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©D.K.

En mani­fes­ta­tion pour leur sta­tut, les sages-​femmes « ont la rage »

Des mil­liers de sages-​femmes se sont mobilisé·es ce jeu­di 7 octobre à Paris pour dénon­cer un manque de recon­nais­sance et demandent une reva­lo­ri­sa­tion de leur salaire.

L'heure n'est plus au code rouge mais au code noir pour les sages-​femmes. Depuis 12h ce jeu­di 7 octobre, la place du 18 juin 1940 dans le quar­tier de Montparnasse à Paris est enva­hie par des sages-​femmes. C’est le point de départ de cette jour­née de mani­fes­ta­tion qui fait suite à une mobi­li­sa­tion qui a com­men­cé le 24 sep­tembre der­nier. Dans la foule, les manifestant·es agitent des spé­cu­lums en plas­tique en guise de cas­ta­gnette, ils·elles chantent Reconnais-​moi, une ver­sion revi­si­tée du hit de Jean-​Jacques Goldman, Envole-​moi , la bonne ambiance règne mal­gré l'amertume qui les a poussé·es à s'emparer de la rue. De nom­breuses pan­cartes affichent la colère des ces soignant·es : « La cup est pleine » ou encore « Véran m'a tué ». Plus que jamais, les sages-​femmes ont déci­dé de ne plus res­ter dans l'ombre et de se battre pour que leur pro­fes­sion soit mieux consi­dé­rée.

Véritable recon­nais­sance de la pro­fes­sion médi­cale
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« Fini d'être sage – les sages- femmes ont la rage » ©D.K.

Ces der­nières années, les sages-​femmes ont mul­ti­plié les grèves et mobi­li­sa­tions pour faire entendre leurs reven­di­ca­tions. Ils et elles se consi­dèrent comme les grand·es oublié·es du Ségur de la san­té du prin­temps 2020, qui avait abou­ti sur une reva­lo­ri­sa­tion sala­riale des pro­fes­sions médi­cales – une aug­men­ta­tion, jusqu'à 1 010 euros brut par mois, selon l'ancienneté, de l'indemnisation des méde­cins de l'hôpital public et 183 euros net pour les para-​médicaux et les sages-​femmes de l'hôpital public, alors que celles-​ci ont un sta­tut médi­cal. Ces dernier·ères ont dû attendre le 16 sep­tembre der­nier pour obte­nir une aug­men­ta­tion de 100 euros brut des salaires dans le public, annon­cée par le ministre de la Santé Olivier Véran. Une aug­men­ta­tion lar­ge­ment insuf­fi­sante pour Solène, sage-​femme depuis 2 ans et demi à l’hôpital d’Eaubonne (Val d’Oise). « Ma pre­mière année, je tou­chais 1690 euros pour un bac +5 avec autant de res­pon­sa­bi­li­tés. Aujourd’hui, on tourne autour des 2000 euros mais c’est insuf­fi­sant, explique-​t-​elle. On ne demande pas grand chose mais quand il y a des Ségur, j'aimerais qu'ils cessent de nous consi­dé­rer comme des para­mé­di­caux, même je les res­pecte tota­le­ment. »

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« Sage-​femme, un métier de pas­sion avec un max de dés­illu­sions » ©D.K.

Les sages-​femmes demandent à ce que leur sta­tut médi­cal soit recon­nu. Actuellement, le code de la san­té publique ne recon­nait que trois pro­fes­sions médi­cales : les méde­cins, les den­tistes et les sages-​femmes, mais ces dernier·ères ne se sentent pas traité·es comme tel·les. Emilie est sage-​femme depuis 20 ans et elle n'a consta­té que très peu de pro­grès depuis. « Ça fait 20 ans qu’on demande la même chose : que notre sta­tut médi­cal soit aus­si recon­nu dans la vraie vie, on a l'impression d'être invi­sibles », estime-​t-​elle. Même constat chez les sages-​femmes libé­rales. En plus du sui­vi des gros­sesses et du post­na­tal, ils·elles ont aus­si des com­pé­tences gyné­co­lo­giques. Depuis 5 ans, Leslie est sage-​femme libé­rale et elle regrette le manque d'informations sur son métier. « J'ai eu des patientes qui sont venues pour des gros­sesses. Quand je leur expli­quait que je pou­vais aus­si assu­rer leur sui­vi gyné­co­lo­gique, elles étaient hyper sur­prises, témoigne-​t-​elle. On est aus­si là pour une meilleure recon­nais­sance de la san­té des femmes. Qu’elles sachent qu’il n’y a pas que les gyné­co­logues, on est aus­si là pour elles. »

Des condi­tions de tra­vail déplo­rables

Dans la foule de manifestant·es, Solène est venue accom­pa­gnée de plu­sieurs col­lègues. La jeune femme dénonce un réel manque de per­son­nels qui com­pro­met leur effi­ca­ci­té. « On veut vrai­ment plus d’effectif, c’est très dif­fi­cile de gar­der le cap pen­dant nos gardes. Franchement, on met en dan­ger la vie de nos patientes », déplore-​t-​elle. Souvent, la jeune sage-​femme se retrouve avec 4 à 5 patientes à gérer la même nuit, une charge trop lourde selon elle : « Olivier Véran pense que nous ne sommes pas en sur­charge de tra­vail mais il a réel­le­ment tort. Qu’il vienne le consta­ter lui-​même ! » La sur­charge de tra­vail amène un nombre consé­quent de sages-​femmes vers le bur­nout. Une étude Collège National des Sages-​Femmes (CNSF), réa­li­sée en 2020, indi­quait que 42,3% des salarié·es des éta­blis­se­ments de san­té, 31% des libéraux·les et 37,5% des enseignant·es ont souf­fert d’un bur­nout.

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« Véran Cent balles et un Mars c'est NON !! » ©D.K.

Des chiffres consé­quents qui ont une inci­dence sur les étudiant·es en par­ti­cu­lier. Oumi et Samrine sont deux étu­diantes de l’hôpital Foch à Suresnes (Hauts-​de-​Seine). Pour elles, les stages sont très vite deve­nus une source d’angoisse. « Souvent, quand on est en stage, on voit des sages-​femmes en pleurs, en détresse. Du coup, on est uti­li­sé pour palier le manque d’effectif alors qu’on est juste étu­diantes », explique Samrine. En plus des stages, le volume de for­ma­tion est sou­vent remis en cause. Le diplôme de sage-​femme s'obtient au terme d'un bac+5. Après une pre­mière année de méde­cine, ils et elles suivent un cur­sus spé­ci­fique de 4 ans. Pour l'Association Nationale des Étudiant·es Sages-​Femmes (ANESF), il y a une réelle néces­si­té de modi­fier les études. « Le volume horaire de for­ma­tion est très impor­tant. Environ 1246 heures de plus, en com­pa­rai­son aux autres filières médi­cales dont le cur­sus dure au mini­mum 6 ans », explique-​t-​elle dans un com­mu­ni­qué. L’ANESF, sou­haite donc un allon­ge­ment d'une année des études des sages-​femmes. Pour l'association, cette orga­ni­sa­tion, jugée alar­mante, est la cause d'un véri­table mal-​être chez les étudiant·es. Selon leur étude, « 8 étudiant·es sur 10 souffrent d’un stress accru depuis leur entrée dans la for­ma­tion » et 7 sur 10 pré­sentent des symp­tômes dépres­sifs. 

Pour que leur condi­tions de tra­vail s'améliorent, les sages-​femmes reven­diquent un sta­tut spé­ci­fique, à l'image des den­tistes qui ont, pour les manifestant·es, une situa­tion que les sages-​femmes méritent aus­si. Mais pour l'heure, Olivier Véran n'a tou­jours pas envi­sa­gé publi­que­ment un tel chan­ge­ment.

Lire aus­si l Les sages-​femmes en ont ras-​le-​bol

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