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Revenge porn : aler­ter les vic­times, est-​ce les culpabiliser ?

« Envoyer un nude, c’est accepter de prendre le risque de voir cette photo partagée. » En tweetant ce message, début mars, la police nationale entendait promouvoir sa campagne de communication contre la divulgation de photos ou de vidéos intimes, en particulier chez les jeunes. Mais la formulation de la mise en garde a lancé un débat sur la manière de sensibiliser à cette question. Plusieurs militantes féministes ont souligné que la tournure pouvait induire une culpabilisation des victimes. De quoi se demander comment éduquer aux risques du « revenge porn ».

<br>Ynaée Benaben

<br><em>Cofondatrice de l’association<br> En avant toute(s)</em>

<br>« L’envoi de nudes est une pratique très répandue chez les jeunes. Pour beaucoup, ce partage de photos intimes est un mode d’expression courant dans le cadre d’une relation ou lors de la phase de drague. Garçons et filles le pratiquent à égalité, mais le danger n’est pas le même pour ces dernières. Ce sont les femmes qui courent le plus de risques si ces photos sont diffusées sans leur consentement : celui de l’insulte, se faire traiter de “traînée”, ou celui de l’exclusion sociale. Il y a encore énormément de préjugés, y compris chez les jeunes, autour de la responsabilité en cas de diffusion. La semaine dernière, on a eu une discussion sur ce thème avec des ados de 12 à 15 ans qui nous ont tous dit, filles comme garçons : <em>“Si tu fais confiance à quelqu’un qui n’est pas digne de confiance, c’est ton problème.” </em>Considérer que le responsable, c’est celui qui a fait confiance et pas celui qui a trahi cette confiance, c’est quand même incroyable <br>Plutôt que de rabâcher aux filles de ne pas le faire, il vaut mieux sanctionner plus sévèrement ceux qui publient ces images. Dans la grande majorité des cas, ce sont des garçons et ils sont rarement inquiétés par la justice ou au sein de leur établissement scolaire. Or c’est à eux qu’il faut s’adresser pour que les choses évoluent. »

<br>Michel Lavaud

<br><em>Chef du service d’information et communication de la police nationale</em>

<br>« Nous avons vite compris une maladresse de notre part devant la mauvaise interprétation de notre message et avons retiré notre publication. Notre intention n’était évidemment pas de culpabiliser les victimes ni de sous-entendre qu’elles étaient responsables de leur situation, mais de les mettre en garde. Avertir une victime permet de lui donner les clés pour anticiper une situation à risque. Il s’agissait du premier volet d’une campagne de sensibilisation à la problématique du <em>revenge porn. </em>Il nous semblait logique de commencer par les victimes. La seconde partie de la campagne devait s’adresser à ceux qui diffusent des images sans le consentement de la personne, pour leur rappeler qu’il s’agit d’un délit passible de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros d’amende. La police est dans son rôle quand elle délivre des messages de prévention et de répression et nous devons continuer à nous adresser à tout le monde. Nous poursuivrons la publication des campagnes de prévention axées sur la mise en garde, tout en réfléchissant à de nouvelles approches pour continuer à alerter les jeunes sur ce phénomène. »

<br>Caroline De Haas

<em>Militante féministe*<br>du collectif #NousToutes</em>

<br>« Ce genre de campagne donne le sentiment que si les femmes s’étaient comportées autrement, elles ne seraient pas victimes. Or c’est faux. Le <em>revenge porn</em> est lié au comportement de la personne qui est violente. Avec cette communication, la police nationale participe de fait à la stratégie des personnes violentes. À savoir, dire “elle n’avait qu’à pas se prendre en photo”. Cela relève du mécanisme d’inversion de la culpabilité, qui alimente les mécanismes de violence en faisant peser la responsabilité sur les victimes. En plus, ce n’est pas efficace. <br>Quand les premières campagnes de sécurité routière disaient aux piétons de faire attention, ça n’a pas marché. Ensuite, elles ont visé les gens qui roulaient n’importe comment. Ça n’a pas marché. Ce qui a marché, c’est de s’adresser à l’entourage, en disant “si votre cousin veut prendre la route en ayant bu, dissuadez-le”, pour faire monter la pression sociale sur les gens qui roulent n’importe comment. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Envoyer des messages de dévalorisation sociale envers les personnes violentes, via l’entourage. Dire par exemple “si vous avez un pote qui diffuse des <em>nudes,</em> voilà ce que vous pouvez faire”. »

<br>Daniel Jasmin

<em>Cocréateur de la plateforme éducative L’École des réseaux sociaux</em><br><br>

« Notre conviction, c’est que pour éviter que des enfants subissent ou soient acteurs de ces situations, il faut établir un dialogue dès le plus jeune âge, avec les garçons autant qu’avec les filles. Dans ces cas de figure, les enfants sont pris dans des engrenages. Ils s’exposent plus que ce qu’ils l’auraient voulu, puis sont piégés dans un système de honte. Il est important d’expliquer la notion de “cercles de confiance”. Et ce, autant du côté de celui qui expose une info que de celui qui s’expose en la partageant. <br>Les statistiques montrent que ce sont plutôt les filles qui sont victimes de ce fléau. Il faut donc apprendre aux garçons à respecter le corps et l’intimité des personnes, et permettre aux filles d’avoir une compréhension fine du risque auquel elles peuvent être exposées dans ce type d’échange. <br>Le but n’est pas d’avoir un discours culpabilisant ou de parler précisément de <em>revenge porn</em> dès la primaire. Mais on peut l’aborder sous un angle sociétal. Si l’enfant est éclairé sur le sujet, il sera en capacité de réagir vite lorsqu’il sentira un problème arriver. »

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