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© Jackie Hutchinson / Unsplash

Accès aux loi­sirs : trop d’enfants pri­vés d’un droit "essen­tiel", alerte la Défenseure des droits

Inégalités entre les filles et les gar­çons, inéga­li­tés sociales, ter­ri­to­riales… En France, trop d’enfants n’ont pas accès aux loi­sirs. C’est pour­tant un droit fon­da­men­tal, rap­pelle la Défenseure des droits dans son rap­port annuel.

Les loi­sirs, le repos, comme les acti­vi­tés spor­tives et cultu­relles sont un droit "essen­tiel" pour les enfants, sou­ligne la Défenseure des droits dans un rap­port publié le 15 novembre, dans lequel elle regrette qu’il soit par­fois négli­gé et inéga­le­ment res­pec­té. "Il y a un écart entre le droit aux loi­sirs, à la culture et au sport, qui existe dans nos textes, et la réa­li­té vécue par les enfants", explique Claire Hédon, en pré­sen­tant le rap­port annuel sur les droits de l’enfant, consa­cré cette année aux loisirs.

"Le repos et le som­meil, le jeu et le mou­ve­ment, la décou­verte du monde exté­rieur et de soi, sont inhé­rents au déve­lop­pe­ment de l'enfant, tant d'un point de vue phy­sique et péda­go­gique que social et cultu­rel", sou­ligne l'autorité admi­nis­tra­tive indé­pen­dante, qui a consul­té 3 600 enfants. "Ce n'est pas un petit droit, un droit secon­daire. (…) Ces acti­vi­tés per­mettent le déve­lop­pe­ment de l'enfant, son inser­tion sociale, son édu­ca­tion et son épa­nouis­se­ment per­son­nel", relève-​t-​elle.

La Défenseure des droits demande que l'enseignement obli­ga­toire de la pra­tique spor­tive à l'école et au col­lège (trois heures heb­do­ma­daires), pas tou­jours res­pec­té, soit "effec­tif". Pour nombre d'enfants, l'école est en effet le "seul accès à l'art, à la culture, au sport". Or, sou­ligne Claire Hédon, les petit·es Francais·es "ont deux fois moins d'activités spor­tives que la moyenne des pays euro­péens, et les filles en France deux fois moins que les gar­çons".

Parmi les freins à l’accès aux acti­vi­tés spor­tives et artis­tiques ? Les inéga­li­tés géo­gra­phiques et sociales, pour com­men­cer. Car les ter­ri­toires ruraux ou plus pauvres ont une offre de loi­sirs moins déve­lop­pée et des trans­ports limi­tés. "71 % des enfants dont les parents dis­posent de bas reve­nus ne sont pas ins­crits dans un club ou une asso­cia­tion spor­tive et cultu­relle, contre 38 % des enfants dont les parents dis­posent de hauts reve­nus", estime le rap­port. En réponse, la Défenseure des droits pro­pose notam­ment de "rendre sys­té­ma­tique la tra­duc­tion en plu­sieurs langues" des dos­siers d’inscription dans les clubs et asso­cia­tions spor­tives et cultu­relles pour les parents ne par­lant pas français.

Des enfants "sous-​occupés" et d’autres, "suroc­cu­pés"

Le rap­port rap­porte aus­si les dif­fi­cul­tés des enfants mal logés, pla­cés ou incar­cé­rés, han­di­ca­pés ou malades à béné­fi­cier d’activités spor­tives régu­lières. "En foyer, on est obli­gé de suivre le groupe sans pou­voir choi­sir ses acti­vi­tés. Mais on n’aime pas tous la même chose !" témoigne un enfant cité dans le rap­port. Les mineur·es isolé·es étranger·ères, dont 30 % étaient logé·es à l’hôtel en 2020, devraient avoir "accès à des acti­vi­tés extra­s­co­laires ou spor­tives chaque fois qu’ils en expriment l’envie", appuie le rapport.

Si les enfants des milieux popu­laires sont "sous-​occupés", d’autres, dans les milieux favo­ri­sés, sont au contraire "suroc­cu­pés", note éga­le­ment cette étude. Qui insiste sur l’importance de lais­ser des temps de répit à l’enfant et de le lais­ser choi­sir ses acti­vi­tés. La "recherche de per­for­mance" peut être source de "stress" et contraire à l’idée "essen­tielle" de "plai­sir".

Par ailleurs, Claire Hédon pointe les "inéga­li­tés de genre" dans l’accès au sport. Typiquement, dans les cours de récré, les gar­çons occupent le centre en jouant au foot, quand les filles sont relé­guées "à la péri­phé­rie". Et les com­munes construisent plus d’équipements spor­tifs pour des acti­vi­tés pra­ti­quées par les gar­çons (ter­rains de foot, ska­te­park…) que par les filles, affirme la Défenseure des droits.

Le rap­port salue les poli­tiques mises en œuvre par les pou­voirs publics dans le domaine du sport pour lut­ter contre les vio­lences sexuelles et sexistes et invite le minis­tère de la Culture à s’en ins­pi­rer. Plus glo­ba­le­ment, il recom­mande "un accès adap­té et inclu­sif de tous les enfants au sport, à l’art et à la culture, quels que soient leur âge, leur sexe, leur état de san­té ou leur han­di­cap, leur ori­gine et leur natio­na­li­té".

En accueillant les Jeux olym­piques 2024, "la France a fait de la pro­mo­tion de l’activité phy­sique et spor­tive une grande cause natio­nale". "Cette ambi­tion inter­roge tout d’abord la place qui est don­née à ces acti­vi­tés dans le quo­ti­dien des enfants", sou­ligne l’institution.

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