"Spell 31" d'Ibeyi : l'appel aux âmes

Les jumelles franco-​cubaines convoquent leur magie des har­mo­nies sur Spell 31, un troi­sième album rayon­nant qui met du baume au cœur.

RPA 210903 IBEYI 04 031 RGB F1
Lisa-​Kaindé et Naomi DIaz © DR 

Printemps 2020. Comme tout le monde, les sœurs Naomi et Lisa-​Kaindé Diaz, réunies sous le pseu­do Ibeyi (« jumelles », en yoru­ba), sont assi­gnées à rési­dence. Pour s’occuper, la seconde décide de suivre en ligne une série de cours dif­fu­sés via Zoom par Aditi Jaganathan, une cher­cheuse à la Goldsmiths University à Londres. Le copieux pro­gramme de « Rhythm, Race, Revolution » s’intéresse au rôle trans­for­ma­teur que joue la musique sur dif­fé­rents ter­rains (anti­ra­cisme, fémi­nisme, déco­lo­nia­lisme, mou­ve­ments de libé­ra­tion). Cet appren­tis­sage marque pro­fon­dé­ment l’artiste et donne le ton de Spell 31, le troi­sième album d’Ibeyi. 

Pour les Franco-​Cubaines de 27 ans, la musique est bien plus qu’un arran­ge­ment de notes qui conduit à une soul mélan­co­lique, envoû­tante et métis­sée. C’est une phi­lo­so­phie, un mode de vie au croi­se­ment de la vibra­tion créa­tive et de la spi­ri­tua­li­té, une célé­bra­tion de leur soro­ri­té à toute épreuve (leur nou­veau mor­ceau Sister to Sister).

« Durant le cours du Dr Aditi, j’ai décou­vert l’existence des san­go­ma, raconte Lisa-​Kaindé, dans les locaux pari­siens du dis­tri­bu­teur fran­çais de son label anglais. Ce sont des gué­ris­seurs d’Afrique du Sud qui tombent malades s’ils n’acceptent pas leur voca­tion, s’ils n’embrassent pas leurs pou­voirs ou n’honorent pas leur lien avec les ancêtres. » Les san­go­ma ont don­né leur nom à la chan­son d’ouverture de Spell 31. Les musi­ciennes sont elles aus­si des gué­ris­seuses. « Avec ce qui s’est pas­sé, ces deux der­nières années, nous avons eu envie d’apaisement, de pan­ser nos plaies, sou­ligne Lisa-​Kaindé. En par­tant de nos joies et de nos peines, on espère tou­cher les gens qui nous écoutent, qu’ils se recon­naissent en nous. » Il ne reste plus qu’à répandre la bonne parole. « J’ai appe­lé Naomi pour lui dire qu’Ibeyi était en quelque sorte une église à ciel ouvert. Elle m’a répon­du : “Oui, mais une église où l’on peut twer­ker”. » Voilà une jolie manière de résu­mer le syn­cré­tisme musi­cal des demoi­selles qui chantent en espa­gnol, en yoru­ba et en anglais. Elles prêchent dans un temple sans dogme et sans fron­tières d’où s’élève vers les cieux leur gos­pel électro-vaudou.

Lire aus­si l “Lavender & Red Roses” : la flâ­ne­rie d'Ibeyi et Jorja Smith dans la mytho­lo­gie grecque

Le titre Spell 31 fait réfé­rence à une prière du Livre des morts des anciens Égyptiens, un ouvrage que Richard Russel, leur pro­duc­teur et patron du label XL Recordings, leur a ten­du pen­dant l’enregistrement. Il témoigne de la façon dont les sœurs Diaz convoquent dans leurs har­mo­nies les esprits de leurs proches défunt·es. « Nous essayons de les gar­der avec nous pour pro­lon­ger leur héri­tage », sou­ligne Naomi, moins bavarde que sa fran­gine. à 11 ans, elles ont per­du leur père, le talen­tueux per­cus­sion­niste Anga Diaz, com­pa­gnon du Buena Vista Social Club. « La mort nous a tou­jours gui­dées d’une cer­taine façon, confie Lisa-​Kaindé. Dès le début, nous avons chan­té pour lui. » La meilleure façon de ne pas oublier les disparu·es est de citer leurs noms. C’est chose faite dans le mor­ceau Los Muertos, bou­le­ver­sant mémo­rial sonore. C’est bien connu, la musique adou­cit les morts. 

Spell 31, d’Ibeyi. XL Recordings/​Beggars. Sortie le 6 mai. En concert au fes­ti­val We Love Green, le 5 juin. En tour­née à par­tir du 2 juin.

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.