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Ya-​Han Chuang : « L’image de minorité modèle éloigne les personnes asiatiques du champ militant »

La sociologue Ya-​Han Chuang publie ce 15 avril Une minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-​Asiatiques (éd. La Découverte). Derrière ce titre académique se cache un texte touchant, truffé de portraits de personnes d’origine chinoise en France, dont les histoires aident à mesurer l’ampleur du problème. À l’heure où se redéfinit la lutte antiraciste des communautés asiatiques et où émerge l’asioféminisme, la lecture est indispensable. Interview avec l’autrice. 

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Ya-​Han Chuang. © Mohammed El Hamzaoui

Causette : Le titre de votre ouvrage peut paraître antinomique : vous parlez du terme « minorité modèle » pour dénoncer le racisme anti-​Chinois et plus largement, anti-​Asiatiques. En quoi cette image est-​elle stigmatisante ?
Ya-​Han Chuang : Le stéréotype de « minorité modèle » est commun pour désigner les personnes asiatiques dans les pays occidentaux. En France, Nicolas Sarkozy a ouvertement utilisé cette expression lors du Nouvel An chinois en 2010, en avançant que la communauté asiatique incarnait la « valeur travail », moteur d’une intégration réussie… À partir du moment où on utilise les origines ethniques ou raciales de quelqu’un pour le définir, c’est un acte de racialisation. Comme dire que les personnes asiatiques seraient forcément bonnes en maths, douées dans le business. Cela pose un danger : celui d’essentialiser un groupe. D’autant que ça crée une porte ouverte vers des stéréotypes bien plus stigmatisants : les personnes asiatiques seraient dociles. On entend parfois qu’elles ne s’exprimeraient pas et seraient donc sournoises, pas fiables.

Vous rappelez que le racisme anti-​Chinois et anti-​Asiatiques s’est révélé au grand jour au début de la crise du Covid-​19. Cela a‑t-​il mené à une prise de conscience du phénomène dans la société ?
Y‑H. C. : Oui. Et ce, à la fois chez les personnes asiatiques et du côté des pouvoirs publics, des médias et des organisations antiracistes. L’image de minorité modèle avait tendance à éloigner les personnes concernées du champ du militantisme. Ça occultait la possibilité d’être victime en faisant passer les agressions pour des[…]

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