins­tal­lé entre nous trois. »

Joseph

37 ans

« Quand Lise m’a annon­cé qu’elle avait ren­con­tré quelqu’un, j’ai cru qu’elle allait me quit­ter. Sauf que ce n’était pas du tout son inten­tion. On n’avait jamais vrai­ment par­lé de ça avant, pro­ba­ble­ment parce que l’occasion ne s’était jamais pré­sen­tée, mais à demi-​mot, elle me deman­dait com­ment je vivrais le fait qu’elle ait une autre his­toire paral­lè­le­ment à la nôtre. J’avais peur qu’elle soit tom­bée sur quelqu’un de pas bien, que ce soit le pre­mier pas vers la rup­ture… Mais je lui ai dit de fon­cer. Mes angoisses ? On en a par­lé après, posé­ment, et ça a ren­du tout ça très sain.

Au final, je crois que tout le monde a eu beau­coup de chance. Amina est une meuf mer­veilleuse, Lise est plus épa­nouie que jamais et elle n’a tou­jours pas l’air d’avoir envie de me quit­ter… Tout ça se passe très sim­ple­ment, avec beau­coup de res­pect. On a syn­chro­ni­sé nos agen­das, Lise sait tou­jours où et avec qui elle va pas­ser les pro­chains jours et en cas d’imprévu ou d’envie qui change, on sait que rien n’est gra­vé dans le marbre.

J’avais une autre appré­hen­sion : que nos filles finissent par en vou­loir à leur mère, qu’elles se sentent délais­sées, qu’elles ne com­prennent pas notre sché­ma. Avec Lise, on a vite com­pris que les enfants n’étaient pas aus­si réacs que les adultes, pour peu qu’on s’y prenne tôt… Tout ça leur semble très natu­rel, et comme leur mère n’est qu’à deux pâtés de mai­sons de chez nous, elles peuvent deman­der à la voir si elles ont besoin de lui racon­ter des trucs ou de lui faire des câlins. Ma vie est géniale. Lorsque Lise est là, on passe des moments pri­vi­lé­giés, et quand elle est avec Amina, je m’occupe des filles et j’ai plai­sir à être seul. J’avais oublié que je pou­vais aimer la soli­tude à ce point… Je me suis même remis à lire, ce que je n’arrive pas à faire quand Lise est à la mai­son, puisque j’ai tout le temps envie de par­ler et de sor­tir avec elle.

Quand je raconte notre his­toire, les gens me regardent sou­vent avec un air contrit, comme si j’étais le din­don de la farce. Je crois que per­sonne n’a autant de pitié pour les femmes qui élèvent leurs enfants seules parce que leurs maris tra­vaillent trop ou se sont tirés. Les choses sont pour­tant simples : je vais super bien et ma femme est comblée. 

*Les pré­noms ont été modifiés 

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