Auguste Toulmouche
La Fiancée hésitante. © Auguste Toulmouche

Un tableau du XIXème siècle inti­tu­lé "La Fiancée hési­tante" connaît une seconde vie fémi­niste sur les réseaux sociaux

La moue bou­deuse, les yeux levés au ciel, le visage excé­dé de la jeune fille au centre du tableau d'un sombre incon­nu inti­tu­lé La Fiancée hési­tante cris­tal­lise un sen­ti­ment par­ta­gé par des mil­lions d'internautes, sur­tout des femmes. 

Il n'est pas rare de trou­ver sur les réseaux sociaux des posts de tableaux oubliés flan­qués d'un "that's so me" ("c'est trop moi") ou du laco­nique "rela­table" ("on s'y recon­naît"). Récemment, comme le décrypte Juliette Collombat dans un article pour le maga­zine BeauxArts, la toile s'est ain­si prise d'affection pour le tableau La Fiancée hési­tante, peint en 1866 par le bien connu (non) Auguste Toulmouche. Avec son air saou­lé, la jeune fille au centre de l'oeuvre est aujourd'hui éri­gée en icône fémi­niste sur les réseaux sociaux. 157 ans plus tard.

"C'est juste que tu ne sais pas ce que c'est d'être avec un vrai homme"- "et toi oui ?"

La scène est lim­pide : une jeune fille (en feu ?) sapée en blanc et tenant à la main un bou­quet fixe le ou la spectateur·ice d'un regard noir, alors que ses amies, dans un élan de soro­ri­té, tentent de la récon­for­ter le jour de ses noces. Un évé­ne­ment banal du 19ème siècle – vrai­sem­bla­ble­ment pari­sien à en juger par le style de la mariée – si ce n'est que la jeune épouse n'a pas fran­che­ment l'air de bai­gner dans la béa­ti­tude conju­gale. C'est ain­si que ni une ni deux, l'internet s'est empa­ré de ce tableau jusqu'ici désuet et en a fait un "meme", une image détour­née à des fins humo­ris­tiques. Sur Tik Tok, le mot-​clé #TheReluctantBride (lit­té­ra­le­ment "la fian­cée réti­cente" en fran­çais) a été repris plus de 47 mil­lions de fois, selon France Inter. Sur la pla­te­forme, la plu­part des légendes reprennent des réflexions sexistes ou des com­men­taires mal­ve­nus qui pour­raient de fait sus­ci­ter ce regard aga­cé style "tu devrais sou­rire plus" ou "ne fais pas l'hystérique" et y opposent l'expression aga­cée de la jeune fille. Le meme per­met aus­si de par­ta­ger sa las­si­tude face au mans­plai­ning, cette légère ten­dance des hommes à expli­quer aux femmes des choses qu'elles savent mieux qu'eux.

De fait, "elle montre en fait qu'elle ne veut pas se marier avec la per­sonne que sa riche famille a choi­si pour elle", explique au New York Times Therese Dolan, pro­fes­seure émé­rite d'art moderne et contem­po­rain à la Tyler School of Art and Architecture de l'université Temple de Philadelphie. Le "regard camé­ra" avant l'heure de la jeune fian­cée crée par ailleurs de l'empathie avec le ou la spectateur·ice. "Ce que Toulmouche réus­sit si bien, c'est à cer­ner la psy­ché de la femme", pour­suit la Therese Dolan à pro­pos du peintre (pour qui le fémi­nisme n'était clai­re­ment pas un enjeu par ailleurs) qui aura su, pour cette Toile en tout cas, cap­tu­rer le ras-​le-​bol des femmes. Un sen­ti­ment tou­jours on ne peut plus actuel.

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