Les rou­tières sont sym­pas : Famounette, la Calamity Jane des stations-service

Les rou­tières sont sym­pas (3⁄5). Tout a com­men­cé un soir de jan­vier 2019, quand le jour­na­liste Jean-​Claude Raspiengeas s’est ren­du pour un repor­tage à L’Escale-Village, le plus grand res­to rou­tier de France. De là naî­tra un an d’enquête. Et au bout du che­min, un livre : Routiers. En exclu­si­vi­té pour Causette, Jean-​Claude Raspiengeas a repris la plume pour nous emme­ner à la ren­contre de cinq rou­tières, cinq femmes de tem­pé­ra­ment qui, une chose est sûre, n’ont pas choi­si leur métier par erreur. 

sylvie thomas
© Serge Picard 

Le 16 mars 2020, à peine Emmanuel Macron venait-​il ­d’annoncer le confi­ne­ment géné­ral et de détailler les mesures de pro­tec­tion indis­pen­sables, le télé­phone a son­né au minis­tère des Transports. Au bout du fil, Sylvie Thomas, alias « Famounette » ! La ter­reur des fonc­tion­naires et des stations-​service. Connue et redou­tée par­tout, elle ne lâche rien. « J’ai appe­lé pour qu’on me dise com­ment, concrè­te­ment sur la route, me pro­cu­rer gel hydro­al­coo­lique, masques et gants. » À la grande confu­sion de ses inter­lo­cu­teurs, déjà dépas­sés. Et quand, quelques jours plus tard, le même minis­tère a ins­tal­lé un numé­ro vert pour aider les rou­tiers, Famounette a occu­pé la ligne… Voix de nico­ti­neuse, gouaille à la Audiard, Famounette aime bien se marrer. 

Inventaire

En l’écoutant racon­ter ses faits d’armes à la Calamity Jane, on soup­çonne cer­taines stations-​­service d’éteindre les lumières et de bais­ser dare-​dare le rideau quand son Mercedes 450 s’annonce sur le par­king. Quand Famounette des­cend, il faut s’attendre à tout. Son che­val de bataille ? L’état des sani­taires et la gra­tui­té des douches sur les auto­routes, ren­due obli­ga­toire par un texte de loi à l’été 2016. Constatant qu’il n’était res­pec­té nulle part, elle a com­men­cé à réper­to­rier tous les endroits où elles per­sis­taient à être payantes, photo­graphiant au pas­sage l’état de pro­pre­té, puis à tout pos­ter sur les réseaux sociaux et à poin­ter les contre­ve­nants. Comme la réac­tion tar­dait, elle a tapé plus haut : les socié­tés pétro­lières, les socié­tés d’autoroutes, le minis­tère. « Je les ai har­ce­lés. » En retour, elle rece­vait des lettres types qui pro­met­taient ce qui n’arrivait jamais. Autant agi­ter une cape rouge sous le museau d’un tau­reau en fureur ! 

La popu­la­ri­té de Famounette a vite grim­pé chez les rou­tières, qui ont pris l’habitude de lui trans­mettre leurs propres obser­va­tions. Un soir, fati­guée de décou­vrir des douches dans un état innom­mable, elle a traî­né le direc­teur de la sta­tion devant la porte : « Votre femme, vous la feriez ren­trer là-​dedans ? » Mais Famounette n’est pas ingrate : « Quand c’est nickel, je tiens à les remercier. »

Assez rigo­lé. « Tous ces res­pon­sables, se plaint-​elle, ne s’imaginent pas ce que repré­sente une bonne douche pour nous. Ce moment où l’on se décrasse, où l’on change de peau, où l’on récu­père de la fatigue de la journée. »

Sylvie Thomas est arri­vée tard dans le métier, à 41 ans, pour assou­vir enfin sa voca­tion refou­lée. « Mariée à 18 ans, mère à 19, j’ai éle­vé trois enfants. J’avais tou­jours dit que je ferais ce que je veux à 40 ans. Devenir rou­tière. » Après avoir tra­vaillé en usine, puis dans le com­merce ambu­lant, en pois­son­ne­rie, elle a pas­sé son per­mis super lourd. Le sésame des 44 tonnes. « La pre­mière fois que je me suis assise au volant et que j’ai com­men­cé à rou­ler, c’était une évi­dence. C’est là que je devais être. Dès ma pre­mière semaine, je suis par­tie “faire de l’international”. Mon plai­sir, c’est la route. J’adore la sen­sa­tion, avec mon 1 mètre 67, de maî­tri­ser ces monstres, et bien ins­tal­lée, du haut de ma cabine, de domi­ner le pay­sage. Quand je conduis, je ne vois pas le temps pas­ser. » Depuis le Vaucluse où elle habite, elle sillonne régu­liè­re­ment l’Angleterre et l’Allemagne. 

Comme toutes les rou­tières, elle a eu droit à des séances de bizu­tages sexistes. Mais elle sait retour­ner les situa­tions. « Un jour, au début, à quai, un cariste m’apostrophe : “Faut dépla­cer le bahut. Il est où votre mari ? – Il est pas là. Pas grave ! Je vais le faire moi-​même.” Regard pani­qué du macho. » 

Famounette, qui sent son corps s’user, a pré­vu de déte­ler à 62 ans. Dans quatre ans. « J’ai envie d’être une vraie retrai­tée. Mais ça va être dur d’arrêter… » 


Les rou­tières sont sym­pas, une série en cinq épisodes

Le vol de nuit de Maya972

Toupinette, la route en rose

L'Ouragan et son rêve d'enfance

Lélé tou­jours à plein régime


Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.