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« Le sys­tème s'écroule » : les reven­di­ca­tions des professionel·les de la san­té face à la crise de l'hôpital

Plus de moyens, aug­men­ta­tion des effec­tifs, reva­lo­ri­sa­tion des salaires… À quelques semaines des vacances esti­vales, et de la crainte d'une crise aux urgences, les professionnel·les de la san­té font entendre leurs reven­di­ca­tions, pour cer­taines por­tées depuis plu­sieurs années. 

« Ça craque par­tout… Il faut que ça s'arrête ! » Dans son tract annon­çant la mobi­li­sa­tion des soignant·es de mar­di, la CGT Santé et Action Sociale n'y va pas par quatre che­mins pour dénon­cer la crise qui se joue actuel­le­ment à l'hôpital. Hier, à l'appel de huit autres syn­di­cats et col­lec­tifs, plu­sieurs cen­taines de per­sonnes étaient dans la rue, dans dif­fé­rentes villes fran­çaises, pour deman­der plus de moyens et aver­tir sur la dif­fi­cile situa­tion qui se pro­file cet été, en par­ti­cu­lier dans les urgences. « Les reven­di­ca­tions que nous por­tons sont les mêmes depuis plu­sieurs années », tance Delphine Girard, infir­mière à Nice et membre du bureau de la Fédération CGT Santé et Action Sociale. « Le gou­ver­ne­ment doit prendre la mesure des choses », poursuit-​elle.

Plus de moyens et d'effectifs

« Le pre­mier élé­ment qui mobi­lise et rend malades les pro­fes­sion­nels est la perte de sens et le manque d’effectifs. Les deux vont de pair », explique Delphine Girard. « On assiste à une vague de démis­sions, qui a été pré­cé­dée d'une vague de burn-​out et de sui­cides, n'ayant tou­jours pas été prise en consi­dé­ra­tion. On compte sur la bonne volon­té des effec­tifs pour tenir la baraque alors que le sys­tème s’écroule dans tous les sec­teurs, de l’hospitalier au médico-​social », déplore-​t-​elle.

Les soignant·es demandent donc immé­dia­te­ment le recru­te­ment de professionnel·les sup­plé­men­taires. Ainsi que le déve­lop­pe­ment de for­ma­tions qua­li­fiantes pour amé­lio­rer la qua­li­té de la prise en charge des patient·es face aux évo­lu­tions des métiers de la san­té. Ils et elles réclament sur­tout une reva­lo­ri­sa­tion des salaires, une recon­nais­sance des contraintes et des péni­bi­li­tés horaires (nuit et week-​end) et la prise en compte des qua­li­fi­ca­tions des professionnel·les.

« Les jeunes géné­ra­tions ont envie d’embrasser des car­rières à valeurs humaines. Mais quand on rentre dans l’exercice, qu’on voit les condi­tions de tra­vail très dif­fi­ciles et qu’en plus ce travail-​là ne per­met pas d’avoir des condi­tions de vie pour com­pen­ser sa dure­té, on ne peut pas le sup­por­ter », sou­ligne l'infirmière, avant d'ajouter : « Engager oui, sacri­fier non ! »

Urgences sous tension

Si les professionnel·les de la san­té étaient dans la rue mar­di 7 juin, c'est aus­si pour rap­pe­ler que les urgences sont sous ten­sion, en par­ti­cu­lier après deux ans de crise sani­taire. « La situa­tion des urgences est liée aux fer­me­tures de lits, qui aug­mentent donc la péni­bi­li­té du tra­vail et entraînent de nom­breux départs de pro­fes­sion­nels alors qu’on est déjà sur des effec­tifs réduits », sou­ligne Delphine Girard. Or, avec l'été qui arrive, la situa­tion risque d'empirer entre les congés pris par les effec­tifs et les zones tou­ris­tiques où les popu­la­tions aug­mentent considérablement. 

L'une des pre­mières pistes de la mis­sion flash, annon­cée le 31 mai der­nier par Emmanuel Macron pour trou­ver une solu­tion à la crise des urgences, est de condi­tion­ner leur accès aux per­sonnes qui auront com­po­sé le 15. La syn­di­ca­liste dénonce là une manière de trier les malades et rap­pelle que cette ligne peut très sou­vent être en dif­fi­cul­té face à un nombre trop impor­tant d'appels, « comme ça a été le cas l'été der­nier ». Ce qui peut alors abou­tir à « des défauts de prise en charge ».

Pour désen­gor­ger les urgences, la CGT Santé et Action Sociale appelle au déve­lop­pe­ment en ville de centres de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naires publics, rat­ta­chés aux hôpi­taux de proxi­mi­té, avec des méde­cins et profesionnel·les de san­té salarié·es. Le tiers payant inté­gral y serait pro­po­sé et aucun dépas­se­ment d'honoraires ne serait possible.

« Un moyen de gagner du temps »

La mis­sion flash est, par ailleurs, vue comme « un leurre » et « un moyen de gagner du temps » par Delphine Girard, avant même la publi­ca­tion de ses conclu­sions en juillet. Les syn­di­cats sou­haitent qu'« une réelle concer­ta­tion pour les urgences » soit mise en place ain­si qu'« un véri­table débat pour l’ensemble du sys­tème de san­té et d’action sociale ».

Au len­de­main de la mobi­li­sa­tion des soignant·es, la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon a annon­cé, ce mer­cre­di, au « Congrès Urgences », plu­sieurs mesures. Comme le dou­ble­ment de la rému­né­ra­tion des heures sup­plé­men­taires le temps de la période esti­vale, la pos­si­bi­li­té d’exercer dès l’été pour les élèves infir­miers et aides-​soignants dont la for­ma­tion s’achève en juin ou juillet, et per­mettre aux soi­gnants retrai­tés volon­taires de reprendre une acti­vi­té en cumu­lant leur pen­sion retraite. Pas sûr que ces pre­mières annonces soient suf­fi­santes pour cal­mer la colère long­temps igno­rée des professionnel·les de la santé.

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