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Florence Sandis © F.S.

Florence Sandis : « Le télé­tra­vail n’a pas réduit mais au contraire inten­si­fié les inéga­li­tés entre les femmes et les hommes »

Au bout d’un an de confi­ne­ment, décon­fi­ne­ment, dis­tan­ciel, télé­tra­vail et autre joyeu­se­tés en visio, quel est le bilan sur les condi­tions de tra­vail des femmes, leurs pers­pec­tives et leur moral ? Florence Sandis, coach, essayiste et confé­ren­cière, autrice de Brisez le pla­fond de verre, dresse un constat plu­tôt sombre mais garde sa confiance dans le pou­voir de rési­lience des femmes.

Causette : Au tra­vers des for­ma­tions que vous menez, vous échan­gez avec de nom­breuses femmes sur leurs condi­tions de tra­vail. Quels sont les constats que vous faites après cette année de pan­dé­mie ?
Florence Sandis : D’abord en ce qui concerne le télé­tra­vail, on voit qu’il n’a pas réduit mais qu’il a au contraire inten­si­fié les inéga­li­tés : en par­ti­cu­lier, il péna­lise davan­tage les femmes car elles sont moins nom­breuses à dis­po­ser d’un espace iso­lé et plus sou­vent inter­rom­pues par les enfants, la famille, les tâches domes­tiques qu’il faut accom­plir et qui leur incombent encore en majo­ri­té. La charge men­tale, dont on a beau­coup par­lé, s’est accen­tuée à cause de ces situa­tions. Cette dif­fi­cile conci­lia­tion des temps de vie, dont les femmes sont les pre­mières affec­tées, aug­mente leur anxié­té et leur culpa­bi­li­té par rap­port à leur famille et à leur tra­vail. 

On a pu consta­ter tout de même que cer­tains hommes s’étaient empa­rés des tâches domes­tiques, ou de l’éducation des enfants, pen­dant le pre­mier confi­ne­ment … poudre aux yeux ?
F.S. : Pas tout à fait, c’est vrai, les hommes en font un peu plus depuis la crise. Une étude récente* révèle que 46% des hommes effec­tuent davan­tage de tâches domes­tiques. Ils sont même plus nom­breux que les femmes à accom­pa­gner ou récu­pé­rer leurs enfants (49% contre 44%) à l’école ou à la crèche. Avec un brin d’ironie, on peut se deman­der si, en période de confi­ne­ment ou de télé­tra­vail, ça n’est pas juste par besoin de s’évader de la mai­son ! Mais les femmes conti­nuent majo­ri­tai­re­ment à s’occuper des tâches domes­tiques (ménage, linge, courses, repas, courses…) et ça se réper­cute non pas sur leur tra­vail – elles tra­vaillent davan­tage en fait !- mais sur leur car­rière. Par exemple, elles consacrent moins de temps à enri­chir leur réseau pro­fes­sion­nel que les hommes.

Vous par­ta­gez le sen­ti­ment qu’il y a un risque de retour en arrière quant à l’égalité femme/​homme au tra­vail ?
F.S. : Cette éga­li­té au tra­vail, de toutes façons, on n’y est pas du tout ! Rappelons que les écarts de salaires sont tou­jours là, et qu’on trouve tou­jours très peu de femmes dans les postes de pou­voir. En France, elles n’occupent que 17,9 % des postes dans le SBF 120 [Société des Bourses Françaises NDLR] et on n’en compte aucune dans les entre­prises du CAC 40**. Même s’il y a des pro­grès en matière d’égalité, tout reste fra­gile. Il existe tou­jours un risque de retour en arrière, quel que soit le contexte, il faut être par­ti­cu­liè­re­ment vigi­lantes.

Donc bilan néga­tif et pers­pec­tives en berne pour l’après Covid ?
F.S. : Dans l’étude que je vous citais, il sem­ble­rait que les femmes aient aujourd’hui moins confiance en l’avenir que leurs col­lègues mas­cu­lins et redoutent plus qu'eux de reprendre leurs horaires d’avant la crise. Mais de mon côté, je crois en la forte capa­ci­té de rési­lience des femmes. Depuis la nuit des temps, elles ont eu l’habitude de s’ajuster aux situa­tions, aux codes mas­cu­lins qui leur étaient impo­sés et de gérer la dif­fi­cul­té, tout en cumu­lant des doubles jour­nées. A pré­sent, il me semble néces­saire que les entre­prises s’ajustent, à leur tour, aux enjeux des femmes et cessent notam­ment la culture du pré­sen­téisme. Si les entre­prises veulent atti­rer et gar­der cette nou­velle géné­ra­tion de femmes mana­gers, qui seraient en mesure de bri­ser le pla­fond de verre dans quelques années, il faut qu’elles puissent leur don­ner les condi­tions d'exercer leurs fonc­tions sans culpa­bi­li­ser par rap­port à leur famille ou leurs col­lèguesIl faut aus­si que femmes et hommes se par­tagent équi­ta­ble­ment les tâches domes­tiques et paren­tales dans leur foyer. Le télé­tra­vail va sans aucun doute se déve­lop­per et il ne sera un pro­grès pour l’égalité pro­fes­sion­nelle que s’il y a une éga­li­té dans la famille !

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« Brisez le pla­fond de verre : 12 clés pour réus­sir au fémi­nin » de Florence Sandis. Ed. Michel Lafon Poche : 328 pages. 6,60 euros.

* Etude IPSOS-​BCG du 19 février 2021 
** Selon le Global Gender Gap Report 2020 du Forum Economique Mondial, sur 153 pays éva­lués, la France est le 15e pays en termes d’égalité femmes – hommes. Le taux d’activité des femmes de 15 à 64 ans a pro­gres­sé de 3.2 points entre 2005 et 2015 (soit 67.6 %) mais elles ne repré­sentent que 14 % des membres de direc­tion.

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