dsc01908
© Marsatac

Safer, le dis­po­si­tif qui veut lut­ter contre les vio­lences sexuelles en milieu fes­tif

Articulé autour d’une appli­ca­tion d’alerte et de cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion, Safer sera déployé pour la pre­mière fois durant le fes­ti­val Marsatac, les 20, 21 et 22 août à Marseille. Entretien avec Marc Brielles, char­gé du déve­lop­pe­ment du pro­jet.

Causette : C’est quoi Safer ?
Marc Brielles : On a déve­lop­pé une appli­ca­tion d’alerte gra­tuite pour les fes­ti­va­lières et fes­ti­va­liers, avec un sys­tème de géo­lo­ca­li­sa­tion tem­po­raire. Durant l’événement, si quelqu’un est vic­time ou témoin de har­cè­le­ment ou d’une vio­lence sexuelle ou sexiste, il le signale sur son télé­phone, nos équipes sont pré­ve­nues et peuvent se rendre le plus vite pos­sible auprès des per­sonnes. Ensuite, il y a un accom­pa­gne­ment et une prise en charge si néces­saire.

Votre dis­po­si­tif va au-​delà de l’application… 
M.B. : Effectivement, le déploie­ment phy­sique est essen­tiel. On met en place un stand sur le lieu du fes­ti­val, avec une pro­fes­sion­nelle du Centre d’information des droits des femmes et des familles (CIDFF) sur place pour accueillir la parole, notam­ment si ce sont des sujets un peu trop lourds ou com­pli­qués à gérer pour nos simples béné­voles.

Les béné­voles sont néan­moins sensibilisé·es à ces pro­blé­ma­tiques ?
M.B. : Oui ! Ils vont être for­més via un outil de sen­si­bi­li­sa­tion. Ils vont suivre des for­ma­tions en ligne sur des MOOCs [mas­sive open online course, en fran­çais for­ma­tion en ligne ouverte à tous]. Pour le fes­ti­val Marsatac, il s’agit là d’une petite édi­tion avec 5000 fes­ti­va­lières et fes­ti­va­liers donc on va fonc­tion­ner avec une dizaine de béné­voles. Mais la recherche de béné­voles et de per­sonnes enga­gées sur le sujet est un autre gros défi à rele­ver. 

Quels sont les objec­tifs ? 
M.B. : Le but c’est que les per­sonnes puissent faire la fête dans un lieux plus sécu­ri­sé. Il ne sera pas 100% safe, mais au moins qu’on se sente un peu plus plus à l’aise et que l’on sache qu’il y a des per­sonnes qui peuvent agir et inter­ve­nir en cas de pro­blème. Mais l’objectif c’est aus­si la sen­si­bi­li­sa­tion. Si on arrive dans un fes­ti­val et qu’on sait qu’il y a un dis­po­si­tif, peut-​être que ça va cal­mer quelques ardeurs, ça va aus­si libé­rer la parole… Cela sen­si­bi­lise le public, mais éga­le­ment les équipes autour car notre for­ma­tion peut être dis­pen­sée au per­son­nel.

Comment est né ce pro­jet ? 
M.B. : Il a mûri chez Orane, l’association orga­ni­sa­trice du fes­ti­val Marsatac, l’an der­nier. Le fes­ti­val n’ayant pas pu avoir lieu, ça nous a don­né un peu de temps pour réflé­chir. La lutte contre les vio­lences sexuelles et sexistes, c’est un sujet qui nous tenait à cœur. En 2018, Consentis [NDLR : asso­cia­tion qui milite pour une culture du consen­te­ment sexuel dans les fes­ti­vals et boîtes de nuit] a sor­ti une enquête qui indique que 50% des femmes inter­ro­gées ont déjà été vic­times de vio­lences sexuelles ou se sont sen­ties en insé­cu­ri­té dans un lieu fes­tif. Ça nous a don­né envie d’agir et de créer des outils pour que tout le monde puisse faire la fête nor­ma­le­ment et libre­ment. On a fait une pro­po­si­tion au Centre natio­nal de la musique qui a accep­té de nous sou­te­nir et qui a pro­po­sé de faire une mutua­li­sa­tion avec d’autres orga­ni­sa­tions pour créer un outil qui puisse ser­vir au plus grand nombre dans cette lutte. Ensuite, on a eu l’idée d’une appli­ca­tion parce qu’on s’est deman­dé com­ment inter­ve­nir le plus vite pos­sible. 

Comment s’assurer qu’un maxi­mum de per­sonnes télé­charge et uti­lise l’application ? 
M.B. : C’est un vrai défi. On va mettre des QR codes dans les queues et files d’attente pour qu’on puisse la télé­char­ger faci­le­ment. On essaie éga­le­ment de faire en sorte qu’il y ait un lien pour télé­char­ger l’application sur le billet élec­tro­nique du fes­ti­val. Dans un second temps, il serait bien que Safer soit inté­gré direc­te­ment dans l’application offi­cielle du fes­ti­val.

Et la suite ? 
M.B. : Là, on va tes­ter l’outil au fes­ti­val Marsatac et le mettre à l’épreuve. Ici, le fes­ti­val est en exté­rieur mais on réflé­chit à le mettre en place dans des clubs et des endroits où il y aurait un peu moins de réseau. En fait, ce que nous ont deman­dé le Centre natio­nal de la musique et le Ministère de la Culture, c’est la mutua­li­sa­tion : mettre en place un outil le plus per­for­mant pos­sible pour ensuite le mettre à la dis­po­si­tion de tous les évé­ne­ments au niveau natio­nal : les clubs, les fes­ti­vals… Mais ça peut aller plus loin. On en a dis­cu­té avec la ville de Marseille, où nous sommes basés, et on a par­lé de le mettre en place lors des évé­ne­ments spor­tifs, par exemple.

Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés