Eva Rinaldi
© Eva Rinaldi / Wikimedia

L'effet Taylor Swift : décryp­tage d'un délire mondial

Ce vendredi 13 octobre sort en France The Eras Tour, le documentaire événement sur la tournée de Taylor Swift qui a provoqué le décalage de la sortie du film L’Exorciste. La chanteuse est un phénomène de société hallucinant à elle toute seule. Bienvenue dans la Swift mania, attachez vos ceintures. 

C'est simple, chez elle, tout se compte en millions. Les ventes de ses disques, le nombre de vues de ses clips, les recettes de sa tournée mondiale qui a littéralement cassé internet, le nombre de ses followers sur son compte Instagram, … Quoi qu’elle fasse, Taylor Swift provoque le même raz-de-marée. Si bien que le phénomène a désormais un nom quasi scientifique. On appelle cela « l’effet Taylor Swift ». Et ce n’est pas la sortie en France, ce vendredi 13 octobre, du documentaire événement sur sa tournée, The Eras Tour, qui va freiner la Swift mania. Bien au contraire. Alors en attendant de pouvoir chanter ses tubes dans les salles obscures - vous êtes un·e swiftie, on le sait bien - Causette vous a concocté un petit florilège des exploits de la superstar américaine.

Les préventes du documentaire de sa tournée explosent…

Une semaine avant sa sortie, les préventes des billets du documentaire de Taylor Swift avaient déjà dépassé les 125 millions de dollars dans le monde. Et il est d’ores et déjà assuré de devenir la captation de concert la plus bankable de l'histoire de la captation de concert, détrônant ainsi le Never Say Never de Justin Bieber, cher au cœur des teenagers de la génération Z. Mais rassurez-vous, il sera bien plus facile d’assister au concert de la star américaine sur grand écran, la vente des places de ses six concerts en France ayant provoqué un chaos digital digne du bug de l'an 2000. Pour rappel, les fans ont dû s’inscrire à un tirage au sort rien que pour avoir accès à la billetterie. Ce qui a provoqué, on l'imagine, bien des déconvenues (et ce, jusque dans la rédaction). Premier constat : c'est dur d'être un·e swiftie.

 … et font régner la terreur à Hollywood 

À Hollywood, la Swift mania a provoqué la panique au point qu’Universal a pris la décision d’avancer la sortie de la suite du cultissime film d’horreur, L’Exorciste, quelques heures seulement après l’annonce de la sortie du documentaire de la chanteuse, par peur - légitime - de la concurrence. « Regarde ce que tu me fais faire. ‘L’exorciste — Dévotion’ déplacé au 6 octobre #Taylorgagne », a ainsi lancé Jason Blum, l’un des producteurs du film d’horreur, sur X (Ex-Twitter). Bon joueur le type.

Taylor Swift collectionne les records

En juillet dernier, la méga star de la pop a détrôné l’iconique Barbra Streisand en devenant l’artiste ayant le plus grand nombre d’albums numéro 1 des ventes, avec douze disques. Le dernier Speak Now (Taylor’s Version) s’est ainsi hissé directement à la première place. Autre record : à 33 ans, la chanteuse est devenue la première femme, et la première artiste solo, à avoir onze de ses albums simultanément dans les deux cents premières places du classement Billboard. Et encore autre record : elle est devenue la première femme avec plus de cent millions d’auditeur·trices mensuels sur la plateforme Spotify. Superstar on a dit. 

Les Swifties - autrement dit, celles·ceux prêt·es à vendre père et mère pour leur idole - provoquent des mini-séismes en bougeant leur prothèse sur le dancefloor de ses concerts

Une activité sismique équivalente à un séisme de magnitude 2,3 a été enregistrée à Seattle lors des deux concerts que la chanteuse a donnés dans le cadre de sa tournée américaine. Et c’est une sismologue, professeure en géologie à la Western Washington University qui le dit. Un autre scientifique est même allé plus loin. Il a indiqué avoir pu identifier les chansons qui avaient causé le phénomène. Il s’agissait de Shake it off et Blanck Space. Les fans de Michel Sardou, dont la tournée vient à peine de reprendre, ont du pain sur la planche.

Taylor Swift est d'humeur généreuse

La tournée américaine ayant été un succès fou, la star n'a pas hésité à distribuer 55 millions de dollars de bonus aux personnes travaillant dessus avec elle. Des danseur·euses aux manutentionnaires en passant par les technicien·nes son et les cuisinier·ières, tout le monde a touché son petit chèque. Et on ne parle pas ici d'une poignée de dollars. Les chauffeur·euses poids lourd ont eu la stupéfaction d’apprendre qu’ils·elles allaient tous·tes recevoir 100.000 dollars. Plutôt sympa la boss.

L’effet Taylor Swift fait littéralement tourner la tête des Américain·es

Taylor Swift est devenue temporairement la maire de Santa Clara cet été. Cette ville de l'ouest de la Californie a aussitôt été rebaptisée "Swiftie Clara" à l'occasion des deux concerts que la chanteuse a donnés. Et ce n’était pas la première fois. La ville de Glendale, qui a accueilli les deux premières dates de sa tournée en mars dernier, s’était rebaptisée "Swift City" le temps du passage de la chanteuse. On attend la même chose d’Amiens, qui accueillera Sardou samedi soir. 

L’effet Taylor Swift, un dopant économique…

Début septembre, le président de la Réserve fédérale (FED), John Williams, a reconnu que l’"effet Taylor Swift", et notamment sa tournée américaine, a stimulé l’économie américaine au cours de ces derniers mois. Interrogée par l’AFP, l’économiste Maria Psyllou de l’université britannique de Birmingham a ainsi estimé que les six concerts à Los Angeles ont enrichi le PIB de ce comté de 320 millions de dollars. Une étude s’est d’ailleurs penchée avec attention sur les chiffres et a conclu que les Swifties mettaient facilement la main au portefeuille pour voir leur idole en dépensant chacun·e en moyenne 1 327 dollars pour le billet, le voyage, la nuit d’hôtel et les objets souvenirs. Cela pourrait générer en fin de tournée l'an prochain un total de 4,6 milliards de dollars de dépenses de consommation, soit plus que le PIB de 35 pays. Finalement, Taylor Swift ne serait-elle pas la solution à tous nos problèmes ?

… politique…

Jusque-là très discrète sur ses convictions politiques, Taylor Swift a finalement affiché son soutien au parti démocrate en 2018. Une prise de position inédite pour une chanteuse country adulée de la frange conservatrice et puritaine américaine - de quoi fâcher Donald Trump à l’époque. Dans ses prises de parole, elle a depuis souvent dénoncé le racisme systémique, les inégalités et les discriminations basées sur l’orientation sexuelle ou le genre.
La voix de l’Américaine porte tellement qu’elle a carrément été à l’origine d’un pic d’inscriptions sur les listes électorales. En septembre, à l’occasion du National Voter Registration Day, qui rappelle chaque année aux citoyen·nes américain·es de s’inscrire sur les listes, Taylor Swift a publié une story sur Instagram appelant ses fans à le faire.
Résultat ? 35.000 nouvelles inscriptions dès le lendemain. Un bond de 115% dans les inscriptions d’électeurs·trices de 18 ans par rapport à 2022, indiquait la PDG de Vote.org, Andrea Hailey sur X. L’effet Taylor Swift pourrait donc influencer le scrutin des élections présidentielles américaines en novembre 2024. Si elle se présentait d’ailleurs elle-même pour le poste, elle pourrait avoir des chances de l’emporter. Dans un sondage réalisé en juin 2023, 72% des 18-29 ans se sont dits favorables à Taylor Swift et 21% d'entre eux·elles seraient carrément prêt·es à voter pour elle si elle se présentait. In Taylor we trust.

… et sportif !

Après la politique, la Swift mania a déferlé dans les stades de football américain. C’est simple, depuis qu’elle est en couple avec le joueur des Kansas City Chiefs, Travis Kelce, les ventes des matchs de l’équipe s’envolent et la vente des maillots de son boyfriend a bondi de 400%. Ce qui a permis à l’athlète d’entrer dans le top 5 des joueurs de la ligue les plus bankables du pays - auparavant, il était 19e. Merci Taylor. Surtout, elle est devenue l’attraction phare des matchs : sa présence dans les tribunes est scrutée et provoque à chaque fois l’hystérie collective avec l’apparition de panneaux très mignons du style "Taylor Swift est là". On connaissait les “WAGs” ces compagnes de sportifs célèbres, il existe désormais son pendant masculin, être le "boyfriend de Taylor Swift". 

Taylor Swift, figure d'engagement ?

S'il fallait retenir un seul exemple pour illustrer son engagement, ce serait certainement The Man. Dans la chanson sortie en 2019, elle dénonce sans ambages, les inégalités entre les genres, et montre, en incarnant un homme, combien la vie est plus simple lorsqu’on naît avec les chromosomes X et Y :“They’d say I hustled, put in the work / They wouldn’t shake their heads and question how much of this I deserve” (“Ils diraient que j’ai bossé dur / Ils ne se demanderaient pas si je l’ai vraiment mérité”).
On notera aussi le scandale qui éclate en 2019 lorsque la maison de disque de l’artiste, Big Machine, qui détient les droits sur ses musiques enregistrées, se fait racheter par l’homme d’affaires Scooter Braun sans son accord. Lorsque son contrat prend fin en 2018, Taylor Swift change alors de maison de disque pour Universal Music Group mais n’a pas le droit de récupérer ses droits d’enregistrement. Pire, elle n’était même pas autorisée à chanter publiquement ses anciennes chansons à la télévision. Pour récupérer les droits de ses chansons, la chanteuse doit donc réenregistrer ses albums. Pour l'anecdote, elle fait partie des quelques chanteur·euses qui ont écrit ou coécrit toutes leurs chansons, soit plus de 200 titres. Badass.


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