fbpx
capture decran 2021 06 04 a 12.55.34
© Contre Attaque

Penalty : de sa petite his­toire, aux mul­tiples débats qu'il occa­sionne

Causette s’associe au web­zine Contre Attaque, média créé par de jeunes ama­trices de foot et dont nous vous par­lions ici. Toutes les deux semaines, le same­di, vous trou­ve­rez sur notre site l’un de leurs articles. Dans ce qua­trième épi­sode, nous vous pro­po­sons de décou­vrir l'histoire et les nom­breuses règles qui encadrent une action foot­bal­lis­tique aus­si connue que sujette à contro­verse : le penal­ty. Parce qu'à quelques jours du début de l'Euro, c'est un peu la notion à maî­tri­ser.

Pour lire les beaux web­zines de Contre Attaque, c’est ici.

Par Chloé Michel

Olympico, 28 février 2021 : l'Olympique lyon­nais affronte l'Olympique de Marseille. Alors que les sup­por­ters mar­seillais trouvent mira­cu­leux de n’être menés que d’un but, c’est par un penal­ty – qui pro­vo­que­ra de nom­breux débats – que leur équipe va reve­nir au score juste avant la mi-​temps. Selon l’arbitre Benoît Millot, Lucas Paquetá est cou­pable d’une faute de main suite à un tir en force de Pape Gueye, à l’entrée de la sur­face. Cette erreur per­met à Arkadiusz Milik de mar­quer le but du match nul. Après cette par­tie ten­due, les dif­fé­rentes inter­pré­ta­tions du règle­ment s’opposent : pour l’Olympique lyon­nais, le pre­mier contact entre le corps de Paqueta et le bal­lon, avant le rebond sur le bras, rend la faute de main inexis­tante. Pour les autres, le défen­seur se serait trou­vé en posi­tion non natu­relle, aug­men­tant arti­fi­ciel­le­ment la sur­face de son corps avec un bras ten­du au niveau de l’épaule. Animant nombre de débats foot­bal­lis­tiques, par­fois lar­ge­ment empreints de mau­vaise foi, le penal­ty fête cette année ses 120 ans de pré­sence dans les règles offi­cielles du foot­ball. Alors, peno ou pas peno ?

La loi 14 du foot­ball

Aujourd’hui, la loi n°14 du foot­ball, enca­drée par l’International Football Association Board (IFAB), est for­mu­lée ain­si : « Un penal­ty (coup de pied de répa­ra­tion) est accor­dé si un joueur com­met une faute pas­sible d’un coup franc
direct dans sa propre sur­face de répa­ra­tion […] comme décrit dans les Lois 12 et
13 »
1. Autrement dit, toute faute sanc­tion­nable par un coup franc direct, com­mise dans la sur­face de répa­ra­tion du joueur fau­tif donne lieu à un penal­ty. C’est dans la loi 12 que sont énu­mé­rées les dif­fé­rentes fautes concer­nées, allant de la charge, au coup de pied ou au tacle, si effec­tués « de manière impru­dente, incon­si­dé­rée ou vio­lente ». Ces trois der­niers qua­li­fi­ca­tifs décident de la sanc­tion sup­plé­men­taire qui vise­ra le joueur : une faute « impru­dente » n’appellera pas de sanc­tions, tan­dis qu’une faute « incon­si­dé­rée » (sans tenir compte du carac­tère dan­ge­reux ou des consé­quences sur l’adversaire) pro­vo­que­ra un aver­tis­se­ment pour le joueur, et une faute « vio­lente » (usage exces­sif de la force au risque de mettre en dan­ger l’intégrité phy­sique de l’adversaire) amè­ne­ra l’exclusion. À ces fautes « phy­siques » s’ajoutent la tenue, ou rete­nue d’un adver­saire, ain­si que la mor­sure et le cra­chat. Enfin sont concer­nées les fautes de main : l’IFAB défi­nis­sant la limite de la « main » au bas de l’aisselle.

C’est d’un gar­dien de but irlan­dais que vien­dra l’idée, en 1890, du « penal­ty kick ». William McCrum vou­lait alors « limi­ter la bru­ta­li­té des défen­seurs ». Le cham­pion­nat local l’introduit, et la Fédération irlan­daise pousse pour qu’il soit codi­fié dans les règles inter­na­tio­nales. Après un scep­ti­cisme assez large dans le monde du foot­ball, un match entre Notts County et Stoke City dans le cham­pion­nat anglais relance le débat : mal­gré une main volon­taire d’un joueur de Notts County sur sa ligne de but pour stop­per le bal­lon, Stoke City n’en tire aucun béné­fice, le coup franc sif­flé n’ayant pas été trans­for­mé. Le 2 juin 1891, le penal­ty devient alors la loi n°13 du foot­ball. Le 14 sep­tembre, c’est John Heath, joueur de Wolverhampton, qui devient le pre­mier joueur de l’histoire à mar­quer un but sur penal­ty. En 1902 est for­mel­le­ment intro­duit le point de penal­ty, et en 1930, le gar­dien fran­çais Alex Thépot arrê­te­ra le pre­mier penal­ty accor­dé en Coupe du monde, lors d’un match France-​Chili.

D’Antonin Panenka qui, en 1976, don­ne­ra son nom à une tech­nique par­ti­cu­lière pour tirer ce coup de pied de répa­ra­tion, à Johan Cruyff, qui mar­que­ra le pre­mier penal­ty joué à deux en 1982 à l'aide de son com­père Jesper Olsen (rien n’oblige le tireur à tirer direc­te­ment au but, tant que la passe est vers l’avant et que le bal­lon pas­sé par un autre joueur revient dans les pieds du tireur), les joueurs se sont, au fil des années, appro­priés cette action si par­ti­cu­lière, la ren­dant par­fois légen­daire.

Jeux de mains, jeux de vilains
capture decran 2021 06 04 a 14.17.42
© Contre Attaque

Après 118 ans d’existence, le penal­ty en tant que loi du foot­ball va connaître une modi­fi­ca­tion majeure en mars 2019, suite au 133e congrès annuel de l’IFAB. Voulant mettre fin aux mul­tiples débats consé­cu­tifs aux penal­tys sif­flés pour faute de main, l’IFAB décide alors de sup­pri­mer la dis­tinc­tion entre main volon­taire et invo­lon­taire, qui gui­dait aupa­ra­vant l’arbitre dans sa déci­sion. Les mains dans la sur­face seront donc sys­té­ma­ti­que­ment sanc­tion­nées, que ce soit pour les défen­seurs ou pour les atta­quants. Les débats volon­taire /​invo­lon­taire sont donc désor­mais rem­pla­cés par des débats quant à l’utilisation de leur corps par les joueurs : augmentent-​ils arti­fi­ciel­le­ment la sur­face de leurs corps ? Sont-​ils dans une posi­tion « natu­relle » ?

Sur cette ques­tion, au vu des der­niers matchs, per­sonne ne semble bien d’accord. D’abord, la posi­tion « natu­relle » telle que vue par l’IFAB ne convainc pas : pour Lionel Mathis, ex-​milieu de ter­rain à Auxerre ou Guingamp, « c'est lorsqu'on a les bras raides le long du corps que la posi­tion n'est pas natu­relle […] c’est impos­sible de bien défendre de cette façon »2. Lui aime­rait qu’on res­pon­sa­bi­lise davan­tage les joueurs : pour Mathis, si le bal­lon rebon­dit sur le bras ou la main suite à un contrôle raté, la main devrait être sif­flée.

Les penal­tys, un sym­bole de l'émotion dans le foot­ball ?

Le débat est d’autant plus vif qu’il est bien sou­vent impré­gné par la contro­verse autour de l’assistance à l’arbitrage vidéo. Alors que la dis­tinc­tion entre main volon­taire et invo­lon­taire lais­sait une marge d’interprétation consé­quente à l’arbitre, les véri­fi­ca­tions actuelles paraissent éloi­gner « l’humain » de la déci­sion : le contact main-​ballon devient néces­sai­re­ment pro­blème, le sen­ti­ment de l’instant ne peut plus se sub­sti­tuer à la règle écrite. C’est en tout cas l’avis de Michel Platini, qui, dans une lettre à l’attention de Philippe Piat, pré­sident du syn­di­cat des foot­bal­leurs, cible net­te­ment les arbitres : « Ils n’ont plus à inter­pré­ter le règle­ment, mais sim­ple­ment à l’appliquer. Comme si toutes leurs déci­sions devaient ren­trer dans des cases. […] L’arbitre est un rouage essen­tiel du foot­ball, mais il n’en est pas l’architecte »3.

La VAR (assis­tance vidéo à l'arbitrage) et les penal­tys seraient-​ils les tue‑l’amour du foot­ball ? Si la ques­tion divise, il est cer­tain que cer­taines situa­tions deviennent par­ti­cu­liè­re­ment ubuesques. Le hui­tième de finale retour entre Dortmund et Séville le 9 mars der­nier l’a encore mon­tré : alors qu’Haaland avait ins­crit son deuxième but et s'apprêtait à mar­quer le troi­sième depuis le rond cen­tral, ce der­nier a été annu­lé pour être rem­pla­cé par un penal­ty sif­flé en faveur de Dortmund, en rai­son d'une charge illi­cite de Koundé. Un penal­ty d’abord man­qué par ce même Haaland – car arrê­té par le gar­dien sévil­lan – mais une minute plus tard annon­cé illi­cite par la VAR, le gar­dien n’ayant pas les pieds sur sa ligne au moment du tir. Sur sa deuxième ten­ta­tive, Haaland trans­forme le penal­ty et ramène son équipe à 2−0… lui don­nant donc le même avan­tage qu’après son but refu­sé trois minutes plus tôt.

Concentré de contro­verses et d’émotions, le penal­ty est donc depuis 120 ans un élé­ment phare des matchs de foot­ball. Du trau­ma­tisme (com­ment oublier celui sif­flé à la der­nière minute pour Manchester United en hui­tième de finale retour de Ligue des cham­pions au Parc des Princes en mai 2019), au run­ning gag (« Penalty pour Lyon »), tout fan de foot a un sou­ve­nir par­ti­cu­lier lié à cette action. Face à sa ratio­na­li­sa­tion à l’extrême tant par les nou­velles règles que par la VAR, la renais­sance du coup franc indi­rect dans la sur­face per­met­trait de réin­tro­duire une échelle de sévé­ri­té face aux fautes, et aux foot­bal­leurs de jouer sans pen­ser à tout prix à le pro­vo­quer. Redonnant au penal­ty sa place à part au sein des actions d’un match de foot­ball.

Contre Attaque, épi­sode 3 l Les Terrao de Cima, ter­rains de foot et hauts lieux de la vie sociale et cultu­relle de São Paulo

  1. cf. Laws of the Game, IFAB[]
  2. Thibaud Geffrotin, “Main dans la sur­face, on siffle ou on laisse jouer ? »,publié dans Le Point, le 13 avril 2019[]
  3. Ibid[]
Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés