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« Ils ont une res­pon­sa­bi­li­té » : Paye ton influence, le compte qui inter­pelle les influenceur·ses sur les enjeux climatiques

Depuis décembre 2021, le compte Paye ton influence décrypte, à coups de posts et de vidéos sur les réseaux sociaux, l'impact des modes de vie et de consom­ma­tion des influenceur·ses sur le climat.

Kylie Jenner qui hésite entre ses deux jet pri­vés. Karim Benzema qui, en vacances à Miami, conduit plu­sieurs voi­tures de sport, pose devant un jet pri­vé et fait du jet-​ski. Un·e influenceur·se qui par­tage une fausse infor­ma­tion sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Depuis quelques semaines, les occa­sions ne manquent pas pour Paye ton influence d'interpeller les per­sonnes les plus influentes des réseaux sociaux sur les ques­tions cli­ma­tiques. Lancé en décembre 2021 par quatre membres du col­lec­tif Pour un réveil éco­lo­gique, ce compte pré­sent sur Instagram, Twitter et YouTube entend décryp­ter à coups de posts et de vidéos l'impact des modes de vie et de consom­ma­tion des influenceur·ses sur l'environnement. Et essayer de leur faire prendre conscience qu'ils et elles ont une res­pon­sa­bi­li­té dans les conte­nus pro­po­sés à leurs abonné·es. Amélie Deloche, l'une des quatre co-​fondatrices, revient pour Causette sur le rôle de Paye ton influence, et les actions que pour­raient concrè­te­ment mettre en place les influenceur·ses pour s'adapter aux enjeux climatiques. 

Causette : Quel a été l’élément déclen­cheur de la créa­tion du compte Paye ton influence ?
Amélie Deloche :
Le compte Paye ton influence est un pro­jet sur lequel on réflé­chis­sait depuis un an et demi. On se deman­dait com­ment sor­tir des cercles de convain­cus et tou­cher des jeunes de notre âge qui ne sont pas encore fami­liers des enjeux de tran­si­tion éco­lo­gique. Une de nos idées était de les tou­cher à tra­vers les influen­ceurs, en réa­li­sant poten­tiel­le­ment des par­te­na­riats avec ceux qui pou­vaient être en dehors de nos cercles. Mais on s’est ren­du compte que les influen­ceurs – sui­vis par une grande par­tie de notre géné­ra­tion – conti­nuent de pro­mou­voir des modes de vie et de consom­ma­tion à rebours des enjeux cli­ma­tiques. On a donc déci­dé de chan­ger d’angle, et de réveiller le monde de l’influence sur les enjeux cli­ma­tiques, à tra­vers des inter­pel­la­tions sur les réseaux sociaux et de la sen­si­bi­li­sa­tion glo­bale sur les pro­blé­ma­tiques de l’influence. 

Quel rap­port les influenceur·ses entriennent-​ils ou elles avec les ques­tions cli­ma­tiques ?
A.D. :
Des influen­ceurs tour­nés vers l’écologie existent, je pense par exemple à Swann Périssé, qui était plu­tôt spé­cia­li­sée dans le diver­tis­se­ment et a fait évo­luer son conte­nu depuis deux ans sur les enjeux cli­ma­tiques. Mais on reste dans des cercles de convain­cus. Il est très com­pli­qué, en effet, aujourd’hui de tra­vailler avec des influen­ceurs lamb­das qui ne sont pas enga­gés et veulent en par­ler, car le sujet des chan­ge­ments cli­ma­tiques est tabou, en tout cas dans leurs conte­nus publics. En off, ce sont des dis­cus­sions et des réflexions qui émergent, mais cela remet en ques­tion tout leur busi­ness model, repo­sant sur les par­te­na­riats et les appels à la consommation. 

"Les influen­ceurs font autant par­tie du pro­blème que des poten­tielles solutions"

Les influenceur·ses ont-​ils une res­pon­sa­bi­li­té dans les conte­nus qu’ils pro­posent à leur jeune public ? 
A.D. :
Les influen­ceurs qui ont de grandes com­mu­nau­tés dictent les normes sociales, nor­ma­lisent cer­tains choix de consom­ma­tion et cer­tains modes de vie. Dans le contexte de l’urgence cli­ma­tique, ils ne peuvent plus faire n’importe quoi, prendre l’avion quatre fois par jour, réa­li­ser des par­te­na­riats avec l’industrie de la fast-​fashion… Surtout lorsqu’ils sont regar­dés par autant de monde et qu’ils s’enrichissent par leurs abon­nés. On veut leur faire com­prendre qu’ils ont une res­pon­sa­bi­li­té. Il existe une cer­taine impu­ni­té de leur part. D’un côté, on demande à une per­sonne lamb­da de faire des efforts et de l’autre, sur les réseaux sociaux, les influen­ceurs ont une empreinte car­bone énorme et per­pé­tuent des modèles pas viables. 
Ils font par­tie du pro­blème, car ils influencent toute une géné­ra­tion qui va vivre dura­ble­ment avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Mais ils font aus­si par­tie de la solu­tion car ils peuvent tou­cher un public large. Ils pour­raient uti­li­ser leur influence pour inté­grer plus d’éthique environnementale.

Quelles actions pourraient-​ils et elles mettre en œuvre ?
A.D. :
Des marges de manœuvre existent et sont assez faciles à mettre en place. Cela peut être fait gra­duel­le­ment. La pre­mière étape va être de chan­ger son sto­ry­tel­ling, ses élé­ments de lan­gage quand on vend un pro­duit. Par exemple, dire à ses abon­nés de l’acheter seule­ment s’ils en ont besoin. La deuxième étape pour­rait être d’intégrer les enjeux d’empreintes car­bone lorsqu’on parle d’un voyage, tout en arrê­tant de mul­ti­plier les sto­ries et sel­fies dans les avions et aéro­ports. Une troi­sième étape consis­te­rait à ne plus tra­vailler avec cer­taines marques et cer­taines indus­tries. Enfin, la der­nière étape serait de faire de la sen­si­bi­li­sa­tion pous­sée sur les enjeux cli­ma­tiques.
On sait que les choses ne vont pas chan­ger du jour au len­de­main. Mais ce que l’on dit est que la situa­tion est cri­tique au niveau du cli­mat, que ces personnes-​là sont scru­tées par la jeu­nesse et ne peuvent pas conti­nuer à faire croire à la jeu­nesse que tout va bien. Il faut pré­pa­rer les jeunes géné­ra­tions à cer­tains sacri­fices et à la sobriété.

Notez-​vous une prise de conscience de certain·es depuis la créa­tion de votre compte et votre récente tri­bune ? 
A.D. :
Grâce à nos inter­pel­la­tions et notre tri­bune (Paye ton influence a dif­fu­sé au sein du média Vert un texte pour appe­ler les influenceur·ses à se réveiller sur l'urgence cli­ma­tique, ndlr), on a pu entrer en contact avec cer­tains et avoir des dia­logues beau­coup plus construc­tifs. Récemment on s’est entre­te­nus avec une influen­ceuse à plus d’un mil­lion d'abonnés qui a com­men­cé à faire évo­luer son conte­nu. Souvent, les per­sonnes et les marques que l’on inter­pelle nous ont dit qu’on a bien fait de le faire, car elles com­prennent qu’il y a une urgence légi­time à agir. Ce monde-​là le comprend.

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