• Rechercher
  • Mot de passe oublié ?
  • Mot de passe oublié ?

“Avec la mort de Navalny, l’espoir d’un ave­nir meilleur meurt aus­si” : à Moscou, des jeunes Russes sous le choc

Michal Siergiejevicz Alexey Navalny in 2020
Alexeï Navalny au centre de l'image. © Michał Siergiejevicz / Wikimedia Commons

Dans les rues de Moscou, les jeunes per­sonnes qui acceptent de par­ler de leur pro­fond désar­rois à la suite de l'annonce du décès de l'opposant russe en pri­son demandent l'anonymat.

“L’espoir est mort” : à Moscou, de jeunes Russes se disent ven­dre­di sous le choc et désem­pa­rés après la mort du prin­ci­pal oppo­sant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, qui sym­bo­lise la dis­pa­ri­tion du rêve d’un chan­ge­ment dans le pays.

“J’en tremble ! Je res­sens de telles émo­tions comme si j’avais per­du un parent”, réagit auprès de l’AFP Maria, une infor­ma­ti­cienne de 22 ans qui, comme les autres per­sonnes inter­ro­gées, pré­fère ne pas don­ner son nom de famille. Elle sou­ligne “une grande perte pour toute l’opposition russe”, une “tra­gé­die”.

Si Alexeï Navalny, l’ennemi juré du Kremlin, était enfer­mé en pri­son depuis son retour en Russie début 2021, il repré­sen­tait mal­gré tout, pour une par­tie de la popu­la­tion, l’espoir loin­tain d’une fin de l’autoritarisme et de l’ère Poutine. Le cha­ris­ma­tique mili­tant anti­cor­rup­tion était sur­tout popu­laire auprès de la jeu­nesse des grandes villes, à l’exemple de Moscou, où il était arri­vé deuxième à l’élection muni­ci­pale de 2013, la der­nière à laquelle il avait été auto­ri­sé à se pré­sen­ter. Il est mort ven­dre­di dans une pri­son de l’Arctique où il avait récem­ment été trans­fé­ré, selon les autorités.

Lire aus­si l Alexeï Navalny, l'ennemi empoi­son­né, empri­son­né et mort sous Poutine

“Nous espé­rons que c’est faux. Pour être hon­nête, c’est dif­fi­cile à croire. Penser à ce qui va se pas­ser ensuite est effrayant, ce que l’État peut faire à ses citoyens”, se lamente Marc, étu­diant de 18 ans. Valeria est guide tou­ris­tique. Pour cette femme de 28 ans, Alexeï Navalny était “un sym­bole de l’espoir d’un ave­nir meilleur pour la Russie”. “J’ai l’impression qu’avec sa mort, cet espoir meurt aus­si”, ajoute-t-elle.

"Désir de partir"

"Si cet espoir était encore pré­sent d'une manière ou d'une autre, il est désor­mais encore plus faible", pour­suit la jeune femme. Après près d'un quart de siècle de pou­voir de Vladimir Poutine et deux ans de conflit avec l'Ukraine, "beau­coup de gens vont aban­don­ner, parce que les gens ont tou­jours besoin d'un sym­bole dans toute forme de résis­tance", estime-​t-​elle.

La mort d’Alexeï Navalny, après un empoi­son­ne­ment dont il accu­sait le Kremlin et trois années de déten­tion, prive une oppo­si­tion déjà exsangue de sa figure de proue. La quasi-​totalité des figures de la contes­ta­tion est der­rière les bar­reaux ou en exil à l’étranger.

“Je n’arrive tou­jours pas à y croire, mais si c’est vrai, c’est une tra­gé­die per­son­nelle pour moi et pour beau­coup de gens que je connais”, explique à l’AFP Arthur, étu­diant de 27 ans. Pour lui comme pour de nom­breux autres de sa géné­ra­tion, “Navalny repré­sen­tait une cer­taine image de chan­ge­ments posi­tifs à l’avenir, de réformes futures qui peuvent nous ame­ner à de meilleures condi­tions que celles que nous avons”. Arthur se dit même en “colère” et res­sen­tir le “désir de partir”.

La Russie a connu un exode dif­fi­cile à chif­frer depuis le début de l’assaut en Ukraine et la mobi­li­sa­tion mili­taire par­tielle décré­tée en sep­tembre 2022 par Vladimir Poutine. Il s’agit sou­vent de jeunes gens édu­qués et habi­tant les grandes villes : le public de Navalny. “On ne croit plus à la pos­si­bi­li­té de chan­ge­ments pour le mieux”, se désole Arthur.

Partager