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Dix nou­velles femmes témoignent contre Gérard Miller, l’une d’elles va por­ter plainte

Une enquête de Mediapart publiée mardi donne la parole à dix femmes, dont trois mineures au moment des faits, qui accusent Gérard Miller de les avoir agressées sexuellement ou d’avoir eu envers elles un comportement inapproprié. Une plainte a été déposée contre le psychanalyste.

A écouter les femmes qui prennent la parole, Gérard Miller semble ne jamais se défaire d’un même mode opératoire. Dans les témoignages recueillis par Mediapart et publiés mardi 6 février, dix femmes décrivent une même attitude de domination, d'abus de pouvoir et de manipulation de la part du psychanalyste aujourd'hui âgé de 75 ans. Entre 1995 et 2016, Gérard Miller aurait agressé sexuellement ou eu un comportement inapproprié envers dix jeunes femmes, âgées de 16 à 21 ans à l'époque. Selon les victimes, il les invitait dans son hôtel particulier près de la place de la Nation, à Paris, après les avoir abordées dans le public des émissions de Laurent Ruquier ou de Michel Drucker - il y était chroniqueur - ou dans le cadre de son activité de professeur de psychanalyse ou de scénariste. Chez lui, il leur proposait de l'alcool, des "expériences d'hypnose" ou de "détente".

Des témoignages qui font par ailleurs écho à ceux relatés dans le magazine Elle le 31 janvier dernier, où trois femmes dénonçaient un viol et deux agressions sexuelles commis par le psychanalyste.

Lire aussi I Le psychanalyste Gérard Miller accusé d’agressions sexuelles sous hypnose par trois femmes

Plainte à venir

Dans son enquête, Mediapart décrit les expériences de dix femmes mettant en cause Gérard Miller. L’une d’elles, prénommée Juliette* dans cet article, avait 21 ans quand elle affirme avoir rencontré le psychanalyste, qui – après quelques rendez-vous dans un “registre d’échanges intellectuels” selon la témoin – l’aurait agressée sexuellement à son domicile. “Il a ouvert une bouteille de champagne. Il n’en a pas bu une goutte, j’ai bu toute la bouteille. Après, je ne me souviens plus du déroulement jusqu’à me trouver dans son lit avec lui au-dessus de moi, le sexe en érection avec un préservatif, en train de se branler”, relate aujourd’hui le signalement qu’elle a envoyé au parquet de Paris mardi 6 février. Juliette, désormais âgée de 47 ans, indique également dans son signalement vouloir “déposer plainte” contre Gérard Miller pour ces événements survenus en 1995.

Les témoignages de neuf autres femmes dont trois mineures au moment des faits s'enchaînent et racontent comment le psychanalyste aurait usé de son prestige pour les agresser sexuellement ou les mettre dans des situations très inconfortables, voire effrayantes.

Delphine explique ainsi avoir été agressée sexuellement par Gérard Miller en 2000, avant de quitter le canapé où elle se trouvait pour le fuir. L’homme se serait alors mis à la poursuivre. “Il était derrière moi à m’expliquer que c’était banal, qu’il ne fallait pas que j’aie peur. J’essayais de le raisonner, je lui disais qu’il avait une fille qui avait quasiment mon âge. Comment réagirait-il, s’il apprenait qu’un jour, elle s’était trouvée dans la même position que moi à fuir de la même manière. Il n’écoutait pas”, se souvient Delphine, qui avait alors 20 ans. Certaines se confient à leurs proches, d’autres expliquent avoir mis des années à admettre que ce qui était arrivé n’était pas de leur faute. “Avant #MeToo, pour moi, c’était : ‘Tu n’avais qu’à pas monter dans sa chambre’”, se désole Magali, une autre victime présumée du psychanalyste.

Comme "une poupée de chiffon morte"

La sœur aînée de Clémence, une jeune femme qui aurait subi en 2016 une séance d’hypnose au cours de laquelle Gérard Miller lui impose de se dévêtir – elle avait 21 ans et travaillait en postproduction sur un documentaire produit par le psychanalyste de 68 ans – analyse auprès de Mediapart : “C’est une histoire qu’on a racontée régulièrement pour argumenter auprès d’hommes qui ne comprennent pas ce qu’est une prise de pouvoir subtile, perverse, exercée par des hommes de pouvoir.”

Certaines témoins, celles qui ont revu plusieurs fois le chroniqueur, parlent d’une relation “d’emprise”, d’un “rapport inégalitaire”. Une “sorte de piège qui s’est refermé sur [elle]”, selon les termes de Caroline, qui a rencontré Gérard Miller en 1998, quand elle avait 19 ans. Cette dernière dénonce une agression sexuelle perpétrée par le psychanalyste. Miller lui aurait “mis sa langue dans [sa] bouche de force”, “caressé le sexe, les seins” et l’aurait “embrassée partout”. Au cours de leur relation teintée d’ascendance alors qu’elle était “une gamine”, la jeune femme aura des moments d’intimité avec le chroniqueur, durant lesquels elle se décrit comme “une poupée de chiffon morte”.

"Révolution sexuelle à sens unique"

Parmi les collègues du monde des médias de Gérard Miller, peu trouvent à redire sur son comportement envers les femmes. Laurent Ruquier n’a pas souhaité faire de commentaire à Mediapart, tandis que le journaliste Bruno Masure – dont la présence lors d’une soirée chez le psychanalyste est attestée par deux victimes – dit n’avoir “jamais rien remarqué de sexuel’ de près ou de loin”. Seule la militante féministe Isabelle Alonso, chroniqueuse aux côtés de Gérard Miller sur France Inter à la fin des années 1990, analyse auprès de Mediapart dans un communiqué : “On le chambrait souvent pour sa façon de repérer des jeunes filles dans le public et d’aller les brancher pendant les pauses. Il avait le comportement typique de l’état d’esprit post-soixante-huitard de drague systématique, porteuse d’une révolution sexuelle à sens unique. À l’époque de l’émission, les vannes sexistes, à l’antenne et hors antenne, étaient légion.”

Contacté par Mediapart, Miller a réagi à ces accusations. Le psychanalyste invoque une autre époque, celle de “la libération sexuelle initiée dans les années 60”, une “génération d’hommes à laquelle [il appartient et qui] a connu un aveuglement collectif dans les rapports qu’elle a entretenus avec les femmes”. Gérard Miller dit s’être “engagé sur le chemin de la séduction” avec les femmes qui témoignent aujourd’hui et être “convaincu d’avoir respecté tout embarras, tout refus”. “C’est ce qu’on appelait à l’époque agir entre adultes consentants”, commente-t-il encore, bien que trois jeunes femmes aient été mineures au moment des faits.

Grand homme, il admet cependant devoir “remettre en question […] le fait même qu’étant psychanalyste, universitaire, auteur, chroniqueur télé et radio, j’étais un ‘homme de pouvoir’ et qu’il y avait dès lors une dissymétrie avec les femmes plus jeunes que moi, une dissymétrie dont je ne mesurais pas à l’époque qu’elle était rédhibitoire et qui me conduirait aujourd’hui, sans aucun doute, à agir autrement”. Il dit également n’avoir aucunement “l’intention de mettre en doute un instant l’émotion, la colère et la souffrance des femmes qui se sont adressées à Mediapart” et, dans une résurgence de sa position de sachant, il poursuit : “Comment pourrait-il en être autrement quand plusieurs d’entre elles évoquent notamment des faits qui se sont déroulés il y a trente ans et qu’elles en parlent comme s’ils s’étaient déroulés hier, témoignant de ce qui les tenaille encore aujourd’hui.”

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