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Laurent Ruquier © Capture d'écran Youtube

Les Grosses têtes de RTL : c'est offi­ciel, 100 % des émis­sions sont sexistes

Sexisme, LGBTophobie, racisme, gros­so­pho­bie, vali­disme, clas­sisme et culture du viol : ce 8 décembre, l’Association des jour­na­listes LGBT (AJLGBT) a publié une étude minu­tieuse révé­lant l’ampleur des dis­cri­mi­na­tions de l’émission de RTL Les Grosses têtes, sous cou­vert d’humour gras.

On peut dire que les béné­voles de l’Association des jour­na­listes LGBT (AJLGBT) n’ont pas recu­lé devant la cor­vée audi­tive. Un mois d’écoutes quo­ti­diennes pour un constat impla­cable : les Grosses têtes de RTL, émis­sion cham­pionne de sa tranche horaire, réunis­sant chaque jour entre 15h30 et 18h 2,5 mil­lions d’auditeurs, est un conden­sé de blagues grasses, trop grasses, ciblant inva­ria­ble­ment les mino­ri­tés et les d’ores-et-déjà discriminé·es. Putes, moches, gou­doues, Roumaines… Deux heures et demi par jour sur RTL, ces doux sur­noms sont balan­cés par les chro­ni­queurs aus­si sou­vent que votre bou­lan­ger doit dire bon­jour.

L’étude publiée ce 8 décembre confirme et sur­passe le pres­sen­ti­ment de ses auteur·trices, qui avaient déjà décor­ti­qué dans le pas­sé les méca­nismes dis­cri­mi­na­toires de Touche pas à mon poste et de cinq autres talk­shows. 100% des émis­sions des Grosses têtes dif­fu­sées entre les 21 sep­tembre et 23 octobre conte­naient une (bonne) dose de sexisme. 83% d’entre elles ont offert aux audi­teurs des remarques LGBTophobes, 79% du racisme, 58 % de la gros­so­pho­bie,.. Encore ? Dans la moi­tié d’entre elles, l’AJLGBT a noté des pro­pos bana­li­sant la culture du viol, dans 38 % existe un mépris de classe, dans 33 % de l’agisme et dans 21 % du vali­disme. Ouf ! Le tout enro­bé par de la blague potache et les rica­ne­ments com­plices de la bande à Laurent Ruquier, qui pré­sente l’émission depuis 2014. « Cette émis­sion phare, dénoncent les auteur·trices de l’étude, est orga­ni­sée en véri­table cour de récréa­tion. [Elle] repro­duit ad nau­seam les sys­tèmes de har­cè­le­ment les plus clas­siques [envers les mino­ri­tés]. »

Pourtant, lorsque cette émis­sion créée en 1977 passe des mains de l’historique Philippe Bouvard à celles de Laurent Ruquier en 2014, un rajeu­nis­se­ment des équipes – chroniqueur·euses et humo­ristes – s’opère. On pour­rait pen­ser que cette nou­velle géné­ra­tion aurait tro­qué l’outrance et le gra­ve­leux pour un humour plus sub­til et recher­ché, mais le tra­vail four­ni par l’AJLGBT montre qu’il n’en est rien. « En effet, l’équipe est beau­coup plus diverse mais cette pré­sence sert presque d’excuse à un fond de com­merce qui est res­té le même, sou­pire la co-​présidente de l’AJLGBT, Rachel Garrat-​Valcarcel, inter­ro­gée par Causette. Et pour­quoi changeraient-​ils ? Les Grosses têtes béné­fi­cient d’une cer­taine sym­pa­thie, même chez celles et ceux qui ne l’écoutent pas. L’émission est pro­té­gée par son côté fran­chouillard assu­mé. » De fait, de récents articles publiés dans Le Parisien et Le Figaro ana­ly­sant les recettes du suc­cès de l’émission ne font que sur­vo­ler la pro­blé­ma­tique sou­li­gnée par l’AJLGBT, en notant certes des pas­sages « gros­siers » mais un « esprit bon enfant ».

Bon enfant jusqu’où ? L’AJLGBT pointe « des remarques sexistes toutes les 11 minutes » et « 19 séquences dis­cri­mi­nantes en moyenne par émis­sion », dévoi­lant un ciblage au mieux par­ti­cu­liè­re­ment fei­gnant, au pire obses­sion­nel envers les mino­ri­tés et les femmes. Une situa­tion d’autant plus étrange que le pré­sen­ta­teur, Laurent Ruquier, avait fait son coming out gay dès 1997 sur scène. « Sur le cas Ruquier et sur les chro­ni­queurs gay qu’il fait inter­ve­nir et qui tolèrent l’homophobie ambiante du pla­teau, j’aimerais citer l’humoriste aus­tra­lienne Hannah Gadsby, déclare Rachel Garrat-​Valcarcel : "L’autodérision est une manière de s’abaisser pour avoir droit de cité". » De fait, l’association a remar­qué que depuis que le chro­ni­queur Ahmed Sylla est arri­vé chez les Grosses têtes, les remarques racistes ont « tri­plé ». Face à ce constat, l’AJLGBT veut « tendre la main pour un dia­logue » : « Nous ne sommes pas la police du rire et ce n’est pas à nous de déter­mi­ner ce qui peut être dit sous cou­vert d’humour ou pas, plaide sa co-​présidente. Mais les études ont mon­tré que les blagues dis­cri­mi­na­toires, si elles ne font pas chan­ger d’avis des per­sonnes qui ne sont pas d’accord, ren­forcent les convic­tions sexistes ou racistes de celles et ceux qui les portent. » Elle espère donc que Laurent Ruquier réagi­ra, mais en serait tout de même très éton­née. RTL, de son côté, s’est limi­tée à indi­quer à 20 minutes qu’elle avait « confiance dans le juge­ment de ses audi­teurs ».

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