Capture decran 2023 10 10 a 15.14.08
© SND Films

"Le Consentement" ? Quand c'est non, c'est non

Le film de la réa­li­sa­trice Vanessa Filho teste à la fois les limites de son ciné­ma et celles du public.

Il est des films qu’on aime­rait ne pas avoir vus. Celui-​là en fait par­tie. En adap­tant Le Consentement, le best-​seller ver­ti­gi­neux de Vanessa Springora qui relate la rela­tion d’emprise et d’abus qu’elle vécut avec l’écrivain Gabriel Matzneff lorsqu’elle avait 14 ans et lui 49, la réa­li­sa­trice Vanessa Filho teste à la fois les limites de son ciné­ma et celles du public. Double malaise : d’une part son long métrage n’atteint jamais la puis­sance du récit ori­gi­nel, et d’autre part il incom­mode un peu, beau­coup, et pas for­cé­ment pour de bonnes raisons. 

Certes, on peut entendre les expli­ca­tions qui ont moti­vé ce pas­sage des mots à l’image (sachant que Vanessa Springora est cré­di­tée au géné­rique comme « scé­na­riste », et qu’elle s’est prê­tée à l’exercice de la pro­mo pour le défendre). L’enjeu est clair : dépla­cer le cur­seur de la lit­té­ra­ture au ciné­ma pour per­mettre au plus grand nombre de prendre conscience, à tra­vers cette his­toire emblé­ma­tique, des vio­lences sexuelles sur les mineurs. Démonter et dénon­cer à une plus grande échelle, en somme, la pédo­cri­mi­na­li­té et le silence qui l’entoure. Comment ne pas adhé­rer à ce pro­jet, sur le fond ? Comment résis­ter à la néces­si­té de mar­te­ler ce mes­sage à l’adresse d’une socié­té fri­leuse et/​ou com­plai­sante (patriar­cale, en gros) ? Pas sûre pour autant que ledit mes­sage sorte gagnant de cette… expérience.

Double malaise : d’une part son long métrage n’atteint jamais la puis­sance du récit ori­gi­nel, et d’autre part il incom­mode un peu, beau­coup, et pas for­cé­ment pour de bonnes raisons.

Car il y a ce que l’on raconte et la façon dont on le raconte. Autant les mots du texte de Vanessa Springora, leur luci­di­té impla­cable comme leur dou­leur feu­trée, pro­vo­quait un élec­tro­choc salu­taire ; autant la fron­ta­li­té des images de Vanessa Filho et les mal­adresses de sa mise en scène engendrent une gêne per­sis­tante. Attention, pas de méprise : le film est glauque, comme il se doit, quand il n’est pas irres­pi­rable. Par ailleurs, l’interprétation de Jean-​Paul Rouve dans le rôle immonde de Matzneff est effrayante à sou­hait (il dit avoir pen­sé à Hannibal Lecter pour l’incarner) et celle de Kim Higelin (dans celui de Vanessa, bien qu’elle soit un peu plus âgée) sou­vent bou­le­ver­sante. Mais à trop vou­loir pro­vo­quer l’onde de choc atten­due (en mul­ti­pliant les scènes de sexe et de nudi­té, sai­sies au plus près, entre le pré­da­teur et sa proie), comme à trop vou­loir illus­trer le livre plu­tôt que de le re-​créer, la réa­li­sa­trice se perd dans un flux et reflux super­fi­ciel, et nous perd avec. Elle finit même par fil­mer son éco­lière de façon sté­réo­ty­pée, en mode ado gra­cile et fré­mis­sante, dif­fu­sant – c’est le comble ! – un « male gaze » super ambi­gu, le même qu’elle vou­lait com­battre pour­tant. Et ça, pour le coup, c’est glaçant.

Lire aus­si I VIOLENCES SEXUELLES : “LE CONSENTEMENT”, DE VANESSA SPRINGORA, A PERMIS DE RENFORCER LA PROTECTION DES MINEUR·ES

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.