La sélec­tion de décembre 2019

La beuh pour le cou­sin, c’est pas per­mis ; le billet pour un live de Prince pour le ton­ton, c’est mort… Mais Causette, bonne fille, vous a déni­ché LE cadeau qui fera mouche à Noël et cloue­ra le bec de toute la famille. Et toc ! 

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Violet Chachki, man­ne­quin et drag queen amé­ri­caine. © A. Sanchez

Pour le filleul fan de Conchita Wurst

Dès la cou­ver­ture – un hom­mage glam à Marlene Dietrich per­for­mé par Miss Fame, ex-​candidate de l’émission de télé-​réalité amé­ri­caine RuPaul’s Drag Race –, ce bel ouvrage dit beau­coup de l’ascension du mou­ve­ment drag queen. Sorties des bals under­ground du New York ambiance 1980, ses icônes modernes, encou­ra­gées par des figures comme Warhol, Cocteau (oui) ou Mylène Farmer, font dans la sur­en­chère arty. À en créer une quasi-​contre-​culture. Saviez-​vous que les drag kings se radi­ca­li­saient depuis l’élection de Trump ? Qu’un pays entier a pris une drag pour Marilyn ? Que l’amoureux·se de l’écrivaine Colette, lointain·e parent·e de Bonaparte, rem­bour­rait ses chaus­sures pour pou­voir mettre des bottes mas­cu­lines et se fai­sait appe­ler « Oncle Max » ? Truffé d’anecdotes, le livre l’est aus­si de cli­chés à l’esthétique somp­tueuse – il est signé Simon Doonan, créa­teur de mode amé­ri­cain… Et tous les béné­fices des ventes iront à une asso de per­sonnes LGBT à la rue. Pailleté et soli­daire : dif­fi­cile de faire plus « Noël ». A. V. 

DRAG. La folle his­toire illus­trée des vraies queens, de Simon Doonan. Éd. Cernunnos, 240 pages, 26,95 euros.

Pour le ton­ton funky

« Il faut qu’on trouve un mot, a‑t-​il repris, pour expli­quer ce qu’est le funk. » « Il », c’est Prince. Ce mot, cette obses­sion, a don­né ce livre. Inachevé, ouvert à l’éternité. En jan­vier 2016, peu de mois avant sa mort, il avait déci­dé de racon­ter sa vie… à sa manière. Pour ça, il avait recru­té Dan Piepenbring, 29 ans, rédac­teur à The Paris Review. Car Prince vou­lait que « [son] pre­mier livre soit encore meilleur que [son] pre­mier album ». Les deux hommes se sont peu vus, mais ont par­lé pro­fon­dé­ment. Composés et édi­tés par le jour­na­liste, ces Mémoires inache­vés accordent – plus encore qu’ils n’assemblent – des pro­pos, sou­ve­nirs, idées, visions et réflexions inédites de l’artiste sur sa mère (dont il n’avait jamais par­lé), le racisme, le funk et l’industrie du disque contre laquelle il fer­raillait. Avec des pho­tos per­son­nelles rares. Une sor­tie mon­diale pour un docu­ment incroyable. H. A.

The Beautiful Ones Mémoires inache­vés, de Prince et Dan Piepenbring, tra­duit de l’anglais (États-​Unis) par Odile Demange et Jean-​Philippe Guérand. Éd. Robert Laffont, 296 pages, 27 euros.

Pour la mamy badass

Elle a défen­du la cause des femmes, fus­ti­gé le mariage, lan­cé la mode des tenues ves­ti­men­taires mas­cu­lines, vécu plei­ne­ment sa vie amou­reuse, bous­cu­lé les conven­tions sociales, pécho Alfred de Musset, pris un pseu­do d’hommes et, sur­tout, écrit plus de soixante-​dix romans. Ça méri­tait bien une Pléiade quand même ! Deux cof­frets qui réunissent quinze de ses ouvrages. Des plus connus, comme son trip­tyque cham­pêtre La Mare au diable, La Petite Fadette, François le Champi, ou Indiana, immense suc­cès à sa sor­tie et pre­mier qu’elle signât de son nom de plume, en pas­sant par le plus méta­phy­sique et fémi­niste Lélia, qui fit scan­dale en 1833 tant son héroïne, libre et sans attache, était en avance sur son temps. De quoi nous don­ner envie de le dévo­rer, non ? S. G.

George Sand. Romans, tome I, 1936 pages, 67 euros, et tome II, 1520 pages, 63 euros. Coffret 130 euros (prix de lan­ce­ment valable jusqu’au 31 mars 2020). Bibliothèque de la Pléiade NRF/​Gallimard.

Pour la petite sœur ado

Où Camille Emmanuelle, bien connue des lec­trices de Causette, inau­gure une col­lec­tion de romans éro­tiques pour adolescent·es, bap­ti­sée L’Ardeur. Et le défi est rele­vé avec brio ! À quelques jours de la ren­trée au lycée, Aurore, 16 ans, fait une chute à vélo et perd brus­que­ment le goût et l’odorat. Sur Internet, elle apprend que ça peut lui coû­ter une « baisse ou absence de libi­do ». Elle fait tout pour dis­si­mu­ler sa perte de sens. Au moment où, dans sa classe, le jeune Valentin s’intéresse à elle et veut l’initier aux plai­sirs éro­tiques. Pour se réadap­ter à son propre corps, Aurore va se mettre à la boxe. Reprendre le pou­voir sur elle-​même. Jouer autre­ment des sens qui lui res­tent. C’est à tra­vers cet appren­tis­sage sen­suel ori­gi­nal que le roman, écrit dans un style direct et joyeux, fait son effet. H. A.

Le Goût du bai­ser, de Camille Emmanuelle. Éd. Thierry Magnier, 288 pages, 14,90 euros.

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Los Angeles, Californie (1982), de Raymond Depardon. © R.Depardon

Pour le daron soixante-huitard

Journal de bord agré­men­té d’un sai­sis­sant port­fo­lio, cet ouvrage est une his­toire de la presse maga­zine, du ciné­ma et de la pho­to­gra­phie. LA 82, titre énig­ma­tique, retrace le voyage à Los Angeles (LA, donc) et à Hollywood entre­pris en janvier-
février 1982 par une par­tie de l’équipe des Cahiers du ciné­ma, men­suel alors très puis­sant en France. Jusqu’alors, une cer­taine idéo­lo­gie soixante-​huitarde avait entraî­né une mise à l’écart du jeune ciné­ma contre-​culturel né aux États-​Unis : Coppola, Cassavetes, Scorsese, Carpenter ou encore Lucas. D’où l’idée de ce dépla­ce­ment en équipe légère : Serge Toubiana (qui signe la pré­face), Olivier Assayas, qui n’était pas encore le cinéaste qu’il est aujourd’hui (dont on peut lire le car­net de bord), accom­pa­gnés du pho­to­graphe Raymond Depardon. À la décou­verte de cet Hollywood du ciné­ma indé. C’est cette ren­contre France-​Amérique que nous par­cou­rons ici. Passionnant. H. A.

LA 82, d’Olivier Assayas et Raymond Depardon. Éd. Seuil, 224 pages, 32 euros.

Pour le cou­sin por­té sur le bédo

Comme elle le pré­cise dans son pro­logue, la roman­cière et essayiste Cécile Guilbert a tes­té plu­sieurs drogues. C’est donc en ter­rain connu qu’elle a pas­sé des années à ras­sem­bler les écrits lit­té­raires essen­tiels sur la ques­tion : Charlotte Brontë, Thomas De Quincey, Eugène Sue, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Françoise Sagan, William Burroughs, Conan Doyle, Lewis Carroll, Henri Michaux et des tonnes d’autres. Dans un inven­taire qui épouse la clas­si­fi­ca­tion du chi­miste Louis Lewin (qui publiait en 1928 la pre­mière ency­clo­pé­die des drogues), allant des « Euphorica » (opium, mor­phine, héroïne) aux « Excitantia » (cocaïne, crack, amphets), le livre exhume les textes d’auteurs et d’autrices, fameux·ses ou de moindre renom­mée, qui ont écrit sur (ou sous) la drogue. Un par­cours qui « lit­té­ra­rise » aus­si les époques par­cou­rues : Angleterre vic­to­rienne, Années folles, guerres mon­diales, contre-​culture, hip­pies ; le bien, le mal, le gla­mour… H. A.

Écrits stu­pé­fiants. Drogues & Littérature, de Homère à Will Self, de Cécile Guilbert. Éd. Robert Laffont/​Coll. Bouquins, 1 440 pages, 32 euros.

Pour la “MAMMA” colettophile

Encore un livre sur Colette ! Oui, mais celui-​ci est indis­pen­sable, addic­tif pour colet­to­philes, essen­tiel pour celles et ceux qui ne la connaî­traient pas. Sulfureuse, sen­suelle, éprise de liber­té et douée d’une plume hors du com­mun, Colette aima éper­du­ment les hommes, les femmes et fol­le­ment les bêtes. Seins nus dans les salons bour­geois du début du siècle – elle y jouait des pan­to­mimes – ou pieds nus dans ses san­dales lorsque, deve­nue célèbre, elle rece­vait chez elle la reine des Belges, Colette n’en fini­ra jamais de bri­ser les inter­dits. Dans ces 7 Vies de Colette, Frédéric Maget a ras­sem­blé plus de 340 docu­ments, pho­tos, des­sins, auto­graphes, pour la plu­part inédits. Des témoi­gnages émou­vants du par­cours et des méta­mor­phoses de Colette, qui fut roman­cière, mime, comé­dienne, jour­na­liste, scé­na­riste, publi­ci­taire et même créa­trice de pro­duits de beau­té… un fias­co. Mais qu’importe car, disait-​elle : « Faites des bêtises, mais faites-​les avec enthou­siasme. » I. M.

Les 7 Vies de Colette, de Frédéric Maget. Éd. Flammarion, 232 pages, 29,90 euros.

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