fbpx
191203 CAUSETTE  100
Vue d’avion sur les plaines enneigées de la plus grande réserve naturelle des États-Unis en direction d’Arctic Village, bourg majoritairement peuplé par la tribu amérindienne des Gwich’in. © Ash Adams pour Causette

En Alaska, Trump veut la peau des caribous

Dans le nord-​est de l’Alaska, à la fron­tière d’une des plus grandes réserves natu­relles des États-​Unis, la tri­bu amé­rin­dienne Gwich’in, appuyée par les éco­lo­gistes, croise le fer avec les répu­bli­cains et le lob­by pétro­lier, bien déci­dés à y ins­tal­ler de nou­veaux forages. Ce qui non seule­ment serait une catas­trophe envi­ron­ne­men­tale, mais aus­si ris­que­rait d’anéantir défi­ni­ti­ve­ment leur mode de vie héri­té de savoir-​faire ancestraux. 

À tra­vers les hublots du cou­cou que nous emprun­tons pour nous y rendre, les plaines ennei­gées semblent s’étendre à l’infini. À 9 heures, les lueurs de l’aube tar­dive propre aux hautes lati­tudes com­mencent enfin à dorer l’horizon, trans­for­mant peu à peu le noir du ciel en bleu marine. Et dévoilent déli­ca­te­ment les contours de ces terres recou­vertes de forêts noires d’épicéas tra­ver­sées par des rivières gelées. Tout est blot­ti dans un man­teau de neige, atten­dant le soleil qui n’éclaircira ces plaines que vers 11 heures. 

CarteAlaskaCS5 bis M
© Lagraphique

Dès l’atterrissage, avec seule­ment huit pas­sa­gers à bord, une poi­gnée de per­sonnes viennent récu­pé­rer les car­tons pleins de den­rées ali­men­taires et de pro­duits du quo­ti­dien. Il s’agit en effet de l’unique ligne de ravi­taille­ment pour Arctic Village, qui abrite qua­si exclu­si­ve­ment des Gwich’in, un peuple amé­rin­dien vivant dans ces terres gla­ciales depuis des temps immé­mo­riaux. Alors que nous péné­trons dans le vil­lage, des colonnes de fumée s’élèvent dou­ce­ment des che­mi­nées. Au loin, une chaîne de mon­tagnes majes­tueuses en dents de scie sur­plombe les plaines ondulées.

Jusque dans les années 1950, les Gwich’in, ou « peuple de la terre », menaient ici une vie entiè­re­ment nomade. Malgré une poli­tique d’assi-milation bru­tale depuis des années, qui les a contraints à se séden­ta­ri­ser, ils per­pé­tuent en par­tie leur mode de vie tra­di­tion­nel qui asso­cie la chasse et la pêche à des mytho­lo­gies autoch­tones et des rituels spi­ri­tuels, comme les chants et les danses en l’honneur des ani­maux. Aujourd’hui encore, la pêche au sau­mon royal et la chasse au cari­bou ou à l’élan jalonnent leur vie.

À 400 kilo­mètres au nord de Fairbanks, en Alaska, à la fron­tière du Refuge fau­nique natio­nal d’Arctique (Arctic National Wildlife Refuge, ANWR) – la plus grande réserve natu­relle des États-​Unis –, se situe Arctic Village, un bourg acces­sible seule­ment en petit avion de brousse. Cent cin­quante âmes et quatre-​vingts mai­sons, toutes en ron­dins, ali­gnées pour la plu­part le long de la rue principale. 

191203 CAUSETTE  153
Faith Gemmill, membre du conseil du vil­lage,
milite contre la des­truc­tion de l’environnement.
© Ash Adams pour Causette

Un ani­mal vital pour la tribu

Ici, les cari­bous, qu’ils vénèrent par ailleurs, consti­tuent non seule­ment la prin­ci­pale source d’alimentation des vil­la­geois, mais la pièce maî­tresse de leur exis­tence. À Arctic Village, le moindre mor­ceau de car­casse de cer­vi­dés est uti­li­sé pour réa­li­ser des objets en tout genre : des petits os pour l’élaboration des pinces à che­veux, la peau pour fabri­quer des bottes, le bois pour orner le fron­ton des mai­sons. « Ils sont d’une impor­tance vitale pour nous, cela fait par­tie de notre vie », lance Faith Gemmill, membre du conseil du vil­lage et mili­tante pour l’organisation Résister à la des­truc­tion envi­ron­ne­men­tale sur les terres autoch­tones. Au-​delà de cette dépen­dance maté­rielle, la ques­tion est sur­tout iden­ti­taire. À en croire les mytho­lo­gies tri­bales, l’homme et le cari­bou ne font qu’un. « On dit tou­jours qu’on porte un bout de cœur de cari­bou en nous et ils portent un bout de notre cœur en eux. Spirituellement, nous sommes liés les uns aux autres », pour­suit Faith Gemmill.

« C’est un autre rythme ici, confirme Julie Hollandsworth, femme pétillante de 48 ans qui est née et a gran­di dans le vil­lage. L’eau vient de la[…]

La suite est réservée aux abonné·es.

identifiez-vous pour lire le contenu
Ou
Abonnez-vous à partir de 1€ le premier mois
Partager
Articles liés
125  DES VERTES ET DES PAS MURES  © Monique Broring

Déconsommation : répa­rer pour moins jeter

Nombre d’appareils finissent à la benne trop vite. En les bidouillant et en les soignant un peu plus, on éviterait pourtant un gaspillage gargantuesque. Des ateliers citoyens font le pari de nous l’apprendre.

114 conseils crise climatique erik smits

Survivre entre potes

Dans «La Chute de l’empire humain», sorti le 20 août, dix figures de l’écologie confrontent leurs façons de se préparer aux pires heures de la crise climatique.
Un paquet de conseils utiles qu’on n’a pas l’habitude de lire.

man and woman riding bicycle on road during daytime

Vélo : les antis pètent un câble

Entre les « coronapistes » décriées et la violence verbale ou physique subie par les cyclistes, le vélo n’a pas que des allié·es. Pour quelles raisons ce petit deux-roues inoffensif cristallise-t-il autant l’hostilité ?