France Inter, TMC, « Le Monde » : une ren­trée (s)explosive pour Maïa Mazaurette

Elle est LA journaliste spécialisée dans les questions de sexualité que les médias s’arrachent. Maïa Mazaurette fait sa rentrée sur les chapeaux de roue. Une chronique en forme de courrier du cœur intitulée Le Burne Out dans La Bande originale de Nagui, sur France inter le mardi 25 août. Un retour en force dans l’émission Quotidien sur TMC le 31 août. Entre deux rendez-vous et quelques bouchées de sandwich, celle qui est également autrice, peintre et surtout militante féministe accorde sa première interview à Causette. Danse de joie...

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© Capture écran Franceinter.fr

Causette : Comment s’est passée cette première émission sur France Inter ?
Maïa Mazaurette :
Super bien ! Je me suis vraiment marrée. Je dois reconnaître qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le privilège absolu d’être payé pour rigoler un bon coup pendant une heure et demie. C’est vraiment le job de rêve. Et en plus, tout le monde est sympa.

Vous écrivez sur votre compte Twitter que votre défi numéro 1 était de rendre Nagui plus rouge que le code couleur de France Inter. Alors, mission accomplie ?
M.M. : Nagui a dû aller aux Baléares ou je ne sais où, il est tellement bronzé que s’il rougissait ça se verrait à peine. Dommage.

Pourquoi avez-vous choisi, pour cette première chronique, le courrier de Jean-Patrick qui dit avoir un « sexe énorme »  ?
M. M. : On est obligé d’en passer par là. Car, dans le courrier du cœur, à un moment donné, la question de la taille du pénis va se poser et parce que, quelque part, c’est la question que les hommes se posent le plus souvent. Je voulais donc expédier le sujet et partir du cas de Jean-Patrick pour rappeler que la taille moyenne d’un pénis en érection est de 13,12 cm, soit exactement deux tickets de métro mis bout à bout. La profondeur moyenne d’un vagin, elle, tourne autour de 10 à 12 cm. Une fois qu’on a dit ça, on peut passer à autre chose. La première chronique est de ce fait sacrifiée pour pouvoir avancer sereinement.

Comment vous est venue l’idée de cette chronique ?
M. M. : J’ai un bêtisier de courriers depuis des années. Sur mon Facebook personnel, je publie uniquement pour mes amis les perles que je reçois sur Instagram, Twitter et Facebook. Cela les amuse beaucoup, à tel point qu’ils m’ont encouragée à en parler. Et en même temps, on n’a pas le droit de donner de nom, au titre du droit à la correspondance privée. J’ai donc modifié suffisamment les messages afin de pouvoir les utiliser dans ma chronique. Jean-Patrick n’est donc pas le prénom de la personne qui m’a écrit. Mais le contenu correspond exactement aux messages que je reçois très souvent. Évidemment, les courriers farfelus qui me parviennent, et parfois c’est vraiment délirant, disent quelque chose de la sexualité d’aujourd’hui et même de la société d’aujourd’hui.

Comment gérez-vous ces courriers ?
M. M. : Je ne réponds pas à tout le monde, mais parfois, il y a urgence à réagir pour éviter le pire, comme ces mecs qui sont prêts à passer à l’acte sur des choses très problématiques. Pour le reste, il s’agit, dans la plupart des cas, de problèmes d’érection pour les hommes, de vaginisme pour les femmes, etc. Je trouve intéressant que ces personnes se tournent vers quelqu’un comme moi, alors que je ne suis pas qualifiée pour répondre à ces questions. Est-ce que, quelque part, il est plus facile de parler à une nana qu’on a vue à la télé ou dont on a lu un article que de parler à son médecin de famille ? Comment expliquer qu’en 2020, alors que tout le monde parle de la libération de la parole et du fait qu’Internet a permis de s’exprimer sur la sexualité de manière incroyablement libre, les gens en parlent si peu à leurs ami·es ou leurs conjoint·es, premières personnes concernées ? Cela m’interpelle et j’ai vraiment l’impression qu’on reste la dernière branche à laquelle les gens peuvent se raccrocher, quitte à les réorienter par la suite vers un psychologue.

Qui a fait le premier pas, France Inter ou vous ?
M. M. : Moi. Pendant le confinement, j’étais à New York, où la vie s’est arrêtée comme partout ailleurs. J’ai été prise de frénésie pour rentabiliser cette période. À l’instar d’un grand nombre de personnes qui se sont mises à la couture, au pain fait maison ou encore au jardinage, je me suis lancée dans le podcast. Je me suis enregistrée, j’ai ajouté un faux jingle et j’ai envoyé les trois épisodes de test – dont celui sur Jean-Patrick – à France Inter et Europe 1, pour être complètement franche. J’ai attendu que les grilles de programmes soient fixées et j’ai été recontactée par France Inter.

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Vous voilà chroniqueuse pour France Inter, TMC, Le Monde. Comment interprétez-vous le fait que des grands médias fassent appel à vous ? Est-ce un bon signe pour la place du combat féministe dans la société ?
M. M. : Ah ben oui ! Je me dis que je n’ai pas fait des choix complètement absurdes. Lorsque j’ai commencé comme journaliste féministe, il y a quasiment vingt ans, tout ce qui était lié à la sexualité n’était pas perçu comme un sujet légitime. Il relevait, selon ses détracteurs de l’époque, de l’ordre du militantisme, sans rapport avec l’actualité. Aujourd’hui, cette thématique ainsi que les questions féministes telles que le corps s’inscrivent absolument dans l’actualité de tous les jours. On l’a vu par exemple avec le Festival international du film de Berlin, qui met fin au distinguo « meilleur interprète masculin » et « meilleur interprète féminin » en créant un prix non genré (l’ours de la meilleure interprétation). Ou avec cette histoire de topless sur la plage de Sainte-Marie-la-Mer (Pyrénées-Orientales). Ces sujets étaient déjà dans l’actualité il y a vingt ans, et même deux cents ans, mais à l’époque, impossible d’en parler. Quel chemin parcouru ! Et dire que si le féminisme n’était jamais revenu à la mode, j’aurais sans doute été une paria toute ma vie : jeune militante, les autres nanas se foutaient de ma gueule et à l’école de journalisme, ce n’était pas mieux. J’ai mérité d’être là, car j’ai morflé avant. J’apprécie qu’on me laisse carte blanche dans mes chroniques. C’est assez luxueux comme situation pour une journaliste. Être chroniqueuse permet de développer un regard différent sur l’actualité et encourage à explorer mes bizarreries, mes passions, mes trucs de travers. Mais il est plus aisé d’avoir ce regard un peu malicieux, un peu décalé sur la société dans la mesure où l’on ne vit pas dedans. Pour moi qui me réinstalle à Paris après quatorze ans, il va falloir que je fasse très attention à préserver cela.

Madame la « sexperte », il paraît que vous parlez de sexe mais pas de cul. Quelle différence entre les deux ?
M. M. : Il s’agit d’une coquetterie de ma part, car je suis une pauvre petite chose qui n’aime pas les gros mots. Or, souvent, le sexe a été traité de manière graveleuse, comme si, en utilisant des mots vulgaires pour véhiculer des idées passéistes, on était hyper révolutionnaire. Il faudrait l’inverse : des mots passéistes pour des idées révolutionnaires. La question du langage en sexualité s’avère donc importante, car il semble qu’on doive choisir entre la posture du psy, du doc ou du sexologue qui emploient des mots compliqués, voire incompréhensibles, qui rendent ce langage impressionnant et l’éloignent des gens ou, à l’inverse, le vocabulaire grossier, artificiellement proche du peuple. Pourtant, entre les deux, il existe tout un panel de mots qui permet de banaliser le sexe et pour banaliser, il faut pouvoir dire « pénis », mais pas « bite », et pas forcément « phallus » ou « verge ».

Vous avez toujours voulu parler de sexe et en faire votre spécialité ?
M. M. : Le sujet m’a toujours intéressée, parce que je le trouvais passionnant. Mais il a été très mal traité dans la presse, avec cette espèce de culte du témoignage et de l’avis du psy systématique. Ce qui donnait dans la presse pour jeunes filles de l’époque : « Machine a eu une aventure », « Machine a testé une boîte pour échangistes ». On s’en fout un peu de ce que telle personne a fait à tel moment et à tel endroit, en tout cas moi, je m’en fiche. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis obsédée par les chiffres et les grandes enquêtes statistiques, qui donnent plus de place au fond : ce que le témoignage a vraiment du mal à réaliser. En outre, pendant très longtemps, le sexe a juste servi à vendre du papier, et encore ! Dans la presse féminine, j’ai même constaté qu’on inventait les témoignages ! Non seulement le sexe n’était traité que sous l’angle des témoignages, mais en plus ceux-ci n’étaient pas vrais ! Voilà comment on arrive à une sexualité inspirationnelle qui ne ressemble à personne. Pour moi, la sexualité des couples hétéros de 50 ans qui ont 2,1 enfants et qui n’arrivent même pas à tenir le missionnaire du samedi soir, c’est tout aussi intéressant que quelqu’un qui part s’éclater à des orgies BDSM* en Thaïlande.

“On parle de météo tous les jours, on devrait également pouvoir parler de corps, de sexualité, tous les jours”

Dans l’émission Quotidien, animée par Yann Barthès sur TMC, quel format proposez-vous ?
M. M. : Un format plus large. Le vendredi, je garde une formule un peu longue sur la sexo pure et dure. Lors des quelques émissions auxquelles j’ai participé avant l’été, j’ai pu traiter la question du viol conjugal. Quelle opportunité de pouvoir dire, à une heure de grande écoute à la télé, à des jeunes qui commencent leur vie sexuelle que ce n’est pas parce que tu aimes ton petit ami, que tu vis avec lui, qu’il ne peut pas te violer. Les mardis, mercredis et jeudis, je propose une chronique plus courte d’une durée de trois à quatre minutes sur l’actualité du corps en général. L’idée est donc de rappeler la diversité des corps : les gros, les grands, les noirs, les queers, les trans, les personnes handicapées, etc. J’espère faire de ces quatre rendez-vous hebdomadaires un outil pédagogique. Une fois que tu as appris à vivre dans ton corps, tu développes des stratégies d’adaptation. Mais pour un jeune, dont le corps se transforme et qui est en train de réaliser ce qui lui tombe sur la figure, il importe de lui offrir un espace dédié. Quelle joie de pouvoir porter cela tous les jours, et pas de manière exceptionnelle. On parle de météo tous les jours, on devrait également pouvoir parler de corps, de sexualité, tous les jours.

Vous parlez de pédagogie. Finalement, parmi vos objectifs figure aussi la mission d’encourager à sortir des schémas traditionnels pour créer une nouvelle sexualité, comme vous l’exprimez dans votre conférence Ted ?
M. M. :
Parmi mes objectifs, il y a bien sûr dédramatiser la sexualité et me marrer aussi. Mais je suis une militante jusqu’à l’os. C’est vraiment la chose qui me nourrit le plus au monde. J’ai un programme, des choses à faire advenir. Je suis un lobby, absolument ! Et j’ai envie de militer d’une manière qui me ressemble. Or, je suis quelqu’un de très optimiste. Je pense qu’on peut sortir des ornières dans lesquelles on se trouve depuis des millénaires. Ce qui manque, en ce moment, c’est des solutions, voire des utopies. Peut-être que je suis une douce rêveuse, mais je pense qu’on peut tellement faire mieux. Si j’arrive à réaliser ça tous les jours, ce serait super.

Et Maïa, elle est épanouie dans sa sexualité ?
M. M. : Oui [éclat de rire] ! Et Maïa est hétéro, déjà. Ce qui est un peu bizarre à dire parce que je ne crois pas du tout en cette catégorie-là. Mais en fait, l’hétérosexualité a tellement mauvaise presse en ce moment que j’ai envie de la garder, comme un vieux doudou qui ne sent pas très bon qu’il aurait fallu laver, mais dont on ne veut pas se débarrasser. J’essaie par conséquent, à travers mes articles du Monde notamment, de changer ce que signifie être hétérosexuel. En effet, ce n’est tellement pas séduisant, en particulier pour les femmes, que beaucoup capitulent en se disant « avec les mecs on n’y arrivera jamais », « ils sont trop chiants », « trop bornés », « on ne peut pas les faire changer, et en plus, avec eux, le sexe c'est pourri ». J’essaie de réinventer une hétérosexualité, en mes termes à moi, et ça, c’est très intéressant. Alors, effectivement, cela m’oblige à pratiquer dans ma vie privée ce dont je parle. Mais justement, si je suis utopiste, c’est peut-être aussi parce que ma vie privée me permet de l’être. Je sais que c’est possible.

* BDSM pour « bondage, discipline, domination, soumission, sado-masochisme ».

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