miley
Pochette du nouvel album de Miley Cyrus, "Endless Summer Vacation".

De "We Can't Stop" à "Flowers", la révo­lu­tion fémi­niste de Miley Cyrus

Depuis la fin de ses années Disney, Miley Cyrus fait preuve d'une liberté sans nom, flirtant depuis quelque temps avec un féminisme assumé, à l'image de son dernier titre Flowers, issu de son huitième album studio Endless Summer Vacation sorti ce vendredi.

En 2008, Miley Cyrus, alors âgée de 14 ans, faisait rêver les adolescent·es du monde entier sous la perruque blonde de Hannah Montana, une série made in Disney. Dans un épisode de la saison 2 baptisé Quand la musique est bonne, son alter-ego rencontrait son idole Isis, une célèbre chanteuse, pastiche amusant de Madonna. Pour rester à la page, Isis naviguait avec aisance entre les genres musicaux à chaque nouveau disque, adoptant au passage un look différent, toujours à la pointe.

Quinze ans après, en 2023, force est de constater que la réalité a rattrapé la fiction. Alors que son huitième album studio Endless Summer Vacation sort ce vendredi, la native du Tennessee semble avoir eu mille vies, se réinventant sans cesse, passant de la country à la pop, puis du R'n'B au rock, sans que cela ne paraisse jamais forcé. Sûrement parce que la popstar, après l'arrêt de sa série sur Disney Channel en 2011, a pris les rênes de sa carrière comme aucun·e autre enfant star avant elle. Devenant, à 30 ans, une icône libre et féministe pour les plus jeunes générations.

Révolution et réappropriation

En 2013, avec le disque Bangerz, Miley Cyrus opère l'habituel virage à 180 degrés pour entrer dans la cour des grand·es, rasant au passage sa longue chevelure brune. Mais elle agit aussi avec une liberté assez folle, contrairement à une Britney Spears, également issue de la firme aux grandes oreilles et qui a vécu la trajectoire inverse, passant treize ans de sa vie sous tutelle. La chanteuse promène ainsi son impertinence, la langue toujours tirée, sur tous les plateaux télé et dans tous ses clips. Son corps, qui ne lui appartenait pas pendant l'ère Disney, devient son principal outil pour buzzer et avancer.

Quand elle se déhanche en body blanc moulant dans le clip de We Can't Stop, se met nue sur une boule de démolition dans celui de Wrecking Ball, ou simule une partie de masturbation dans celui d'Adore You, la popstar tombe évidemment dans les travers de l'hypersexualisation féminine dans la pop, mais affiche en même temps son majeur à la figure de tous les pontes de l'industrie qui l'ont bridée plus jeune. Surtout, montrer à l'écran le plaisir féminin est un pas en avant dans les représentations des femmes, en particulier sur la frileuse plateforme de vidéos YouTube. Dix ans après Madonna -on y revient - qui se masturbait sur scène dans les années 90, la chanteuse s'inscrit malicieusement dans les pas de la reine de la pop.

Saturer l'espace public avec son corps est d'ailleurs, plus qu'un acte de révolte, une stratégie de réappropriation que l'auteur français Nicolas Mathieu trouve brillante. Dans un long post Instagram qu'il a récemment écrit et dédié à la star américaine, il souligne ainsi à quel point le fait d'avoir « tant montré son cul » lui permet aujourd'hui d'exister librement : « Ils ne peuvent plus rien te faire. Ton impudeur a renversé le stigmate. Puisqu'on allait tout te prendre, te dérober ton reflet jusqu'à l'anéantissement, tu as tout exhibé, ad nauseam, jusqu'à l'annulation de la nudité. Tu as fait de ton obscénité continuelle un rempart. Tu as dilapidé toutes les images, qu'il n'y ait plus rien à voler. » Avant de poursuivre, avec une pointe d'humour : « Star à 13 ans, richissime à 15, petite fiancée de l'Amérique devenue punkette hillbilly, jambes écartées, à poil, en legging, en string, sur des talons, sur une boule de démolition ou pissant dans le caniveau, tu leur as tout fait. »

Après ce tour de force médiatique, Miley Cyrus est si libre qu'elle peut, à l'été 2015, publier gratuitement un album de 23 titres, Miley Cyrus & Her Dead Petz, totalement psychédélique, écrit sous l'influence de la marijuana et dont la durée dépasse les 1h20. Un disque qu'elle défendra avec passion sur la scène de la mythique émission américaine Saturday Night Live, créant un nouveau moment de télé. Assise derrière son piano, la chanteuse, affublée de multiples guirlandes lumineuses, rend hommage à ses animaux morts, dont les portraits reposent sur l'instrument de musique.

Maturité et féminisme assumé

À partir de 2016, la jeune femme lève le pied de l'accélérateur de buzz et enchaîne avec trois projets aux antipodes, mais qui irradient de maturité et d'un féminisme enfin assumé. Sur Younger Now (2017), Miley Cyrus renoue avec ses racines country et fait la paix avec son passé d'enfant star. En live, elle se remet même à interpréter des classiques de l'époque Disney, comme les morceaux The Climb et Party In The U.S.A., dans des versions modernisées. Une autre manière de se réapproprier son passé, selon ses envies. Sur l'EP SHE IS COMING (2019), l'artiste affirme être « une sorcière », reprenant à son compte cette figure réhabilitée par les féministes au même moment, et jouir d'un pouvoir sans pareil. « Ne touche pas à ma liberté/Je suis méchante et malfaisante/Ça doit venir de l'eau que je bois/Ou parce que je suis bien la fille de ma mère », chante-t-elle ainsi sur le titre Mother's Daughter.

Le disque et l'EP ne sont pas des succès commerciaux, mais cela lui permet d'arriver à l'album Plastic Hearts (2020), qui achève de montrer que Miley Cyrus est une chanteuse insaisissable et accomplie. Ultra rock, il est porté par des reprises des classiques du genre de Heart of Glass de Blondie à Nothing Else Matters de Metallica, en passant par Just Breathe de Pearl Jam. Celles et ceux qui se moquaient de la jeune femme, lorsqu'elle était nue sur sa boule de démolition, se rendent enfin compte de sa voix sans pareille, et de sa technique vocale imparable. « Devenir fan de Miley à 62 ans... Je sais reconnaître le talent quand je l'entends, et elle en a. Elle fait preuve d'une authenticité inexistante depuis dix ans et que l'on ne retrouvera pas de sitôt », écrit sur YouTube un internaute enthousiaste sous sa reprise de Communication des Cardigans.

Là encore, c'est Nicolas Mathieu qui en parle le mieux : « Tout le strass, le pognon, les producteurs ne feront rien au miracle de tes tripes. Ce rauque en toi qui dit les filles-mères, les nuits de bourbon, le trop de clopes et le pas d'amour, la ville chienne et les pick-ups abandonnés, ce cri du ventre qui s'éraille dans ta gorge et n'est jamais plus vrai que lorsque que tu reprends la chanson d'un autre. Tard je t'écoute, qui supplies une rivale de ne pas te prendre ton mec, qui chantes un cœur de glace ou should have been me, et derrière tes facéties de white trash glam, ton cinoche hyperbolique et ta démarche de grande sauterelle mal articulée, je sais que tu existes. Qu'il y a une forge dedans. Qu'elle est comme ces usines de Detroit qui brûlèrent cent ans. Je sais que le volume ne ment pas, que tu as mal, comme nous tous, et comme moi. »

Comme tant d'autres enfants stars, Miley Cyrus aurait pu faire son mea culpa après sa période révolutionnaire, retrouver les producteur·trices pop de ses débuts et enchaîner les disques commerciaux. Mais elle a pris la tangente de façon durable, affirmant au contraire son pouvoir acquis au fil des années et laissant libre cours à sa passion pour la musique. La jeune femme fait ce qu'elle veut quand elle veut, en dehors des diktats de l'industrie de la musique et selon son tempo. Flowers (« Fleurs », en français), le premier single issu de son nouvel album, le confirme. Publiée le jour de l'anniversaire de son ex-mari Liam Hemsworth, la chanson voit l'artiste assumer son célibat : « Je peux m'acheter des fleurs/Écrire mon nom dans le sable/Parler à moi-même pendant des heures/Dire des choses que tu ne peux pas comprendre/Je peux aller danser seule/Je peux me tenir la main/Oh oui, je peux m'aimer bien mieux que tu le peux ! » Un cri du cœur qui lui offre la première place du top des chansons aux États-Unis depuis six semaines, et lui permet de battre de nombreux records sur les plateformes de streaming. Avec Endless Summer Vacation, Miley Cyrus montre que sous les pétales de la frêle fleur qu'elle incarnait à ses débuts se trouve une tige sertie d'épines.

Vous êtes arrivé.e à la fin de la page, c’est que Causette vous passionne !

Aidez nous à accompagner les combats qui vous animent, en faisant un don pour que nous continuions une presse libre et indépendante.

Faites un don
Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés
DRAG RACE SAISON 2 S02 1

« Il n'y a rien de plus fort que le diver­tis­se­ment pour ouvrir des débats et faire bou­ger les lignes » : Nicky Doll se confie à la veille du retour de "Drag Race France"

À la veille de la diffusion du premier épisode de la saison 2 de Drag Race France, la compétition de drag-queens haute en couleur, Causette a recueilli les confidences de l'iconique présentatrice Nicky Doll sur le succès surprise du show, ses...

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.