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Au pied du mur et après un été catas­tro­phique, un gou­ver­ne­ment tout feu tout flamme sur le climat

« Fin de l’insouciance et de l’abondance », « mobi­li­sa­tion géné­rale sur la sobrié­té éner­gé­tique » et pro­messe de « paquets de mesures por­tant pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique » dis­cu­tés au Parlement à l’automne : pour sa ren­trée poli­tique, l’exécutif affiche sa volon­té de prendre la ques­tion cli­ma­tique par les cornes, après un été où le chaos envi­ron­ne­men­tal a été pal­pable et même meur­trier sur le territoire.

C’est une nou­velle antienne dis­til­lée depuis la tra­di­tion­nelle allo­cu­tion du 14-​Juillet : dans un contexte où la guerre de la Russie contre l’Ukraine met le monde entier face à de lourds défis d’approvisionnement en pétrole et en gaz, la « sobrié­té éner­gé­tique » s’est impo­sée dans la bouche du pré­sident Emmanuel Macron tout au long de ses prises de parole cet été. Et avec elle, l’appel à une « mobi­li­sa­tion géné­rale » pour par­ve­nir à cette effi­cience de nos usages, dans le ton guer­rier que le chef de l’État affec­tionne tant. Le décor est quant à lui plan­té : incen­dies monstres, épi­sodes cani­cu­laires à répé­ti­tion, séche­resse his­to­rique, orages meur­triers en Corse… Cet été, les consé­quences dra­ma­tiques de l’action des hommes sur la pla­nète ont été visibles non pas dans des contrées loin­taines mais bel et bien chez nous.

Avant même que le concept bien connu des acti­vistes éco­lo­gistes sur­gisse dans les dis­cours pré­si­den­tiels, la Première ministre, Élisabeth Borne, et la ministre de la Transition éner­gé­tique, Agnès Pannier-​Runacher, avaient annon­cé, le 23 juin, le lan­ce­ment de concer­ta­tions avec les acteurs publics et pri­vés pour abou­tir, à la fin du mois de sep­tembre, à la pré­sen­ta­tion d’un « plan de sobrié­té éner­gé­tique ». Objectif affi­ché : « La France doit sor­tir de sa dépen­dance aux éner­gies fos­siles et réduire de 40 % sa consom­ma­tion d’énergie d’ici 2050 [et ‑10 % en deux ans pour objec­tif immé­diat]. » Pour y par­ve­nir, quatre axes sont à l’étude : « Consommer moins » via la sobrié­té éner­gé­tique, « consom­mer autre­ment » grâce à « l’efficacité éner­gé­tique », accé­lé­rer le « déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables » et relan­cer la filière nucléaire.

Tensions sur l’éolien en mer

Sur le plan des éner­gies renou­ve­lables, le gou­ver­ne­ment met l’accent sur la filière de l’éolien en mer (off­shore), avec l’annonce, le 29 juillet, du lan­ce­ment de deux parcs d’un giga­watt cha­cun au large de l’île d’Oléron (Charente-​Maritime). Malgré la pro­messe d’implanter ces éoliennes à qua­rante kilo­mètres des côtes, le pro­jet sus­cite la levée de bou­cliers des pêcheur·euses, d’élu·es locaux·ales et même d’associations éco­lo­gistes, qui s’inquiètent pour la pré­ser­va­tion de la faune sous-​marine. Pour convaincre, Emmanuel Macron pré­voit lui-​même de mouiller la che­mise avec un dépla­ce­ment orga­ni­sé autour de l’éolien en mer en septembre.

Auparavant, c’est Élisabeth Borne qui sera char­gée d’annoncer la cou­leur éco­lo­gique de l’agenda gou­ver­ne­men­tal à l’université du Medef, lun­di et mar­di pro­chains. L’entourage de la Première ministre a en effet d’ores et déjà van­té le « dis­cours fort sur la sobrié­té et la tran­si­tion éner­gé­tique » qu’elle pro­non­ce­ra à cette occa­sion devant le gra­tin de l’entrepreneuriat français. 

L’usine à gaz des jets privés

Dans la fou­lée, un sémi­naire gou­ver­ne­men­tal sera orga­ni­sé mer­cre­di 31 août sur le même thème : de quoi sans doute pré­ci­ser l’action de l’ensemble des ministres et secré­taires d’État, alors même qu’Emmanuel Macron semble avoir reca­dré sans le nom­mer Clément Beaune, ministre des Transports, lors du Conseil des ministres tenu mer­cre­di 24 août. Alors que celui-​ci mar­tèle depuis plu­sieurs jours vou­loir « régu­ler les jets pri­vés » que le secré­taire natio­nal d’Europe Écologie-​Les Verts (EELV) Julien Bayou veut, lui, tout sim­ple­ment « ban­nir », le chef de l’État a mis en garde contre la « déma­go­gie » de certain·es. « Ne cédons pas à la déma­go­gie, c’est facile de dire tout et n’importe quoi et de pro­mettre tout et n’importe quoi », a‑t-​il lancé. 

La régu­la­tion des jets pri­vés cor­res­pond pour­tant à une réelle pré­oc­cu­pa­tion de l’opinion, qui suit avec inté­rêt des comptes sur les réseaux sociaux épin­glant les ultra riches pour leurs pra­tiques peu res­pon­sables. Ce jeu­di 25 août, Clément Beaune per­siste et signe donc dans les colonnes du Figaro : « Quand chaque Français fait des efforts dans son quo­ti­dien, ceux qui peuvent le plus et pol­luent le plus doivent aus­si agir . » Et d’envisager une solu­tion à l’échelle du conti­nent : « Il faut chan­ger les com­por­te­ments et fixer des règles enca­drant ces vols pri­vés, au niveau euro­péen, c’est utile et nécessaire . » 

Lire aus­si l « Ils ont une res­pon­sa­bi­li­té » : Paye ton influence, le compte qui inter­pelle les influenceur·ses sur les enjeux climatiques

De quoi augu­rer des dis­sen­sions au sein de l’exécutif, entre les tenant·es de chan­ge­ments concrets pour atteindre les ambi­tieux objec­tifs cli­ma­tiques que se fixe la France et celles et ceux qui pro­mettent mais ne veulent pas sacri­fier nos modes de vie. Par ailleurs, en convo­quant, dans ses récentes prises de parole, des termes aus­si forts que « fin de l’insouciance » et « fin de l’abondance », Emmanuel Macron a été raillé par l’opposition, qui se demande exac­te­ment qui, dans le pays, vivait encore dans l’insouciance et l’abondance face aux enjeux cli­ma­tiques et éco­no­miques. Ainsi de Jean-​Luc Mélenchon (La France Insoumise) sur BFM-​TV : « Il n’y a jamais eu d’abondance, Monsieur Macron, mais il y a tou­jours eu de l’irresponsabilité. C’est-à-dire des gens qui croyaient que c’était sans fin. Que la nature était une réserve dis­po­nible sans fin. Il y a pillage et sac­cage, et ça conti­nue. »

"Nous ne ferons pas semblant"

Le gou­ver­ne­ment aura donc à convaincre, au-​delà des mots, lors de la pré­sen­ta­tion devant le Parlement, à l’automne, de « paquets de mesures por­tant pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique » selon l’expression, le 24 août en confé­rence de presse, du porte-​parole du gou­ver­ne­ment Olivier Véran. Après avoir rap­pe­lé les actions mises en place cet été (mesures de régu­la­tion de l’eau, déblo­cage de 500 mil­liards d’euros pour accom­pa­gner les col­lec­ti­vi­tés locales qui « rena­turent » les villes, et de 100 mil­liards pour les dépenses des agences de l’eau « au titre de la séche­resse »), Olivier Véran a mis les points sur les i : « Nous ne ferons pas sem­blant, nous sommes face à des illus­tra­tions concrètes d’un chan­ge­ment cli­ma­tique d’ampleur qui touche l’ensemble de la pla­nète. » Le porte-​parole a aus­si annon­cé un nou­veau plan natio­nal d’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique, ain­si qu’un « plan pour sécu­ri­ser les appro­vi­sion­ne­ments d’énergie pour l’hiver pro­chain ». Le conflit en Ukraine et l’été chao­tique sur le plan du cli­mat mettront-​ils le pays au pied du mur écologique ?

Lire aus­si l Convention citoyenne pour le cli­mat : un gad­get pour l'Élysée ?

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