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Niki Shey © A.C.

Niki Shey, queen de la twittosphère politique

À tout juste 25 ans, Niki Shey règne sur la twittosphère politique en offrant chaque jour à ses 29 000 abonnés des tweets drôles et bien sentis sur l’actualité française. Une figure inédite dans le paysage des réseaux sociaux, où l’humour politique est encore accaparé par les hommes.

Dissolution de Génération identitaire : « il y a thaïs de génération identitaire qui revend ses doudounes bleues sur vinted franchement elles sont pas chères du tout et elles ont l’air en bon état ça peut être une bonne affaire en vrai donc je partage voilà ». Condamnation à de la prison ferme en première instance pour Nicolas Sarkozy : « nicolas sarkozy il a dit j’ai tourné la page de la politique mais je suis pas sûre que les mamies sarkozystes soient au courant elles ont encore sarkozy 2022 dans leur bio donc prière de les prévenir par courriel ou fax ». Conférence de Jean Castex pour point sanitaire : « il essaie trop de nous vendre le astrazeneca en disant il est aussi bien que le pfizer en mode nos parents qui disent le discount ça a le même goût que la marque c’est juste moins cher arrête de faire chier et mange ». Débarrassé de toute ponctuation et majuscule pour un rendu de sa pensée le plus brut possible, le style de la twitta Niki Shey est reconnaissable entre mille. Si la jeune femme de tout juste 25 ans s’est mise à Twitter dès son boom français en 2009 – elle a alors 13 ans ! – c’est à partir de la campagne présidentielle de 2017 qu’elle commence à y prendre ses aises, en tweetant des observations sur l’actualité politique teintées d’humour. « Je n’avais pas vraiment de candidat, se souvient-​elle pour Causette. J’étais politisée mais pas encartée donc j’avais une liberté de ton et c’est là que je me suis rendu compte des potentialités de Twitter. »

En février 2017, un savoureux thread (une suite de tweets se répondant) où elle compare les candidat·es à la présidentielle de juin à des bonbons Haribo lui vaut plusieurs articles dans la presse en ligne. Marine Le Pen est un « réglisse », que « tout le monde prétend détester » et « pourtant, il s’en vend des millions chaque année » ; Emmanuel Macron est une fraise Tagada Pink (la classique Tagada revisitée à l’acide), c’est-à-dire, décrit Niki, une « promesse d’innovation et nouveauté mais le goût redevient celui du Tagada classique après deux minutes » donc, c’est au final une « arnaque »… Première percée, comme on dit dans le jargon Twitter. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, une Tagada Pink a été élue président, et une pandémie mondiale plus tard, Niki Shey est devenue l’une des Twitta françaises les plus buzzesques du moment. Impossible de manquer ses tweets si vous passez de temps à autre sur Twitter et suivez des personnalités influentes, issues des médias, du monde politique ou de l’humour : l’algorithme Twitter vous la fait apparaître dans votre feed tant ses tweets sont likés ou retweetés par les gens « qui comptent » sur la plateforme.

Parfois, les tweets de Niki sont même vus à la télé (ici sur LCI).

Aidée par un contexte dans lequel nos dirigeant·es politiques doivent improviser face à une menace sanitaire inédite, parfois en jouant aux apprenti·es épidémiologistes, parfois aux logisticien·nes en chef (coucou les stocks de masques !), Niki Shey dispose d’une matière infinie pour (se) faire rire en ces temps moroses. « C’est la pandémie qui m’a fait trouver mon ton actuel, explique la jeune femme. Je trouvais l’actu tellement lourde que j’ai voulu compenser avec de la légèreté. » Et de fait, le décompte Twitter de celle qui est juriste « dans la vraie vie » démontre que ce besoin est partagé. De 10 000 followers en octobre, son compte a doublé à la fin de l’année 2020. Fatima El Ouasdi, meilleure amie de Niki et adjointe au maire de Rueil-​Malmaison déléguée au numérique, raconte comment elle a vu la mayonnaise monter lors des fêtes de fin d’année : « On a fêté le Nouvel an ensemble et Niki tweetait des choses très drôles sur la gestion gouvernementale de la rave-​party en Bretagne et la campagne de vaccination qui débutait. Elle me dit “oh, j’ai pris 1 000 followers en une heure, c’est fou” et je lui fais remarquer qu’elle atteint là une masse critique qui fait que si elle continue, elle aura 25 000 followers avant la fin du mois de février. Je ne me suis pas trompée, nous sommes début mars et elle est suivie par plus de 29 000 personnes. »

Laurence Haïm forever

Plus encore, son influence est validée par des followings de marque. Laurence Haïm, inénarrable correspondante à Washington pour la télévision (passée par le groupe Canal et désormais sur LCI), adorée des Twittos pour ses tweets franglais parfois échevelés, souvent cryptiques, s’est mise à follow back Niki il y a quelques semaines. Une consécration pour la jeune femme qui avait gentiment singé une ineptie de Laurence, tweetant façon vedette en plein assaut du Capitole le 6 janvier dernier : « A vous tous qui cherchez a me joindre je suis en route vers le capitole. » « Laurence Haïm, c’est mon idole, son premier degré et ses tweets sans filtre me font exploser de rire », s’enthousiasme la jeune femme.

Même le pouvoir s’intéresse de près à Niki. La jeune femme s’est délectée fin février d’être suivie par Mayada Boulos, conseillère communication et presse du premier ministre Jean Castex, l’un des personnages star de sa galerie humoristique. « Avant, je tweetais beaucoup sur Édouard Philippe. En miroir, le manque de charisme de Jean Castex, qu’on ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam à part dans les Pyrénées Orientales avant qu’il ne soit bombardé premier ministre au pire moment de la crise, c’est du pain béni pour moi. C’est quand même le mec qui vient tous les jeudis à 18h pour nous gronder mais nous annoncer qu’il n’y aura pas de reconfinement. »

Un abonnement ministériel mais au final tellement citoyen.

Comment expliquer un tel succès ? Une fulgurance pour le bon mot qui sait capter l’air du temps essoufflé après plus d’un an de pandémie et de ses dizaines de milliers de morts, où les confinements se sont succédés aux couvre-​feux. Il y a aussi chez elle un talent pour moquer avec bienveillance nos incohérences, entre civisme pour nous protéger les uns des autres du Covid-​19 et désir de retour à la vie normale. En fine observatrice de la politique, Niki Shey se régale de la position difficile des décideur·euses, parfois cacophonique et forcément tiraillée. « oubliez pas de mettre vaccins sur la liste de courses parce que s’il y en a plus dans le frigo c’est reconfinement je vais passer au franprix moi là mais il est déjà 17h les rayons vont être vides il va rester que du astrazeneca », tweete-​t-​elle ainsi le 4 mars, dégommant au passage les approximations de la stratégie vaccinale de la France, obligée de s’approvisionner faute de stocks mondiaux suffisants en Pfizer, en Astrazeneca, dont l’efficacité est jugée moindre.

Incomprise par la team 1er degré

Parfois, « de moins en moins », précise Niki, certain·es prennent ses tweets au premier degré. « Quand je tweetais des trucs du genre “je ne me ferai pas vacciner, je ne veux pas qu’on m’installe une puce 5G”, il y a quand même des gens qui sont venus me dire “non mais réfléchis, ça ne peut pas être vrai”. » Le tour de force de la Twitta, observe son amie Fatima El Ouasdi, « c’est d’avoir un humour rassembleur, qui fait qu’elle est suivie par des gens de tout bord de l’échiquier politique, de l’extrême gauche aux proches de Damien Rieu à l’extrême-droite. » Il faut dire que la plupart du temps, Niki Shey se refuse à rire des choses qui l’indisposent trop. « Je m’attaque aux politiques pour qui j’ai un minimum de sympathie et de respect, Castex ou Royal en tête, détaille-​t-​elle. Par contre, si je dois m’exprimer sur la politique de Gérald Darmanin, je change de registre, car je n’arrive pas à rire de ce qu’il fait, notamment en ce qui concerne les violences policières. »

Avec un tel attrait pour la chose publique (son résumé biographique Twitter est d’ailleurs un mordant « finaliste présidentielle »), on aurait pu penser Niki Sheybani de son nom complet toute droite sortie d’un Institut d’études politiques. Mais ce sont bel et bien des études de droit que la Francilienne a embrassées. Élevée par des parents « pas du tout engagés politiquement » mais qui manifestaient « un très vif intérêt pour l’actualité », elle grandit dans une famille qui adore débattre lors des passages télé des politiques en campagne et émettre « des avis tranchés » – Un truc « très français », glisse-​t-​elle. « Ma famille, c’est un peu le choc des cultures. Ma mère a grandi aux Etats-​Unis, mon père en Iran, avant de partir étudier en France. À la maison, ça parle donc français, farsi, anglais… ça donne des discussions assez drôles. »

Accusée de travailler pour le gouvernement

Dès son adolescence, Niki s’intéresse aux coulisses de la politique. Elle met même un pied dedans quand, à 16 ans en 2012, elle s’engage auprès des Jeunes populaires, le mouvement de jeunesse de feu l’UMP. À l’époque, elle signe même une tribune en faveur de… Jean-​François Copé pour prendre la tête de l’UMP face à François Fillon. Un autre monde. La tribune claironne : « Nous, jeunes militants des Hauts-​de-​Seine, nous sommes engagés en politique comme des milliers d’autres partout en France, entraînés par le vent de fraîcheur que Nicolas Sarkozy a insufflé. » Aujourd’hui, Niki se marre des derniers indécrottables soutiens de Sarkozy, comme de sa promiscuité toujours palpable avec certains médias, et ce alors même que pour la première fois de notre vie politique, un ancien président vient d’être condamné à de la prison ferme – en l’occurrence, pour corruption et trafic d’influence : « nicolas sarkozy quand il sort du tribunal il a même pas besoin de donner l’adresse à son taxi il a juste à dire « comme d’hab » et le chauffeur va direct à la tour tf1 c’est super pratique », tweete-​t-​elle le 3 mars. Sans renier cette expérience de jeunesse grâce à laquelle elle rencontrera Fatima El Ouasdi, Niki estime aujourd’hui « prendre sur certains sujets des positions de gauche quand sur d’autres thèmes [elle va] être perçue comme totalement libérale ».

Grâce à Causette, ce monsieur aura enfin la réponse à ses questions. Mais de rien.

Et s’amuse des accointances que certains lui prêtent sur Twitter avec la République en marche!, allant jusqu’à voir dans ses traits d’humour une façon de présenter l’action gouvernementale sous un jour sympathique : « Beaucoup me considèrent comme macroniste, notamment depuis que je suis suivie par Mayada Boulos. On m’a prêté une mission communication cachée du gouvernement, je suis assez sidérée par cette propension au complotisme. En ce qui me concerne, tant qu’il ne s’agit que d’un follow – et ça me semble normal que la conseillère com de Jean Castex souhaite savoir ce qu’il se dit sur son patron -, ils font bien ce qu’ils veulent, il ne s’agit pas de récupération. » « Niki est une personne sensible et je sais qu’elle a été touchée par ces élucubrations, indique Fatima El Ouasdi, elle-​même sympathisante de La République en Marche!. L’irruption de ces haters m’inquiète un peu, mais en même temps, elle est forte et je ne doute pas qu’elle va s’endurcir avec le temps. En fait, ce que fait Niki est courageux, car peu de femmes osent l’humour politique sur les réseaux sociaux et sont reconnues en tant que telles. »

En même temps, si Niki expose ses liens avec le gouvernement sur la place publique…

Cette reconnaissance, c’est notamment « une dizaine » de messages privés par jour remerciant Niki pour ses blagues. De quoi compenser un peu. Si la jeune femme a été approchée par des marques pour devenir community manager ou influenceuse et a refusé car « les projets ne lui correspondaient pas », elle n’a jamais été contactée jusque-​là par des politiques. Et observe avec réserve la manipulation tout azimut des réseaux sociaux par les politicien·nes. « En fait, j’aime quand les ministres restent formels voire protocolaires dans leurs usages des réseaux sociaux, décrypte-​t-​elle. On se souvient de la catastrophique séquence il y a quelques mois du compte Instagram de Marlène Schiappa faisant la promotion d’un salon de coiffure en dévoilant une vidéo de son lissage brésilien. La récente expérience de l’émission Youtube #SansFiltre du porte-​parole du gouvernement Gabriel Attal était intéressante sur la forme. Mais elle a montré directement ses limites : en choisissant d’inviter des influenceurs déconnectés des réalités étudiantes pour parler, précisément, précarité étudiante et en évinçant la figure du journaliste, comme l’a fait remarquer l’une des invitées, EnjoyPhœnix. »

Si Niki Shey ne se voit pas comme influenceuse, elle compte bien, prochainement, élargir les horizons de sa passion pour la chose politique en lançant un Twitch avec sa comparse Fatima où elles auront un espace dédié pour discuter à bâtons rompus de l’actualité. Et la jeune femme ne peut pas promettre de maintenir la cadence de ses tweets « aux beaux jours, enfin, si tant est que Monsieur Castex nous libère ».

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