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Une jeune femme se coupe les cheveux en signe de solidarité avec le mouvement de contestation en Iran © Capture d'écran d'une vidéo YouTube

Femmes ! Vie ! Liberté ! : nous assis­tons à une « révo­lu­tion fémi­niste » en Iran

Débuté en réaction à l'insupportable mort d'une femme, Mahsa Amini, en raison de son genre, l'immensément courageux mouvement de contestation se fait par et pour les femmes avant tout.

ÉDITO. Dans Azadi, roman qui raconte les désillusions d'une jeune femme qui participe aux manifestations de la jeunesse iranienne protestant contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, Saïdeh Pakravan écrivait : « Nous vivons dans une société où existent trop d'impossibilités. Comme tout le monde ici, nous ne disons pas ce que nous pensons et osons parfois à peine penser, de peur des conséquences, de représailles, de châtiment. Nous transposons dans notre vie privée les habitudes que nous avons prises dans notre vie publique. Je me sens étouffer de ne jamais pouvoir exprimer ce qui est dans mon cœur. Je suis oppressée par toutes ces années à toujours faire attention, à toujours essayer de sentir les limites de ce que je peux dire ou être. Nous nous comportons tous comme ça, ça fait partie de ce que nous sommes devenus. »

Ces mots écrits en 2015 résonnent en 2022 peut-être encore plus fort. Étouffées, oppressées par un régime qui a érigé le voile des femmes comme le sacro-saint symbole de son identité islamique, les Iraniennes se rebellent avec un courage qui laisse pantoise. Elles descendent dans la rue et s'opposent physiquement à la police des mœurs, cette même police qui a arrêté, le 13 septembre dernière, Mahsa Amini pour port du voile non conforme. Elles crient leur colère et leur désespoir face à la mort, dans des circonstances plus que troubles le 16 septembre, de cette jeune femme kurde de 22 ans. Elles arrachent leur voile en signe de solidarité et de deuil, le mettent au feu. Certaines même se coupent les cheveux face caméra, comme pour se débarrasser de cette féminité qui fait leur fardeau depuis leur naissance.

Au-delà de ces gestes d'une bravoure totale, c'est la structuration de ces manifestations, que l'on recense dans toutes les grandes villes du pays, qui est remarquable : le mouvement a été initié par des femmes et les hommes qui les ont rejointes pour réclamer le droit à la liberté « sont derrière elles », comme le rapportent nombre d'observateur·rices. Leur slogan commun, crié à la barbe des dignitaires et des forces de l'ordre de la république islamique ? « Femmes, vie, liberté ! »

Ce n'est pas anodin. Débuté en réaction à l'insupportable mort d'une femme en raison de son genre, le mouvement de contestation se fait par et pour les femmes avant tout. Débordant sur des problématiques économiques - plus 50% des Iranien·nes vivent sous le seuil de pauvreté - cette rébellion n'en maintient pas moins son cap initial, celui de dire non à une force politique armée, aveugle et arbitraire, dont les premières victimes sont des femmes. Les hommes qui se mettent dans le pas des manifestantes l'ont bien compris : pour que la liberté de tous advienne, il faudra commencer par celle des femmes. Farid Vahid, directeur de l’Observatoire du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès, n'y allait ce matin sur France Inter pas par quatre chemins : nous assistons selon lui à « une révolution féministe ».

Le moment est immense mais l'espoir si mince. À l'heure où nous écrivons ces lignes, l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, a recensé 31 mort·es parmi les manifestant·es. Les arrestations sont massives, les canaux de communication coupés. Le président iranien Ebrahim Raïssi, ce garant de la révolution islamique qui a dû bien rigoler lorsqu'Emmanuel Macron lui a touché deux mots des droits des femmes au cœur d'un échange sur le nucléaire iranien lors d'une entrevue à New York le 20 septembre, ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Comment tenir face à une telle répression ? Au prix de leurs vies, les manifestant·es ne se posent même plus la question.

Lire aussi l Iran : le décès de la jeune Mahsa Amini suscite la colère des étudiant·es et des femmes du pays

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