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IVG dans la Constitution : une fois de plus, mer­ci les les­biennes pour la lutte

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Photo : Capture écran compte X de Mélanie Vogel

On ne dira pas “c’est tou­jours les mêmes”, mais on le pense très fort. L’inscription pro­chaine de l’IVG dans la Constitution doit beau­coup à l’engagement de per­son­na­li­tés poli­tiques comme Mélanie Vogel, ou encore Alice Coffin. Des les­biennes qui militent en pre­mière ligne pour chan­ger le cours de l’Histoire… comme sou­vent finalement.

Mercredi, le Sénat s’est pro­non­cé en faveur de l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Une étape cru­ciale qui semble confir­mer l’adoption défi­ni­tive pro­chaine de cette réforme his­to­rique, fai­sant de la France le pre­mier pays au monde à pro­té­ger l’avortement dans son texte fon­da­men­tal. Derrière cette révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle, il y a une femme, une séna­trice fémi­niste et les­bienne : Mélanie Vogel. Elle est celle qui, début sep­tembre, dépo­sait une pro­po­si­tion de loi visant à ins­crire le droit à l’IVG et à la contra­cep­tion dans la Constitution. Si le texte ini­tial a connu pas mal de modi­fi­ca­tions depuis, le “oui” pro­non­cé par le Sénat hier n’en reste pas moins le fruit du mili­tan­tisme de la séna­trice écologiste.

Les les­biennes sont bien sou­vent, et cela ne date pas d’hier, de toutes les luttes. Démocratie, lutte contre le sida, anti­ra­cisme, éco­lo­gie… être les­bienne demande de “deve­nir une très bonne mili­tante”, expli­quait Alice Coffin, élue EELV de Paris, autrice et mili­tante les­bienne à Causette en octobre 2020. Cette der­nière, dans le sillage de l’inscription de l’IVG dans la Constitution, ambi­tionne d’ailleurs actuel­le­ment – à tra­vers une cam­pagne et une péti­tion – d’obtenir un droit à l’avortement sans risque et gra­tuit dans toute l’Union euro­péenne. Premières à lut­ter pour défendre les droits de toutes les femmes, les les­biennes ne sont pour­tant pas les pre­mières concer­nées par l’IVG. Leur com­bat relève d’une mobi­li­sa­tion fémi­niste his­to­rique, intrin­sèque à leur sta­tut de femmes queers. 

Lire aus­si I Alice Coffin : « Le génie les­bien est une géné­ro­si­té politique »

En France, l’autrice et théo­ri­cienne les­bienne Monique Wittig fut l’une des ini­tia­trices du Mouvement de libé­ra­tion des femmes, qui lut­ta dès 1970 pour rendre l’avortement libre et gra­tuit. Mélanie Vogel et Alice Coffin militent pour les mêmes rai­sons que Wittig en son temps. Elles ne défendent pas l’accès sacré à l’avortement mal­gré leur les­bia­nisme, mais bien en rai­son de leur les­bia­nisme. Qui de mieux pla­cée qu’une femme les­bienne pour connaître la dou­leur de voir ses droits bafoués et de subir une vie domes­tique que l’on n’aurait pas choi­sie ? En tout temps, les les­biennes ont refu­sé de se sou­mettre à un des­tin hété­ro­nor­mé qui leur serait insup­por­table, de la même façon qu’une femme qui avorte refuse son des­tin de mère. “Qu’est-ce qu’une les­bienne, alors ?, inter­roge Alice Coffin dans son ouvrage, Le Génie les­bien. La ques­tion est posée à la pre­mière ligne du mani­feste des Radicalesbians en 1970. Leur réponse : ‘Une les­bienne est la rage de toutes les femmes conden­sée en un point d’explosion’.

Les femmes les­biennes sont vic­times des mêmes res­sorts patriar­caux que les autres femmes, mais bou­le­versent l’ordre éta­bli à coups de cun­nis. “Je me suis ren­du compte que, poli­ti­que­ment, ça ser­vait vrai­ment à quelque chose de se défi­nir comme les­bienne”, expli­quait Mélanie Vogel dans une inter­view au média Lesbien rai­son­nable. L’existence des les­biennes est poli­tique, leurs par­cours façonnent des tem­pé­ra­ments qui n’ont d’autre choix que de s’élever contre la domi­na­tion mas­cu­line qu’on vou­drait leur impo­ser. Embrasser son les­bia­nisme impose ain­si une réflexion sur la socié­té, le patriar­cat, pour arri­ver à une conclu­sion, celle théo­ri­sée par l’autrice noire et les­bienne Audre Lorde : “Je ne suis pas libre tant que n’importe quelle autre femme est pri­vée de sa liber­té, même si ses chaînes sont très dif­fé­rentes des miennes.”

Le fémi­nisme doit ses avan­cées à l’engagement inébran­lable des femmes qui aiment les femmes, celles dont la vie est syno­nyme de révo­lu­tion. De quoi moti­ver à nous don­ner un petit coup de main la pro­chaine fois qu’on par­le­ra de PMA. Pour l’heure, l’inscription pro­chaine de l’IVG dans la Constitution repré­sen­te­ra une vic­toire reten­tis­sante et his­to­rique. Un com­bat por­té par des héroïnes du fémi­nisme pour pro­té­ger le droit de toutes les femmes de choi­sir leur des­tin. Une fois de plus, mer­ci, les lesbiennes.

Lire aus­si I Lutte contre le sida : l'invisibilisation des les­biennes d'hier à aujourd'hui

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