« L’Essence des sou­ve­nirs » : un docu­men­taire Arte sur Abdulkader, un par­fu­meur syrien exi­lé en France

Dans ce por­trait docu­men­taire, la réa­li­sa­trice Mélanie Gouby retrace le des­tin aty­pique d'Abdulkader, un réfu­gié syrien arri­vé en France avec un rêve en tête : deve­nir par­fu­meur. Plongée dans son épo­pée sen­so­rielle, depuis Alep jusque sur les bancs d’une pres­ti­gieuse école de par­fu­me­rie versaillaise. 

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« Pour moi, l’odeur, c’est une iden­ti­té. » Ainsi débute Abdulkader Fattouh, Syrien réfu­gié en France, dans ce court-​métrage dédié à son par­cours hors du com­mun : un exi­lé à la pour­suite de son rêve, celui d’intégrer la pro­fes­sion d’élite de par­fu­meur. L’Essence des Souvenirs – Itinéraire d’un appren­ti par­fu­meur, réa­li­sé par la jour­na­liste Mélanie Gouby, dresse le por­trait intime d’un jeune homme atta­chant et cou­ra­geux, dont l’histoire olfac­tive s'étant d'Alep à Versailles. 

Ce film, enri­chi de séquences ani­mées, dépeint des bribes du vécu d'Abdulkader. Sa voca­tion remonte à loin, puisqu’il découvre le pou­voir évo­ca­teur des par­fums dans la par­fu­me­rie de son grand-​père, au cœur d’Alep. Là-​bas, il décide de deve­nir nez. Cependant, la guerre éclate en 2011, et le jeune étu­diant refuse de prendre les armes après ses études à Alep. « J’ai sen­ti des odeurs que je n'avais jamais connues avant la guerre : l’effluve âcre de la poudre de canon, l’odeur de la fumée ». Commence alors son périple périlleux pour rejoindre l'Europe. Passant d’abord par la Turquie en février 2014 où il y res­te­ra un an, il finit par gagner le conti­nent euro­péen à bord d’un canot pneu­ma­tique de for­tune, arra­ché à sa terre d’origine. « Je me rap­pelle de l’odeur du caou­tchouc du bateau, des effluves de la mer. Sur ce canot, j’ai eu peur de vivre les der­niers jours de ma vie », souffle-​t-​il dans le docu­men­taire. Il atteint la France et dort d'abord dans la rue pen­dant plu­sieurs mois. Grâce au sou­tien sans faille d’associations et de sa famille d’accueil, il obtient l’asile en 2016, apprend la langue, et intègre fina­le­ment L'ISIPCA, la célèbre école de par­fu­me­rie à Versailles. 

L’odeur de la rose

Tout au long de ce court-​métrage, l’on suit Abdulkader au sein de son école, dans un uni­vers débor­dant de fla­cons, d’éprouvettes, de ban­de­lettes de tests, de sen­teurs frui­tées, poi­vrées, pou­drées, fleu­ries, et d’autres qua­li­fi­ca­tifs que seul le cercle très res­treint d’apprenti·es nez pour­raient connaître. Il tente d’élaborer une nou­velle créa­tion sym­bo­lique : un par­fum à la rose. La rose, pour l’étudiant, est la fra­grance impré­gnée de ses terres natales aux­quelles il demeure enra­ci­né, puisqu’il contacte régu­liè­re­ment sa famille res­tée en Syrie. « Chez moi, l’odeur de la rose de Damas est par­tout, por­tée par tout le monde, sans dis­tinc­tion de sexe. On les trans­forme aus­si en confi­ture. » Ses sou­ve­nirs d’enfance lui per­mettent de convo­quer les douces sen­teurs de chez lui et de com­po­ser un par­fum qui lui res­semble, en y incor­po­rant les odeurs du che­min qui l’a mené jusqu’ici : des effluves de café à la car­da­mome, en hom­mage à la Syrie, une touche de fumée, pour repré­sen­ter la guerre, et une pin­cette d'arôme de lou­koum, pour rap­pe­ler son pas­sage en Turquie. 

Si le film affiche des séquences admi­rables, tant dans la jus­tesse du mélange entre l’animation et les prises de vue réelles, que dans la sin­cé­ri­té de l’image, le spectateur·rice reste un peu sur sa faim. Peu de place est lais­sée à son entou­rage, à sa famille d’accueil, alors qu'ils pour­raient appor­ter des pré­ci­sions, notam­ment tem­po­relles, néces­saires à la com­pré­hen­sion de cette his­toire. Certaines facettes de la vie d'Abdulkader sont sur­vo­lées (sa rela­tion avec sa famille d’accueil, son quo­ti­dien actuel, ses rela­tions ami­cales…), peut-​être pour lais­ser au spectateur·rice le soin de com­bler lui-​même ces absences ? L’on ne peut s’empêcher de res­sen­tir une touche de frus­tra­tion à l’issue du docu­men­taire, sans connaître ni les pers­pec­tives d’avenir du jeune homme dans l’industrie du par­fum, ni l'achèvement du par­fum à la rose qu’il fabrique depuis le début. 

L'Essence des Souvenirs, un docu­men­taire de Mélanie Gouby, dis­po­nible sur Arte à par­tir du 19 juillet 2022 (durée : 28 minutes) 

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